Qu'est-ce que l'Alchimie ?

Qu'est-ce que l'Alchimie ?

Il n'est pas facile de répondre simplement à cette question… c'est un peu comme "Qu'est-ce que l'art ?", ou "qu'est-ce que l'amour ?"… L'alchimie est un ensemble de connaissances et de pratiques disparates que l'on retrouvent à des époques et des lieux très divers.
Pour faire simple et au risque d'être un peu réducteur, disons que l'alchimie que l'on connait aujourd'hui en occident est d'origine méditerranéenne et antique. C'est un ensemble de connaissances issues d'une philosophie pratique. C'est une façon de lire la nature qui donne un sens à l'existence et qui permet d'améliorer la vie dans les domaines de la santé et de la technologie principalement.
On trouve des traces de cette alchimie en Égypte, et dans tous le Moyen-Orient antique. On trouve aussi des éléments très précis de l'alchimie dans la tradition biblique notamment dans le livre du prophète Ézechiel qui décrit dans ses visions un procédé classique de préparation de pierre alchimique (j'en reparlerai dans un article consacré à cette voie dès que possible).
Les alchimistes arabes répandront l'art de la Pierre Philosophale ou Médecine Universelle avec les conquêtes et l'alchimie passera ainsi dans la chrétienté.

Les vieux livres d'alchimie parlent à peu près tous de la préparation d'une "Pierre Philosophale" destinée à la guérisons des métaux, c'est-à-dire la transmutation. Je ne sais dans quelle mesure cet intérêt pour la transmutation métallique est l'objet de toute l'attention dans la quête alchimique. Ce que je sais, c'est que leurs auteurs sont quasiment tous des médecins et que leur vie est plus axée vers la guérison de leurs congénères que vers la production de métaux précieux…

Il est assez difficile de se faire une idée exacte du sujet réel traité dans ces livres très abscons pour nous tant le langage et la vie de leurs auteurs sont éloignés de notre époque, et souvent éloignés les uns des autres. Il serait naïf de penser que ces livres décrivent une science monomorphique et que "la Pierre" est le résultat unique d'une opération unique. Il s'agit plutôt d'une méthodologie en accord avec une philosophie générale qui permet la production d'un certain nombre de médecines.

Pour s'imprégner de la philosophie alchimique, et de l'imaginaire alchimique, je vous propose une traduction du texte emblématique de l'Art d'Hermès, texte fondateur d'après la tradition : La Table d'Émeraude.
Il s'agit d'un très court texte dont les versions les plus anciennes connues datent du VI° s. qui serait un genre de testament d'Hermès Trismégiste, le père symbolique de l'alchimie.

Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable : Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; par ces choses se font les miracles d'une seule chose.
Et comme toutes les choses sont et proviennent d'Un, par la méditation d'Un, ainsi toutes les choses sont nées de cette chose unique par adaptation.
Le Soleil en est le père, et la Lune la mère. Le vent l'a porté dans son ventre. La Terre est sa nourrice et son réceptacle. Le Père de Tout, le Thélème (Volonté) du monde universel est ici. Sa force, ou puissance est entière si elle est convertie en terre.
Sépare la terre du feu, le subtil de l'épais, doucement avec grande industrie. Il monte de la terre et descend du ciel, et reçoit la force des choses supérieures et des choses inférieures.
Tu auras par ce moyen la gloire du monde et toute obscurité s'enfuira de toi.
C'est la force, forte de toute force, car elle vaincra toutes choses subtiles et pénétrera toutes choses solides. C'est ainsi que le monde a été créé. De cela sortiront d'admirables adaptations, desquelles le moyen est ici donné.
C'est pourquoi j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie universelle.
Ce que j'ai dit de l'Œuvre Solaire est complet.

J'ose guider le lecteur avec cet embryon de commentaire :
Toutes choses proviennent d'Un : Toute la création est issue d'une source unique, qu'il s'agisse des créatures (vous, moi, les animaux, minéraux &c…) ou qu'il s'agisse de la conscience, donc le temps et l'espace &c… Ce qui est en haut &c… : Ces choses sont les mêmes à chaque niveau de l'existence, tout est en relation. Le Soleil est son Père : Cette source de la création est le Soleil.
Sépare la terre du feu, le subtil de l'épais : C'est la méthode fondamentale de l'alchimie qui consiste à isoler les éléments et à les purifier. La distillation ou la calcination sont des outils pour ce travail.
Tu auras la gloire du monde… Cette phrase évoque le corps glorieux des mystiques accomplis, la lumière. C'est la récompense de l'alchimie.
Œuvre Solaire : Besoin d'un commentaire ?

