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  • La Kabbale est-elle un système magique ?

    La Kabbale est-elle un système magique ?

    Dans le monde de la kabbale comme de l’alchimie, il est traditionnel de donner quelques uns des codes de lectures dans le titre. Ici, le titre fait référence à deux textes qui ont été importants dans ma jeunesse et que j’ai publié sur le site www.gouttelettes-de-rosee.ch qui sont : « La Kabbale est-elle un cut-up ? » et, « Créez votre propre système magicke » écrits dans les années 80’ par un certain « Rabbi Jérémy » de nos amis et que je vous recommande.

    Car en fait, la kabbale, c’est quoi ? Je veux dire, quelle est la substance de la kabbale ?, de quoi est-elle formée ? Ce sont des questions que, dans notre impatience, l’on passe sans y penser… D’ailleurs, il y a pas mal de questions fondamentales que l’on devrait se poser quand on s’intéresse à la kabbale au lieu de simplement accepter le dogme et la méthodologie qui ne sont pas forcément intrinsèque à celle-là.
    La Kabbale est un courant de la mystique juive né au milieu du Moyen-âge en Provence, qui s’est développé dans la seconde moitié du M-Â en Espagne pour atteindre son apogée en Palestine au XVI°, dans le monde de la Renaissance. Il y a eu bien sûr des antécédents, des épicentres, et un développement ultérieur notamment dans le monde chrétien, mais l’essentiel de l’histoire de la formation de la Kabbale se passe au cours de ces 3 périodes.

    Quels sont les matériaux, les outils, utilisés par la kabbale ?
    La kabbale se base d’abord sur la Bible hébraïque. Elle fait également un large emploi du Sepher Yetzirah qui est un petit livre très synthétique écrit probablement à Babylone à la fin de l’antiquité et qui traite de divers sujets mathématiques ou cosmologiques. Enfin, la kabbale utilise énormément un système numérologique, la guématria, basé sur le système décimal avec l’utilisation du zéro (introduit en occident dans le même milieu que le Sepher Yetzirah à la fin de l’antiquité) et qui semble avoir été développé - la guématria donc - vers le milieu du M-Â en Allemagne.
    À partir de ces éléments très disparates dont la réunion est pour le moins surprenante, la kabbale va alors développer sa propre littérature qui aura au moins le mérite de suivre un développement logique qui n’apparait pas dans les éléments empruntés pour sa création.

    À ce stade, essayons de définir ce qui caractérise un système magique au sens où l’entend notre Rabbi Jérémy (dont la culture personnelle va de la tradition juive à l’aventure cybernétique en passant par la science-fiction et la recherche psychédélique - pour situer le personnage).
    RJ définit un système magique comme un édifice imaginaire dont le but est de transformer le réel par une modification de la conscience par l’imagination et qui comprend des jeux de symboles destinés à créer des connexions cérébrales dans le but de transformer notre univers mental, et donc réel. Ces jeux de symboles doivent, pour être effectifs, comprendre des symboles « lourds » (« froids ») profondément ancrés dans notre inconscient comme la bible, et des symboles légers et mobiles (« chauds ») qui galvaniseront l’enthousiasme, l’érotiseront, par leur capacité à provoquer une émotion. Ces deux types de symboles vont agir sur des zones différentes de notre cerveau pour créer des synapses, des connexions nouvelles qui transformeront notre façon de voir les choses (et donc notre environnement, le réel, dont on considère qu’il dépend de la conception que l’on en a). Ces symboles peuvent êtres très différents, et même n’avoir aucun rapports entre eux. Ce sont les connexions qu’ils créeront qui provoqueront le résultat dans notre vie.

    C’est ainsi que les kabbalistes ont inventé un système symbolique puissant en alliant des symboles lourds et profonds comme la Bible et ses symboles (l’Arbre de Vie emprunté au 3° chapitre de la Genèse par exemple, et une liste de noms trouvés dans le premier livre des Chroniques (XXIX. 11.) avec le concept gnostico-hellenistique des sephiroth du Sepher Yetzirah (écrit, je le rappelle bien des siècles après la bible hébraïque, et issue d’une culture totalement différente de celle-ci). Le mariage s’avèrera fécond et l’Arbre de Vie de notre kabbale moderne qui comprendra alors les noms et les sephiroth deviendra le symbole central de la kabbale tardive (lourianique, née en Palestine à la Renaissance).

    Autre outil indispensable au kabbaliste, la guématrie, ou art de faire des relations entre les mots dans leurs rapports numérologiques, s’applique à tous les textes utilisés, dont les plus anciens tels que la Genèse. La guématrie est développé vers le milieu du M-Â en Allemagne dans un milieu mystique antérieur aux débuts de la kabbale historique.
    On peut alors se poser la question du sens qu’il peut y avoir à interpréter la Genèse avec un système numérologique créé plus de mille ans après l’écriture du texte, système basé sur le système décimal avec utilisation du zéro (introduit en occident, je le rappelle, vers la fin de l’antiquité).
    La réponse est sans appel : Dieu avait déjà tout prévu et il a fallu aux kabbalistes du temps pour découvrir et assembler cette sagesse originelle. Il a bon dos le bon dieu…
    En fait, la cohérence du système est telle, et c’est maintenant qu’il faudrait étudier les lois des synchronicités ou la loi de Murphy, pour comprendre le mécanisme psychologique effectif mis en œuvre et l’on ne peut que s’incliner devant un édifice qui semble si solide…
    Mais l’expérience depuis notamment les travaux de Jung (pour les synchronicités) et de Crowley (pour son analyse de la magie et son encouragement méthodique à créer avec la magie) montre que les possibilités dans ce domaine sont infinies et que cet édifice (la kabbale et tous les ingrédients qui la composent) peut être modifié par une autre guématrie (voir le système d’Abellio par exemple), ou l’ajout d’autres symboles (tarot, 4 éléments, Yi-King &c…) pour former, c’est magique !, un autre système dont la cohérence n’a rien à envier à son ainé…

    Alors la kabbale, c’est quoi ?
    Pour les utilisateurs dévots (dont je suis), c’est un système symbolique dont la portée imaginaire est merveilleuse et qui a tout son sens et toute sont efficacité dans le réel. Et pour les techniciens de la magie, les cyber-punks des mondes imaginaires (dont je suis encore), c’est un moteur pour l’expérience de navigation dans un réel que nous créons et modifions en modifiant les éléments qui le compose.
    La kabbale est un merveilleux système magique avec ses symboles lourds et ses symboles chauds, avec ses croyances (symboliques), ses rituels (symboliques) dont le but est, au moins pour moi, le développement de l’âme, l’expérience de l’union mystique, avec au final l’expérience du bonheur dans l'existence.

    Je concluerais en recommandant aux kabbalistes de s’attacher à bien connaître les éléments qui constituent le système imaginaire de la kabbale (l’origine des symboles), de bien re-contextualiser ses éléments, pour mieux les disposer dans le cerveau, mieux les utiliser dans les jeux de symboles, pour mieux se les approprier et les rendre plus effectifs dans la quête du bonheur et de l’éveil.

    Matthieu Frécon, Sarreyer 30 avril 2021.

     

     


  • Apéritif à la gentiane

    Florence vous propose la recette d’un stimulant hépatique apéritif à la gentiane, indispensable à toute pharmacie familiale.

    ingrédients :
    Vin blanc (bien bio) : 1 litre
    Goutte (eau-de-vie) : 10 cl.
    Camomille romaine : 20 fleurs
    Racine de gentiane : 15 gr.
    Sucre de canne : 140 gr
    Jus et zeste d’une orange.

    -> Laisser macérer 15 jours, filtrer, mettre en bouteille.
    -> Ecrire sur la bouteille « Vin de Gentiane »
    -> Posologie : 1 à 3 verres/jour en traitement de fond.

    Santé !

  • A l'occasion de la mort de Patrick Rivière

    À l’occasion de la mort de Patrick Rivière Nature morte aux tulipes illets et livres

    L’annonce de la mort d’un homme est toujours un moment d’arrêt dans la vie qui nous porte à réfléchir sur le sens de celle-ci. La mort d’un alchimiste amène évidemment une réflexion particulière puisque l’alchimie est connue pour promettre, au propre ou au figuré, l’éternité ou au moins une longue, très longue vie (Artéphius : 1000 ans…).
    Il est évident que l’on ne va pas juger la qualité de l’alchimiste sur le nombre de ses années ou sur sa santé, la réussite, même à ce niveau est une chose mondaine qui n’a pas de valeur dans le monde de la spiritualité. Les grands guides ne sont d’ailleurs pas toujours de bons exemples, ainsi Paracelse meurt à 48 ans.
    Mais la mort d’un alchimiste est tout de même un rappel sur cet art qui a fait plus de catastrophes que de réussites. Oui, l’alchimie compte un très grand nombre d’échecs par empoisonnements (empoisonnements aux métaux lourds, empoisonnement des reins, maladie de Kreuzfeld-Jacob…), ruines, dépressions suicidaires &c… et la pierre tombale est parfois le lieu privilégié pour méditer sur les promesses de la pierre philosophale…
    À ce stade, je dois sans doute préciser que je n’ai pas connu Patrick Rivière et que cet article n’est pas un hommage ni un jugement sur son existence d’alchimiste, mais sa mort est l’occasion d’une réflexion d’ordre général.

    Vanite au cra ne et pot de the riac se bastien stoskopff

    Il est certain que certaines pierres sont extrêmement puissantes sur le plan de la régénération physique, avec des effets psychologiques en conséquence, et que les transformations (purification, régénération, alignement sur un mode de fonctionnement organique naturel…) peuvent être extrêmement douloureuses (sur le plan physique, Paracelse en parle quand il administre La Pierre à un malade), et parfois fatales.
    Examinons un peu le problème.

    D’abord, on ne peut que déplorer que l’essentiel de la littérature alchimique, s’il arrive qu’elle soit le travail d’un auteur compétent - et c’est plus rare qu’on ne le pense -, soit consacrée à la fabrication de la pierre, et néglige totalement la mise en forme galénique et la prescription (façon de la préparer pour l’absorption et dosage). Les auteurs les plus bavards résument souvent la prise de cette pierre par une dissolution dans de l’alcool (vin ou spiritueux), et, ayons confiance et jetons nous dans le vide… Si la pierre en question a quelque vertu, il est évident que sa prise doit se faire dans les règles de l’Art et que compter sur la providence est un pur suicide.

    J’ai étudié un texte portant sur la manière très complexe pour absorber la pierre des ossements obtenue par calcination solaire (pour ceux que ça intéresse, Stéphane Barillet a publié ce texte dans son « Grand Œuvre Alchimique », je cite ma source), procédé que j’ai retrouvé en détail - fabrication, prise, et même effets produits ! -, dans le livre du prophète Ezechiel). Le procédé pour prendre la pierre obtenue (qui est assez facile à faire, c’est à son propos que Fulcanelli dit qu’« une petite journée suffit ») est très complexe et extrêmement dangereux, notamment parce qu’il implique la consommation dans la totalité de ses urines pour réintégrer la liqueur évacuée dans la miction. Je crois d’ailleurs que l’auteur du texte n’a pas lui-même pu finir le travail et ce sont peut-être ses héritiers qui l’ont fait connaître. J’ai travaillé à tous les aspects de cette ascèse pour tester le process avant que de tenter l’expérience (j’avais à ce moment les conditions de vie parfaites pour sa réussite) et je suis content d’avoir trouvé une mise en forme de la pierre qui la rendait moins dangereuse. Néanmoins, l’expérience fut périlleuse et une régénération importante du corps a nécessité la présence constante de ma partenaire très compétente en matière de santé, et de mon binôme en alchimie lui-même très avancé en matière de médecine alchimique (et d’ailleurs rescapé d’une dépression suicidaire causée par son travail alchimique). Si mon corps a passé avec un succès appréciable des épreuves douloureuses, mon état psychique a été fort mis à l’épreuve et je comprend que plus d’un aient interrompus la retraite, ou se soient suicidés (c’était le cas à ce moment d’un collègue alchimiste, Patrice Partamian, ce qui m’avait quelque peu fait réfléchir…). Je sais de cette expérience que l’alchimie tient ses promesses, mais qu’un peu de méthode s’impose.

    Il y a dans le corpus Fulcanelli une phrase malheureuse, peut-être due à la plume d’un auteur mineur de cette compilation magistrale, peut-être un ajout de Canseliet lui-même (Eugène Canseliet, à qui l’on doit l’édition de cette encyclopédie alchimique). Cette phrase affirme que « l’alchimie ne s’apprend pas ». L’alchimie, dans les fantasmes délirants qu’elle provoque chez ses adeptes les plus irrationnels et les plus nombreux échapperait-elle aux règles auxquelles sont soumises toutes les autres sciences ? mêmes les plus métaphysiques ? Il est certain qu’étudier un domaine de la connaissance ne fera pas de vous un Maître mais cela vous donnera les moyens de le devenir. En alchimie, il est évident qu’apprendre la science d’Hermès avec un guide compétent et pédagogue est une chance qui vous permettra de devenir un artiste si vous le pouvez. Il est évident que si l’alchimie « ne s’apprend pas », c’est parce qu’elle manque de professeurs, et non pas parce qu’elle échappe aux lois communes… L’alchimie est un objet de rêveries, certes, mais devenir alchimiste demande méthode et rationalité.
    Cette présomption vient de cette autre expression peu réfléchie qui prétend que « l’expérience spirituelle est indicible ». Je m’oppose fermement à cette affirmation qui n’est qu’un aveu d’impuissance ou de manque de réflexion. L’expérience spirituelle se décrit avec des mots comme toute chose que l’esprit conçoit, il faut cependant qu’il existe un vocabulaire. L’expérience spirituelle est comparable à une expérience sensorielle. On sait dire « je me suis brûlé », le dire ne va pas transmettre l’expérience, mais le vocabulaire général nous permet de faire comprendre ce qui nous ait arrivé. Le frisson de l’expérience spirituelle (« frisson » ou autre chose) demande le développement d’un vocabulaire qui a été négligé et que l’on doit créer. Pour prendre un autre exemple (un peu pénible, pardonnez-moi), si un jeune enfant est victime d’un viol et qu’il ne le dit pas, c’est parce qu’il n’a pas de mots pour le dire, c’est en tous cas ce que des adultes qui sont passés par là m’ont rapportés. Il est très difficile de décrire une chose dont le cerveau n’a pas prévu de mots pour la décrire.
    Ainsi, ces manques de vocabulaire adapté à l’enseignement de l’alchimie, et à la description de l’expérience spirituelle font défaut et sont seuls responsables de l’état pitoyable de la pédagogie en alchimie, et donc du faible taux de réussite.