La Matière Première
Les alchimistes font grand cas de cette Materia Prima que l'élu seul connaitrait et avec laquelle il peut commencer le Grand Œuvre… Ceci est la légende de la Materia prima, la réalité est autre. La Table d'Émeraude ne parle pas d'une telle matière (au sens commun). Par contre elle commence par l'évocation de l'Un qui est à l'origine de toutes chose, et qui se trouve encore en toute chose. Il ne s'agit pas d'une matière au sens commun du terme mais de l'énergie créatrice qui anime et nourrit chaque être, chaque matière, et qui sera l'objet de l'attention de l'alchimiste quel que soit le ou les matériaux avec lequel il travaille. C'est le Thélème (volonté) d'Hermès. Aujourd'hui, la lumière est l'un des vecteurs privilégié de cette énergie créatrice qui est "le père de tout".
L'alchimiste concentre son attention sur cette matière première qui est à l'origine de la création, et qui est supposée avoir le pouvoir de remédier à ses maux. Son travail consiste à la capter cette énergie primordiale, et à la fixer, pour finalement la rendre assimilable selon les besoins. Cette énergie créatrice originelle deviend alors la "Pierre" (elle est fixe, matérialisée) "Philosophale" (elle aime - elle attire - la Sagesse - la Sagesse est cette énergie primordiale créatrice).

La langue des oiseaux
Le langage était autrefois beaucoup plus imagé qu'aujourd'hui et jouer avec le langage était chose commune. Les poètes ne manquaient jamais de rajouter des sens cachés sous le sujet apparent et tant l'auteur que le lecteur étaient de véritables virtuoses pour chiffrer ou déchiffrer ces rébus, ces ritournelles et ces anagrammes… De plus, les alchimistes étaient organisés en corporations et chacune d'elle gardait jalousement ses secrets. Pour communiquer entre eux, les membres d'une confrérie avaient l'habitude de communiquer par un langage secret. Les coquillards du Moyen-Âge (une fameuse bande de brigands de l'époque de François Villon) avaient leur langage argotique secret et il y a moins d'un siècle, les bouchers de Paris avaient encore leur langage interne : le Louchebem… De nombreux auteurs d'alchimie n'ont écrit que pour les adeptes de leur propre école et utilisent un langage incompréhensible pour qui n'a pas étudié au sein de cette école particulière. Enfin, l'alchimie, si elle n'est sans doute pas née dans l'Égypte hellénistique, y a connu son âge d'or et les alchimistes ont toujours eu un faible pour les jeux de mots bilingues utilisant les racines grecques.
En revanche, la langue des oiseaux, si belle soit elle parfois, n'a pas de vertu magique et elle ne sert qu'à coder le texte pour en cacher le sens à l'étranger. Nous ne sommes plus maintenant dans une société de castes et de corporations jalouses de conserver chacune leur spécificité qui nécessite l'utilisation de codes secrets et je laisse la langue des oiseaux aux poètes et aux psychanalistes qui en font un bel usage dans leurs disciplines pour, quand on parle d'alchimie, préférer un langage clair dont le but est de communiquer.
Vous ne m'en voudrez pas si j'essaie de m'exprimer de manière compréhensible n'est-ce pas ?

Il est probable que si vous lisez cet article, c'est que quelque chose de profond vous interpelle. Vous êtes même peut-être prêt(e) à dépenser beaucoup de temps et d'énergie à votre passion. Je me permets une petite mise en garde : apprendre l'alchimie n'est pas comme apprendre la menuiserie, certes, mais l'apprenti alchimiste à en commun avec l'apprenti menuisier qu'il doit être pragmatique et méthodique. Un jeune menuisier ne mettra pas un franc dans un manuel écrit dans un langage abscon par quelqu'un qui n'a jamais tenu une planche dans ses mains.