    Mais revenons à la vie et la mort des alchimistes…
    J’ai beaucoup progressé en alchimie depuis que j’ai mis l’aspect thérapeutique au premier plan. En effet, lorsque j’étais élève aux Philosophes de la Nature (LPN), on ne parlait que très peu des possibilités thérapeutiques de l’alchimie bien que certains membres avancés avaient occasionnellement réussi quelques guérisons spectaculaires. Il était en fait quasiment défendu de développer cet aspect pour ne pas avoir d’ennuis avec l’ordre des médecins. Du coup, les connaissances en matière de médecine alchimique étaient minimes, voire minables, et négligées. Cet état de fait augmentait encore la séparation admise communément entre le corps et l’âme. Le but de l’alchimie restait cantonné à l’ « âme ». Or l’étude de la santé (physique) montrera à quel point corps et âme sont non-seulement liés, mais ne sont peut-être que des expressions différentes de la même chose. Chez les disciples de Canseliet (qui était plus un gourou qu’un alchimiste et dont les réalisations dont il fait état sur sa propre santé sont ridicules), la médecine n’existait tout simplement pas (à part chez Patrice Partamian et quelques autres qui s’intéressaient à la spagyrie, art méprisé dans cette école).
    L’intérêt pour la médecine alchimique viendra plus tard avec le développement des médecines alternatives et de l’écologie, ainsi que grâce aux publications d’Éric Marié, merveilleux thérapeute paracelsien.

    De mon côté, je donne un cours de spagyrie dans une école de naturopathie (EPSN, Lausanne), et la fréquentation de thérapeutes m’apporte énormément dans le développement de la technique alchimique et la connaissance du corps humain. Je développe un vocabulaire qui me permet de mieux concevoir et exprimer la spiritualité par l’alchimie, et je m’évite des empoisonnements ou des dépressions dues à mes expériences.
    L’alchimie a tout à gagner à être hissée au rang des médecines holistiques naturelles traditionnelles, et la spiritualité aussi… C’est peut-être une « vanité » quelque part que de considérer l’alchimie comme un art supérieur à la vie, supérieur à la pédagogie, une sorte de connaissance surhumaine… C’est sans doute le malheur de nombreux alchimistes qui n’ont que l’isolement mental pour se réfugier au lieu de considérer cette science merveilleuse comme les autres arts libéraux, la médecine au premier plan.

    Alors Patrick Rivière, je ne t’ai pas connu, mais je te doit au moins cet article sur la vie et la santé chez les alchimistes. Bon voyage à toi !

    Matthieu Frécon, Sarreyer, 22 janvier 2021.

    Nature morte au livre et au sablier anonyme xvii s


    Nature morte aux livres, tulipes, et œillets, Luis de Melgar, 1685
    Vanité au crâne et pot de thériac, Sébastien Stoskopff, 1627
    Nature morte au livre et au sablier, anonyme XVII° s.

    extraits de La nature morte française au XVII° siècle, par Florence Thiéblot et Eric Coatelem

  • Un laboratoire spagyrique dans une distillerie coopérative ?

    Un laboratoire spagyrique dans une distillerie coopérative ? Cornue jb

    Vous savez que dans le domaine de la spagyrie (alchimie), mes pratiques personnelle et professionnelles sont très intimement liées. Vous savez aussi que mes activités de spagyriste et de distillateur (spiritueux et PPAM) sont également indissolublement liées. Les possibilités des unes enrichissent les autres, les contraintes deviennent des atouts, et le résultat est un fonctionnement général cohérent qui évite les fractures communes entre son métier et ses passions, entre la vie spirituelle et la vie matérielle. Le cadre de tout cela est une ferme (culture et transformation de plantes).
    Depuis 2017, cette ferme est perchée dans les montagnes du Valais (Suisse), je ne vous en fait pas plus longtemps la description, vous connaissez Edelweiss Distillerie

    Belles plantes alambicPeut-être êtes-vous déjà venu chez nous à l’occasion de stages distillation ou spagyrie. Vous avez pu voir le laboratoire de spagyrie, et l’utiliser… Il arrive que des collègues alchimistes ou d’anciens stagiaires viennent et utilisent le lieu et le matériel pour travailler quand ils ne le peuvent pas chez eux. Ce partage s’intègre dans une habitude de solidarité fraternelle dans le milieu alchimiques : les mieux installés aident souvent les nouveaux venus, les "bons plans" de matériel sont partagés, et les laboratoires sont transmis gracieusement au départ de l’un de nous comme cela vient d’arriver avec le laboratoire de notre vieil ami Joël Bruno que sa famille nous a fraternellement confié et qui est déjà en partie redistribué, et en partie utilisé ici. J’avais déjà dans un article précédent fait état d’un labo qu’un ancien membre des Philosophes de la Nature (LPN) m’avait confié, puisqu’il ne pensait plus l’utiliser ( https://www.atelier-spagyrie.ch/blog/voyages/fab-lab-spagyrique.html ). Le projet d’alors, « FabLab Alchimique » s’est tranquillement concrétisé et le projet d’aujourd’hui devrait en être l’aboutissement.

    Nous ouvrons notre lieu et matériel à une coopérative destinée aux professionnels et aux amateurs dans les domaines de la distillation (spiritueux et plantes aromatiques), de la transformation (cosmétiques &c…) et de la spagyrie. Le matériel et les locaux devront être améliorés pour pouvoir être partagés et les laboratoires pourront être mis à disposition de spagyristes amateurs ou professionnels (en Suisse, il existe de nombreux laboratoires de spagyrie distribuant leurs élixirs dans les pharmacies, drogueries &c…).Alchimie sur fond ve ge tal

    Si vous êtes intéressé par ce projet pour y participer, ou pour vous en inspirer (les formes de collectivismes sont appelées à se développer pour survivre dans un monde de plus en plus déshumanisé qui nuit aux relations sociales et humaines), je vous mets le projet ici : Distillerie coope rative de bagnes 18 01 2021 re vise le gerdistillerie-coope-rative-de-bagnes-18.01.2021-re-vise-le-ger-.pdf (3.98 Mo) .
    Ce projet ne s’adresse d’ailleurs pas qu’aux suisses et vous pouvez participer depuis France ou ailleurs… N’hésitez pas à me contacter pour en discuter !
    L’Assemblée constitutive se tiendra samedi 30 janvier par ZOOM (pour participer, il vous faut m’écrire rapidement pour avoir les codes - matthieu.distilation@protonmail.ch). Je vous tiendrai au courant de la suite des évènements.

    À bientôt ! et n’oubliez pas que l’on est nombreux à avoir envie de se retrouver et de partager ! Plan de travail solaire

    Matthieu, Sarreyer, 26 janvier 2021

  • Alchimie, Qabal et Astrologie, par Jean Dubuis

    Alchimie, Qabal et Astrologie
    Par Jean Dubuis

    Voici un article de Jean Dubuis écrit probablement après la dissolution des Philosophes de la Nature (LPN) vers 1995. Jean traite de l'unité de la connaissance ésotérique et des rapports entre les 3 domaines de l'hermétisme. Le point de vue de Jean à cette époque se situe typiquement entre l'occultisme développé au XIX° siècle qui perdurera jusqu'à la petite révolution provoquée par LPN à sa création en 1979, et la connaissance actuelle dans ces domaines qui est beaucoup plus rationnelle, mieux informée historiquement, et dont la pensée est finalement encore plus puissante et plus libre (merci Jean et tous à LPN pour avoir contribués à cette libération de la pensée et de l'intelligence).

    De l'occultisme, il reste une habitude quasiment pathologique de tout mettre en boite, d'intégrer tout élément dans un système souvent artificiel dans le but de garder une idée du monde finalement organisée de façon hiérarchique. De la pensée actuelle, on a déjà la présence de l'originalité créative et l'encouragement à chacun par Jean de développer sa propre idée dans ces domaines.
    Matthieu Frécon, 2021

    Alchimie, Qabal et Astrologie
    par Jean Dubuis

    Dès que le mot "Alchimie" est lâché, beaucoup pensent à l'élixir de longue vie et croient qu'une formule magique permet de faire la Pierre Philosophale. Ce point de vue est complètement faux. L'Alchimie donne une connaissance de la Nature qui concerne à la fois son aspect physique et métaphysique. Le véritable but de l'Alchimie est de conduire à une initiation intérieure, c'est-à-dire à la liaison entre le conscient et les différents niveaux subconscients. Cela apporte, progressivement, une connaissance différente de la connaissance courante, c'est-à-dire qu'on atteint peu à peu, à travers l'Alchimie, une connaissance à peu près unitaire qui enveloppe tous les aspects de l'Univers et de l'Homme.

    La Qabal vient de la tradition israélite. Elle explique 1a création de l'univers, l'origine et le devenir de l'Homme, sa nature et le mode de travail du Créateur. La Qabal opérative, pratique, conduit aussi à une certaine connaissance unitaire, à une initiation intérieure et l'on peut penser que, dans les temps anciens, c'est-à-dire du temps des véritables Adeptes, ceux-ci obtenaient une Connaissance unique qui était à la fois la Qabal, l'Alchimie et l'Astrologie.

    Quand on approche de la Connaissance unitaire, quelle que soit la voie par laquelle on est passé, on a la Connaissance dans les autres disciplines. Ainsi, le problème des planètes a été connu depuis très longtemps car tous ceux qui ont suivi une discipline ésotérique, même si ce n'était pas l'astrologie, ont reçu par contact intérieur des notions correctes sur les différentes planètes, leurs actions, et sur tous les mécanismes de la Nature. Il n'y a pas à chercher la révélation dans des documents mais il faut que chacun se mette au travail sur l'aspect ésotérique de la discipline qu'il pratique pour essayer d'arriver par lui-même à sa propre révélation qui est pour chacun la seule qui compte…
    Lire la suite ici : Alch qabal astro dubuisalch-qabal-astro-dubuis-.pdf (129.39 Ko)

  • Introduction à une Matière Médicale Spagyrique

    Introduction à une matière médicale spagyrique Paracelse

    La spagyrie, autrement dit la médecine alchimique paracelsienne et post-paracelsienne, a comme particularité que son fondateur (Paracelse, Suisse allemanique, 1493-1541) a présenté sa philosophie disséminée dans plusieurs écrits, et un certain nombre de principes de fabrications très divers dans diverses autres parties, et enfin, quelques exemples de fabrication et de prescriptions de remèdes ça et là dans son œuvre vaste et décousue.
    Cette façon de proposer une nouvelle médecine est originale et d’autres inventeurs de systèmes thérapeutiques, postérieurs, présenteront leurs médecines de façon plus cohérente, et donc plus figée et mieux définissable. Par exemple Hahnemann présente les fondements théoriques de l’homéopathie ainsi que les procédés de fabrication des remèdes dans son Organon ou Art de guérir (1810), la matière médicale détaillée sera présentée dans sa Matière Médicale Homéopathique (1811 à 1821). À partir de ce moment, l’homéopathie pourra évoluer, mais ses bases sont bien connues. De même, lorsque Edward Bach publiera son livre La guérison par les fleurs (1931) tous les éléments de son système thérapeutique seront posés (philosophie, procédés de fabrication des remèdes, matière médicale). Les principes de l’aromathérapie sont précisément définis dans les publications de Gattefossé (naissance de l’aromathérapie vers 1912) &c… Au contraire des précédents qui datent d’époques récentes, l’herboristerie (tisanerie ou phytothérapie) s’est graduellement développée au cours du temps depuis les débuts de l'humanité et les découvertes et innovations s’ajoutent librement au corpus traditionnel au fur et à mesure de la pratique. C’est l’acceptation générale de ses innovations par les praticiens qui les valident et qui enrichit cette médecine végétale traditionnelle bien définie.

    Comme je l’ai dit plus haut, la spagyrie n’offre pas du tout la même situation.

    Les principes de la spagyrie sont ceux de l’alchimie, ce qui ne les rend pas forcément très lisibles. Ils ont été redéfinis sans méthode par Paracelse qui est un esprit indéniablement génial mais pressé dont l’œuvre semble avoir été écrite d’un trait de plume, sans ordre et sans relecture à une époque trop reculée, le début de la Réforme luthérienne, pour être facilement assimilable par les générations suivantes. Les procédés de fabrication et les matières premières utilisées sont également très disparates et sont parfois destinés aux thérapeutes pour faire des remèdes, ou parfois au contraire à des alchimistes en quête de ce que nous appellerions aujourd’hui le développement personnel.
    Le résultat est que la spagyrie s’est beaucoup développée et a perduré depuis 500 ans, sans pour autant qu’une forme dominante se soit imposée. 500 ans après Paracelse, la spagyrie reste polymorphe et presqu’indéfinissable… Les pseudo-définitions de Paracelse ne seront d’aucun secours pour définir son invention : Citons « La spagyrie est l’art de séparer le vrai du faux » n’a aucun sens hors de son contexte, sinon celui qu’il nous arrange de lui donner… et « la spagyrie est un art comprenant la philosophie, l’astronomie (et astrologie), l’alchimie, et la vertu (la prédestination) » ne définit pas la chose, mais précise seulement ses composants et indique sa complexité.

    La tradition depuis, a souvent définit la spagyrie comme étant plus ou moins une branche de la phytothérapie dont les teintures ont été augmentées des sels minéraux des plantes calcinées, ce qui n’est ni juste ni faux, et ne donne pas d’idée précise du procédé de fabrication ni de sa matière médicale, encore moins de la philosophie qui préside à cette médecine.

    La plupart des fabricants de remèdes spagyriques aujourd’hui ont une philosophie, leur conception personnelle de la vie et de la santé, plus ou moins originale, et utilisent des procédés personnels plus ou moins proches des principes fondamentaux qui consistent à faire fermenter la plante utilisée, la distiller, et la calciner (mais comment, pourquoi, et dans quel ordre ?). Leur matière médicale (catalogue de remèdes) est souvent inspirée de la phytothérapie avec des ajouts divers puisque notre époque permet facilement un syncrétisme de systèmes de pensées sans qu’une puissante cohérence soit nécessaire (par exemple : vertu phyto de la plante + apparence (attribution planétaire) + données de l’arbre de vie kabbalistique avec les 4 éléments + kinésiologie).
    Mon but n’est pas ni de critiquer cet état de fait ni de proposer une solution définitive puisque j’apprécie cette pluralité de pensée et cet état instable qui caractérise la recherche dynamique. Je vais plutôt proposer une analyse de deux tendances dominantes dans ce que je connais de la spagyrie pour établir une sorte de carte qui permettra peut-être au lecteur de se situer dans son approche de la spagyrie.

    Sorcie re alchimiste
    Je distingue deux tendances dans les matières médicales des spagyristes que je connais, amateurs ou professionnels. En effet, l’alchimiste qui se cache normalement derrière le spagyriste a une philosophie inspirée de la culture qui à vu naitre l’alchimie occidentale actuelle : le moyen-orient antique. C’est aussi une culture qui à développé le concept de monothéisme et l’alchimiste sait que la création toute entière est issue d’une source unique (appelée Dieu). L’énergie créatrice originelle qui a la capacité de créer la vie est supposée avoir également la capacité de la restaurer, de la guérir des désordres de l’existence. C’est le concept de « Médecine universelle ». L’alchimiste, et le spagyriste après lui, cherchera la « médecine universelle » qui guérira tous les maux. Une telle médecine peut exister, je n’en doute pas, mais elle ne peut être appliquée à aucune situation actuelle puisque l’on sait qu’il n’est pas envisageable de se débarrasser de tous nos problèmes en une seule fois sans que la « guérison » soit fatale au patient. En effet, le remède serait tellement puissant que nous ne pourrions supporter la transformation et qu’il deviendrait un poison (« C’est le dosage qui fait qu’un remède peut devenir un poison et un poison un remède » Paracelse). La guérison du corps comme celle de l’âme ne peut donc se faire que progressivement.
    C’est la tendance Médecine universelle de l’alchimiste.