Développement personnel vs. Industrie
Dans ce site dédiée à la spagyrie, qui est une application utilitaire de l'alchimie (la médecine), la question de devenir alchimiste dans le but d'une réalisation spirituelle et/ou de travailler dans un but matériel (si noble soit-il quand il s'agit de guérir ses semblables) peut se poser.
Il n'est pas question pour moi de décider de ce qu'il convient de faire pour le visiteur de ce site, ni même de prendre parti pour moi-même puisque je considère que les deux aspects sont liés, et que chacun agit sur l'autre : une quête totalement abstraite ne trouvera probablement jamais son but, but qui sera lui-même totalement abstrait dans l'esprit du checheur. Inversement, une recherche alchimique entièrement basée sur l'industrie (la fabrication de remèdes ou l'application technologique) ne sera que l'ombre de ce qu'elle pourrait être si le chercheur était un authentique alchimiste engagé au plus profond de son âme et d'abord consacré à la recherche mystique abstraite tout en s'imposant des défis très concrets (guérir un proche par exemple).
La question d'un ami alchimiste qui me demandait lors de notre première rencontre "Tu es alchimiste ? Qu'est-ce que tu cherches ?" m'a poussé à prendre une direction plus concrète, plus pragmatique dans ma quête. C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à avoir des résultats et des échecs, et avec eux, une grande satisfaction dans ma pratique. Je vous encourage à devenir alchimiste à partir de cette question : "Qu'est-ce que tu cherches ?". Si à cette question vous ne pouvez que répondre "Et bien, je cherche… Je cherche… C'est ça l'alchimie…" vous êtes dans la situation de quelqu'un qui, comme moi-même à l'époque, chercherait quelque chose par terre sans savoir quoi… Autant dire que ce rien qu'il cherche, il l'a déjà trouvé…
Les premiers pas en alchimie seront le plus souvent une saine curiosité sans but matériel, sans "désir de résultat", mais la première approche passée, le travail devra rapidement trouver un sens plus concret que "Trouver la Pierre Philosophale"… A contrario, préparer son premier élixir végétal dans le but de soigner une maladie et non de découvrir l'univers alchimique serait peut-être passer à côté de l'essentiel…

Quelle est la différence entre Alchimie et Spagyrie ?
Il commence à apparaitre clairement que les spagyristes sont des alchimistes dont le travail est essentiellement tourné vers la médecine et le bien-être. La philosophie fondamentale est commune aux deux disciplines et les techniques ne sont pas forcéments éloignées.
Nous avons vu dans l'article "Qu'est-ce que la Spagyrie ?" qu'à l'époque de Paracelse et de ses suiveurs les procédés spagyriques étaient très nombreux et ne se limitaient pas aux méthodes actuellement employés depuis Alexander Von Bernus et le Dr. Zimpel.
La différence, s'il faut en faire une, tient plutôt au but employé : actuellement, on considère que la quête personnelle est plutôt alchimique alors que le travail de production de médecines pour la santé est plutôt spagyrique. Mais je rappelle que les deux sont absolument complémentaires et qu'un partisan de l'une de ses deux voies qui négligerait l'autre passerait à côté d'une bonne occasion de se perfectionner.

 

En conclusion à cette partie, j'encourage le néophyte dans sa passion, je l'encourage à être ouvert à la découverte complète dans un premier temps histoire de prendre la température… et puis surtout, je l'encourage à devenir rapidement pragmatique et à bien vite se mettre au travail pratique : les connaissances doivent êtres dans le corps (expérience) tout autant que dans la tête (culture). Je l'encourage à avoir un but (faire un premier élixir végétal avec les moyens du bord est en général le meilleur moyen de faire ses premiers pas). Avoir un but permet de l'atteindre, ou pas, et avec les résultats viendront la satisfaction de la réussite ou de l'échec ; avec la satisfaction viendra un sentiment de joie qui ne devrait jamais manquer à l'alchimiste épanouis.
La progression en Alchimie est comme en toutes choses : …progressive ! Commencez par des petits travaux, faites vos gammes, et vous trouverez alors rapidement la voie, votre voie, vers le perfectionnement.

Et surtout, quand vous lisez un livre d'alchimie, si le texte de présentation parle de tout et de rien et pourrait s'appliquer à tout et à rien dans un style qui rappelle Pierre Dac ou le discourt d'un président de la république, si vous ressentez un petit goût amer d'insatisfaction en discutant avec un ainé charitable dont vous entendez bien qu'il peut vous apprendre cette chose abstraite que vous cherchez (mais que vous ne sauriez dire ce que la discussion vous a réellement appris…), rappelez-vous qu'un apprenti menuisier ne perdrait jamais ni un franc ni une heure avec un livre ou un prof pareil…

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