    Au contraire de cette tendance parfois austère, mais riche d’une philosophie fertile, on trouve la tradition - historiquement plutôt payenne - de l’herboristerie populaire. Les peuples au contact de la nature ont découverts les vertus thérapeutiques des plantes et divers moyens pour les préparer. L’herboristerie, la tisanerie, et puis bientôt la phytothérapie (extractions alcooliques ou acétiques végétales) vont proposer une matière médicale complexe qui ne comprend d’autre philosophie que l’expérience naturelle et qui, au contraire de la première, perçoit la nature dans sa multiplicité. Cette voie est plus naturelle (expérimentale et concrète) et non-conceptuelle. Ses praticiens semblent avoir plutôt été des praticiennes, sorcières ou « bonnes-femmes »… Le but est la guérison du corps, la guérison de « l’âme » n’est pas spécifiquement développée, mais est plutôt considérée comme étant un développement naturel de la guérison du corps.

    Paracelse eut une pratique humaniste de la médecine, ce qui l’amena à fréquenter plus de paysans que de cercles de philosophes ou de sophistes. Il a été visiblement influencé par les pratiques de médecines populaires et il a mêlé des recettes ou des plantes utilisées par cette médecine populaire issue de ces traditions paysannes avec sa philosophie monothéiste alchimique.
    Le mélange de ces deux visions a priori opposées (alchimiste monothéiste - médecine universelle - et sorcière payenne - multitude de plantes aux vertus diverses) est l’une des caractéristiques de la matière médicale de la spagyrie et il est salutaire d’en prendre conscience. En effet, les producteurs de médecine spagyrique ne formulent pas clairement ces tendances et ne placent pas toujours le curseur de leur système de façon très consciente.

    Dans la première tendance, c’est la qualité d’énergie créatrice originelle qui va définir la vertu de la médecine. C’est la lumière contenue dans le remède. C’est la qualité « Mercure » spagyrique du remède.
    Dans la seconde, c’est la vertu spécifique de la plante utilisée qui va définir la vertu de l’élixir. C’est le côté « Soufre » spagyrique.

    Tous les élixirs spagyriques contiennent les deux aspects. Leur puissance et leur adéquation à résoudre divers maux dépendra de l’équilibre. Bien définir ces deux paramètres permet de doser et de donner une direction au remède.

    Les laboratoires qui proposent une grande quantité de produits penchent souvent vers l’aspect Soufre et leur matière médicale est souvent largement inspirée de la phytothérapie. Les spagyristes qui n’offrent qu’une quantité restreinte de remèdes sont souvent très marqués par la philosophie unitaire de l’alchimie (Mercure), ils ont souvent une philosophie originale et puissante et des procédés de fabrications très personnels. Leurs remèdes ont souvent un très large spectre d’effets.

    Personnellement, j’oscille entre les deux aspects de la spagyrie. J’essaie de tendre vers des médecines « universelles » tout en dosant la puissance d’action en choisissant les procédés de fabrications, et en donnant une direction plus ou moins spécifique en choisissant la matière première (plante). Le remède doit donc avoir une direction verticale (puissance) et une direction horizontale (vertu spécifique) bien définies.
    De ceci, on peut facilement comprendre que tant la matière médicale que les procédés de fabrication de la médecine spagyrique ne peuvent être réduits à une méthode unique, facilement identifiable, une méthode « acceptée ». La spagyrie restera finalement ce que la philosophie du spagyriste lui permettra de concevoir, dans le cadre prévu par l’alchimie d’une part (philosophie et pratiques de fabrication) et de l’herboristerie d’autre part (matière médicale, vertus des plantes).

    Je n’aurai donc pas vraiment répondu à la question initiale, mais au moins, j’aurai tenté d’expliquer pourquoi, ce qui, je l’espère, permet de déplacer la question de façon satisfaisante…

    Quelques exemples :
    Les suisses ont le choix entre de nombreux producteurs d’élixirs spagyriques d’excellentes factures. Les plus connus en Romandie sont Heidak et Spagyros, j’aurais pu encore citer Phylak si j’avais pu rencontrer un responsable et mieux connaître ce laboratoire. On trouve aussi Elixalp (Toni Céron, Orcier, France), et les petits flacons de Edelweiss Distillerie que nous distribuons dans le cadre de notre ferme valaisanne. Je dois évidemment citer les nombreux spagyristes amateurs qui soignent bénévolement (une tradition qu’ont exprimés les R+C qui faisaient le serment de « Faire profession de médecin à titre bénévole », Fama Fraternitatis, 1614) et qui entretiennent la vitalité de la spagyrie. Pierre de vin

    Cette liste va des producteurs les plus professionnels aux plus amateurs :

    Heidak : Laboratoire professionnel santé, procédé Zimpel, importante matière médicale issue de la phyto + quelques remèdes particuliers (+ de 200 produits). Large diffusion en pharmacies &c…
    Spagyros : laboratoire professionnel santé, procédé Baumann (inspiré de Zimpel), importante matière médicale issue de la phyto + quelques remèdes particuliers (+ de 200 produits). Large diffusion en pharmacies &c…
    Elixalp : laboratoire professionnel compléments alimentaires, procédé personnel inspiré de Albertus et autres, importante matière médicale personnelle inspirée de la phyto et d’éléments symboliques (+ de 200 produits). Faible diffusion dans le domaine des compléments alimentaires.
    Edelweiss Distillerie : Entreprise agricole alimentaire, divers procédés traditionnels ou personnels souvent inspirés de S.Barillet. Matière médicale réduite à quelques élixirs (- de 10 produits). Diffusion confidentielle par le site internet de la distillerie.
    Spagyristes amateurs divers : amateurs. Ce sont des alchimistes qui ont développés une pratique personnelle et une pratique de soin à partir de leurs réalisations souvent uniques tendants vers une médecine simple et universelle (entre 1 et 5 produits). Pas de distribution, pas de commerce, diffusion confidentielle souvent limitée à la famille et aux amis. Ces derniers, à l’image des guérisseurs chrétiens des campagnes et des rebouteux, sont nombreux et discrets. Les laboratoires et les professionnels cités dans cette liste sont toujours nés des développements d’un laboratoire amateur personnel. Je rajouterai que c'est dans cette catégorie que se trouve le spagyriste que je considère comme étant le plus puissant thérapeute parmi les disciples d'Hermès. Il offre son unique remède qu'il fabrique dans son sous-sol, et obtient des résultats dignes de Paracelse… Ne me posez pas de questoin sur son identité, je travaille à présenter son travail et son système, c'est pour bientôt… (Hé oui, l'alchimie a toujours  ses petits mystères ! ;-) )

    Matthieu Frécon, Sarreyer, 11 janvier 2021

    Laboratoire alchimique

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  • Kabbale 3. : Méditation sur le Nom de l'Éternel

    Une méditation sur le Nom de l’Éternel

    Yhvh

    La Kabbale pratique se consacre essentiellement à des méditations ou des rituels basés sur l’Arbre de Vie ou sur le Nom de l’Éternel (YHVH). Si l’Arbre de Vie fût développé à partir de plusieurs sources dans le cadre de la kabbale lurianique (Isaac Luria, Palestine XVI° siècle), le travail sur le Nom est antérieur. Si l’on excepte la Bible elle-même, il y a deux sources de travail kabbalistique, ou pré-kabbalistique qui sont le Sepher Yetzirah qui est un livre de la fin de l’antiquité auquel je consacrerai un article bientôt, et le système de méditation d’Abraham Aboulafia.
    Je vous propose maintenant d’associer une pratique universelle connue aussi bien dans le milieu du Zen que dans la mystique chrétienne, en passant par le soufisme et la kabbale aboulafienne : la récitation ininterrompue d’une formule. Le but de cette pratique est d’attirer l’esprit (la raison) par une formule intellectuellement attractive tout en le rebutant par l’absurdité de l’exercice (la répétition bête) et en l’épuisant par l’effort. De plus, l’esprit se verra privé de ses petites habitudes, ses petites fantaisies routiniennes…
    Ici, l’exercice consiste à invoquer le Nom de l’Éternel (YHVH), le Nom que l’on ne doit pas prononcer en vain (Exode XX. 7), le Nom dont la prononciation reste mystérieuse… La prononciation du nom est un sujet complexe que j’aborde en stage et qui serait un peu long à développer ici, et j’espère que vous me pardonnerez de passer outre ce sujet passionnant maintenant. Je préfère passer directement à la pratique de la récitation d’une formule qui présente raisonnablement la nature de l’Éternel, et dont la récitation devrait vous permettre d’en avoir un aperçu qui est satisfaisant autant sur le plan intellectuel que sur le plan intérieur, vécu.
    Avant de présenter la formule et l’exercice proprement dit, je voudrais revenir brièvement sur le sens de ce nom d’après son étymologie.
    YHVH, que l’on associe souvent, et à mon avis à tort, à Dieu (Elohim) dérive du verbe être. C’est un genre d’indicatif passif du verbe être (le verbe être sans sujet, à tous les temps). La traduction commune « Éternel » est la plus correcte dans les textes courants. Je préfère toutefois le terme « Existence » qui me semble donner tout le sens étymologique du mot. L’ « Existence », c’ « Est ».
    Ce n’est donc pas le créateur (Elohim) qui créé, c’est au contraire la création elle-même (la nature, l’homme &c…). Mes lecteurs me pardonneront de revenir une fois de plus sur ce concept fondamental pour ne pas se perdre dans le labyrinthe de la théologie que je trouve être, excusez-mon audace, souvent bricolée…
    YHVH, parfois vocalisé Yahvé, ou Jéhova, est la clé de l’existence, c’est la parole perdue, c’est la clé qui ouvre toutes les portes qui nous coupent des réponses à nos questions existentielles et essentielles…
    On comprend pourquoi YHVH est l’interlocuteur privilégié de Moïse et du fervent lecteur de la bible…

    Aboulafia avait, peut-être à la suite de sa fréquentation des soufis, développé une pratique du Nom qui lui a valut nombre d’extases mystiques. Je ne vous propose pas dans ces quelques lignes de reprendre la discipline du Maître de la kabbale prophétique (pour cela, je vous renvoie vers les excellents livres de Moshé Idel, et de notre kabbaliste national : George Lahy, grand spécialiste de cette kabbale), mais d’emprunter à l’un des livres d’Abraham Aboulafia une formule pour nourrir la pratique de la récitation ininterrompue.

    Cette formule est magique, réellement. Elle est belle, elle nourrit l’intellect, et elle sait aussi le faire taire.
    Vous la trouverez à la page 65 du Livre du Signe (Sepher HaOth) d’Aboulafia dans son édition bilingue hébreu-français par Georges Lahy.
    Elle dit : L’Éternel sera, était, et est. En hébreu : YHVH YHYH VHYH VHVH. Sa transcription phonétique est YAOUAH YAYAH OUAYAH OUAOUAH.

    L’exercice lui-même consiste à décider d’une période de méditation et des règles qui la régiront, puis de répéter sans interruption cette formule à voix basse ou mentalement. La durée peut être une journée, une semaine, un mois… (commencez par une courte période pour vous familiariser avec l’exercice), les règles peuvent être : pratique pendant les moments de solitude, ou bien solitude ou avec son partenaire s’il vous suit dans votre travail, ou bien tout le temps sauf quand quelqu’un vous parle et que vous devez répondre… Il est bien évident que si l’on n’a pas décidé d’une vie d’ermite, les obligations familiales sont toujours prioritaires sur l’ascèse mystique et il appartient à l’ascète d’organiser sa vie de façon à avoir des moments pour son travail intérieur sans que sa famille n’en souffre.
    Enfin, il est TRÈS IMPORTANT de s’engager à une pratique réaliste (pas de serment solennel de s’engager dans une pratique déraisonnablement contraignante) et de RESPECTER son engagement (« N'abandonne jamais »).

    Cette pratique de récitation ininterrompue d’une formule sacrée (sacrée = rituelle) se retrouve sous toutes les latitudes et avec différentes formules privilégiés ou non… Les explications du but et du processus diffèrent selon les traditions… Seule la pratique elle-même est universelle, elle seule compte…
    C’est une méditation active, seule sa pratique permet son appréciation. Je vous laisse l’apprécier…

    Matthieu Frécon, Sarreyer, décembre 2020

  • Tradition et New-âge

    Tradition et New-âge

    Aujourd’hui, dans le domaine de la spiritualité nous avons le choix : il y a une tendance traditionnelle et une tendance new-âge. On ne va pas se plaindre de ce choix, il ne nous reste plus qu’à savoir se servir de ces deux façons d’aborder les sciences traditionnelles.

    Autrefois, si vous vouliez apprendre l’alchimie ou la kabbale, il fallait trouver un maître, recevoir son enseignement et accepter sa pédagogie. Comme dans n’importe quel autre domaine de la connaissance, on apprenait à refaire les gestes du maître et l’innovation était réservée à une élite de rares surdoués, ou de quelques chanceux dont le maître avait une pédagogie adaptée à l’élève, ce qui était extrêmement rare. L’avantage de ce type d’enseignement était la stabilité de la connaissance, l’inconvénient restait que la créativité et l’évolution était morte-née. La connaissance se transmettait d’une façon pyramidale, de haut en bas comme toute l’existence qui était représentée par un triangle dont l’apex est à l’image de Dieu qui rayonne depuis le sommet sur  l’ensemble de la création.
    La circulation d’énergie - d’information - se fait donc toujours de haut en bas, et non latéralement.
    C’est aussi comme ça que cela se passe dans les sociétés secrètes traditionnelles : le néophyte doit suivre un enseignement progressif sur le déroulement duquel il n’a aucune action. Si le maître a décidé que telle matière ou tel secret serait abordé la troisième année du programme, et bien il ne reste qu’à attendre gentiment le cours des choses.

    Le Nouvel-âge est apparu avec l’ère du Verseau, au XX° siècle. À mon sens, il commence avec la publication de l’enseignement secret de l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée (Golden Dawn) par Aleister Crowley en 1909 dans sa revue The Equinox. Par cette publication, Crowley trahit son serment de secret, et ouvre la porte à l’enseignement à distance, géré par l’étudiant laissé seul à sa guise. En effet, il est alors possible d’avoir accès à l’enseignement traditionnel complet sans devoir subir la pédagogie rarement adaptée à la psychologie du jeune adepte.
    À partir de ce moment, la connaissance ne va plus exclusivement de haut en bas, du maître vers l’élève, mais aussi latéralement, par les échanges de connaissances entre étudiants.
    En réalité, ce type d’apprentissage est généralisé aujourd’hui puisqu’un enfant qui va étudier une quelconque matière avec passion, la guitare par exemple, ne va pas se contenter de l’enseignement de son professeur mais va évidemment surfer sur internet pour trouver les infos et les tutoriels dont il est avide pour nourrir sa passion.
    Il est évident que seuls les domaines d’apprentissages sans intérêts resteront l’apanage des méthodes traditionnelles.

    Le Nouvel-âge est donc une question de méthode, de pédagogie, et non pas une question de contenu de l’enseignement.

    L’alchimie, la kabbale et les autres domaines de la spiritualité ont été extrêmement enrichis par cette émulation des étudiants devenus autonomes sur le plan de l’apprentissage.
    Cette autonomie, dans le domaine de l’ésotérisme s’est également manifestée sur le plan spirituel. « Chaque homme et chaque femme est une étoile » affirme le Livre de la Loi reçu par Aleister Crowley en 1904. Ce livre signe le départ d’une nouvelle ère, appelée l’Eon d’Horus en référence aux cycles gnostiques, les éons.
    Dans ce livre déterminant pour Aleister Crowley et pour tout le New-âge finalement, il est définit une sorte de citoyenneté spirituelle. Une citoyenneté dans le sens de l’individu libre et autonome, au contraire de l’esclave qui dépend de son maître. Cette déclaration encourage les adeptes de la spiritualité à assumer une pleine autonomie spirituelle, autonomie et responsabilité individuelle.
    Je ne sais pas si le Dieu est mort de Nietzsche est une influence majeure de ce courant, mais on peut penser que ce refus de l’autorité unique et inaltérable dont dépendait chaque créature a contribué à cette autonomie et cette émancipation.

    C’est cette façon de considérer l’homme comme une entité autonome bien que participant à une communauté qui a permis de développer une nouvelle conception de Dieu, plus païenne, Dieu comme étant l’ensemble de la création, l’ensemble de l’existence, et non comme un être unique supérieur référant de toute vie. C’est aussi cette conception qui permettra le développement de l’écologie et de son introduction dans la spiritualité.

    Le New-âge est une spiritualité démocratique. Son influence est donc énorme sur le développement spirituel de chaque individu. Il ne se pose pas en opposition à la vision traditionnelle et hiérarchique du monde et de Dieu (contrairement à la Tradition qui n’a pas toujours vu d’un bon œil cette nouveauté dans son domaine), mais l’enrichit. La qualité des productions new-âges est aussi diverse que ses membres sont divers. Tous s’expriment, les uns essaient de copier les structures hiérarchiques de l’ancien monde (les gourous à la petite semaine…), les autres s’inventent créateurs d’art magique contemporain, enfin, les plus solides ont su allier les connaissances traditionnelles à la pédagogie new-âge et c’est peut-être là que l’apport est le plus abouti.
    Les Philosophes de la Nature (LPN) étaient-ils New-âge ? mais certainement ! Ils ont d’ailleurs beaucoup contribué à populariser les connaissances traditionnelles dans les domaines de l’alchimie et de la kabbale. C’est un heureux mélange de connaissances traditionnelles et de l’esprit démocratique du nouvel-âge. Pourquoi LPN a-t-il sombré corps et biens après une quinzaine d’années d’existence ? Mais parce que c’est le lot de toute forme que d’évoluer et de se transformer au fur et à mesure que les consciences ont été transformées par elle, puis de disparaître… Après LPN, il y a eu d’autres pédagogues qui ont enseigné ces matières en démarrant là où LPN s’était arrêté, et puis ils disparaitront pour laisser place à d’autres nouvelles générations… La seule chose qui ne disparaitra pas, c’est la connaissance et avec, la soif d’apprendre. Le new-âge, avec ses « Faites-le vous-même » est une méthode tout-à fait adaptée à notre époque si fertile.
    Parmi les enseignants d’alchimie de notre époque, je cite souvent Stéphane Barillet pour sa connaissance et sa pédagogie. Stéphane Barillet est-il new-âge ? Mais évidemment, c’est même l’un des alchimistes les plus équilibrés au niveau de la pédagogie de notre époque mise au service de la connaissance traditionnelle ! Stéphane nous confie les connaissances traditionnelles augmentées des dernières découvertes en matière de pédagogie et de psychologie pour que chaque étudiant puisse comprendre, et réinventer la Pierre, et non plus tenter de la reproduire fidèlement sans comprendre et sans succès comme c’était le cas autrefois…
    Les élèves de Stéphane, comme ceux de LPN (et j’en suis dans les deux cas) sont libres et autonomes.
    Il existe évidemment nombre d’exemples et je n’ai cité que ces deux-ci que je connais bien et qui sont emblématiques dans leur domaine.

    Est-ce que toutes les disciplines traditionnelles sont solubles dans le new-âge ?
    Non, pas toutes. Beaucoup peuvent être adaptées au Mercure-New-âge et l’alchimie en fait partie si elle accepte de perdre l’étiquette qui la caractérise, ainsi que ses légendes, son langage &c… La magie hermétique est également très adaptée à ce nouveau mode de connaissances, grâce aux travaux Magicks d’Aleister Crowley principalement.
    En revanche, certains domaines ne supportent pas l’évolution. Ils restent traditionnels ou disparaissent. Par exemple, je m’intègre personnellement dans une pratique de guérison spirituelle dans la tradition des « guérisseurs des campagnes » dont les pratiques et les habitudes n’ont probablement pas changés depuis des siècles. Ses caractéristiques font que je ne vois pas comment cette pratique pourrait évoluer. Je la pratique telle qu’elle m’a été transmise, je la transmets de la façon qui m’a été montrée, aucune évolution ne me semble possible ni souhaitable. Nous restons ici dans le domaine de la tradition dans ce qu’elle a de plus figée. En revanche, je conçois très bien qu’un initié à ce type de guérison invente un nouveau style de pratique, comme le nouvel-âge nous enjoins à le faire, de la même façon que le Reïki connu en Occident est une invention moderne faite à partir d’une pratique de soin traditionnel au Japon qui elle, n’a pas bougé d’un pouce malgré la mode du Reïki. Je suis absolument favorable à l’invention de nouvelles pratiques basées sur les connaissances nouvelles ou traditionnelles, mais je ne crois pas que toutes les pratiques traditionnelles aient la capacité d’évoluer. La mondialisation et l’appropriation ne sont pas systématiquement des pratiques saines et heureuses.

    Pourquoi le New-âge est-il si critiqué, voir méprisé ?
    Mais parce que la connaissance devenue démocratique est devenue multiple et son niveau général correspond à cette multitude. Cette demande est populaire et non plus élitiste comme autrefois. On pourrait croire que dans ces conditions la connaissance va dégénérer. En fait, je ne crois pas. Au contraire, elle à considérablement progressé depuis ces dernières décennies.
    Je pense que la critique de la spiritualité new-âge vient d’un réflexe de protection de la vieille garde traditionnelle qui a peur de voir non seulement son hégémonie menacée, mais surtout qu’apparaisse au grand jour sa propre imperfection, et même parfois sa réelle nullité. Ceux des adeptes de la tradition qui sont assez avancés pour être sûrs de leur propre autonomie spirituelle sont plutôt tolérants avec les jeunes punks de la spiritualité. Ceux qui en veulent, qui veulent savoir, qui veulent acquérir plus de liberté.

    Plus de liberté : plus de discernement. Plus de discernement : plus besoin que l’on vous explique si tel ou tel enseignement est valable ou non. Votre expérience devient possible, elle vous guidera.

    Joyeux Noël !

    Matthieu Frécon, Noël 2020.

  • Les élixirs spagyriques, à quoi servent-ils ?

    Les élixirs spagyriques, à quoi servent-ils ?
    Une réflexion entre le corps et l’âme, entre la santé et la spiritualité

    0. Introduction
    1. Guérir
    2. Soutenir une activité mystique
    3. Amener à une expérience mystique
    Mutus liber planche xv


    L’alchimiste ou le spagyriste amateur n’a pas toujours une idée claire du but de ses recherches. En général, lorsqu’il fabrique un élixir, il a plus ou moins un but à l’esprit : la préparation à l’expérience mystique, ce qui est un concept aussi prometteur que vague ; ainsi que la santé, ce qui est une spécialité des plus nobles et toutefois un bon début.
    Je vous propose  de dégrossir un peu la question de la relation entre la santé et l’expérience mystique, et de préciser autant que possible les possibilités qu’offre l’élixir spagyrique (ou alchimique, les deux termes sont, comme toujours avec moi, interchangeables
    (1) ).

    (Mutus Liber, planche XV)

    1. Introduction
    L’histoire de l’alchimie depuis son introduction en occident avec la conquête arabe au début du moyen-âge est intimement liée à la médecine. Les bases du travail végétal et alcoolique sont posées dès le début et les alchimistes ont toujours eu au moins un pied dans la médecine.
    Il est clair aujourd’hui que l’alchimie paracelsienne à pour but l’amélioration de la santé (« l’Alchimie ne sert pas à transmuter le mercure en or mais à préparer des remèdes pour guérir les maladies » Paracelse, cité par Lucien Braun). Et le but le plus noble du travail alchimique est certainement la préparation de remèdes pour recouvrer la santé.

    Je me souviens d’une discussion avec l’un des quelques alchimistes qui ont marqué mon aventure alchimique, un alchimiste puissamment original dont l’unique préparation était une sorte de médecine universelle magistrale destinée à guérir les maladies. Je lui demandais « …et sur le plan intérieur, qu’est-ce que ça donne ? » et lui, peu disposé à perdre son temps avec des questions stupides : « Sur le plan intérieur ? et bien… pas grand chose… ». Comment est-ce qu’une préparation comme la sienne, issue d’un travail typiquement alchimique, qui était aussi puissante sur le plan de la santé, ne pouvait pas avoir d’effet sur le plan spirituel ? Et bien tout simplement peut-être que la spiritualité, c’était la santé ultime ? et que la santé parfaite répondait à toute question spirituelle. Autrement dit, un fonctionnement parfait du corps dans toutes ses fonctions se révélait être une réalisation telle que l’on décrit la réalisation « spirituelle ». Peut-être que la conscience dépend tout simplement très intimement du bon fonctionnement du corps et de l’état de ses organes ?
    Cette apparition de la chimie de la conscience a été largement répandue avec l’expérience psychédélique des années 60’. C’est à ce moment que Timothy Leary, le « Pape » du LSD (titre plutôt parlant pour notre propos d’ailleurs !) déclare que la conscience a une origine chimique et que l’on peut la modifier par la chimie. Son ami Alan Watts étudiera les similitudes entre l’expérience psychédélique et le Satori obtenu par sa pratique du bouddhisme Zen.
    Mais l’objet de cet article n’est pas de développer les relations entre l’expérience alchimique et l’expérience psychédélique, et de réfléchir à la question qui pose la Pierre des Philosophes comme étant un psychotrope. C’est un sujet sujet passionnant que je réserve pour plus tard… Au contraire, l’objet de cet article est de préciser dans quelle mesure l’élixir, la Pierre (pour rappel, « Elixir » est un terme arabe qui signifie « La Pierre ») peut faire réaliser à quel point un corps sain est une âme saine, pour paraphraser le célèbre adage « Mens sano in corpore sano ».

    Au cours des nombreuses expériences alchimiques que j’ai partagées avec mes amis, j’ai découvert qu’il était possible, et très souhaitable, de développer un vocabulaire décrivant l’expérience spirituelle, ou au moins les expériences subséquentes aux prises d’élixirs. Les thérapeutes qui ont accompagnés ces recherches, principalement ostéopathes et naturopathes, m’ont donné les mots pour décrire les effets que l’ont pensait auparavant « indicibles », puisqu’il est convenu que « l’expérience spirituelle est indicible », expression que je n’ai jamais trouvée satisfaisante, ni utile (sauf pour arnaquer le pigeon et conserver une distance prudente entre l’« initié » et son disciple). C’est comme cela que j’ai d’abord pu décrire ce sentiment d’agréable frisson autour et au-dessus de la tête, sensation si fréquente avec les élixirs puissamment énergétiques comme une remise en route du liquide céphalo-rachidien, lequel liquide est d’ailleurs mis en route par le système nerveux para-sympathique, et peut-être plus particulièrement le para-sympathique central. Ce même système para-sympathique central est repéré par des techniques de thérapies modernes proche de la spiritualité comme jouant un rôle majeur dans les états de Satoris… Sympathique non ?
    Ces pistes sont prometteuses et permettent non seulement de mieux identifier et mieux partager l’expérience « spirituelle », mais aussi de développer des techniques adaptées pour produire cette expérience.
    Alors, nostalgiques des grands mythes éternels, ne voyez pas dans ce développement rationnel et scientifique une concurrence déloyale ! Bien au contraire, l’opportunité est trop belle de remettre le corps humain au centre du processus initiatique, même si les conclusions que l’on en déduira devront être légèrement révisées puisqu’il est maintenant clair que l’extase mystique n’est plus l’appel téléphonique d’un Céleste Surhomme (assis sur un nuage pour être clair), mais peut-être simplement le ressenti d’un homme dont le fonctionnement naturel est juste… parfait !
    Bien, nous avons répondu à la question naïve à laquelle mon ami refusait de répondre « et sur le plan spirituel, ton remède, il fait quoi ? ». D’ailleurs son acuité au monde et sa relation à la nature étaient une réponse et une indication suffisantes.

    Cette introduction terminée, je vous propose de voir trois aspects de l’utilité de l’élixir alchimique/spagyrique.

    1. La santé
    Les alchimistes classiques comme les spagyristes paracelsiens ont pour une immense majorité fait profession de médecins. L’alchimie appliquée à la médecine, c’est un peu comme le sport et le bien-être du corps ou l’apéritif et la cordialité, il est difficile de les séparer…
    Les élixirs végétaux, particulièrement connus depuis Paracelse existent depuis toujours et sont en plein renouveau. Le Gui de Chêne à une excellente réputation pour lutter contre le cancer, les élixirs de Miel et de Vin sont des toniques, l’élixir d’Absinthe règle les problèmes de ventre (digestion et génitalité), la Pierre de Rose aide à se libérer des dépendances &c… Ici, la clé est l’harmonie entre les principes de l’alchimie (aspect médecine universelle, côté Mercure) et les vertus naturelles des plantes (reconnus en phytotérapie en général, aspect Soufre). L’art de l’alchimiste et sa « Vertu » (au sens Paracelsien du terme : prédestination, don naturel) feront la différence.
    Cet aspect de la médecine alchimique/spagyrique, est en plein développement actuellement, et je suis heureux d’y contribuer modestement.

    2. Soutenir une activité mystique
    C’est un aspect très intéressant de l’alchimie que de produire des élixirs qui vont stimuler les fonctions vitales au point d’aider l’alchimiste dans un travail initiatique parallèle. Par exemple, j’ai le souvenir d’avoir été plusieurs fois mis en condition pour entreprendre des ascèses méditatives très contraignantes, avec un soutien physique et psychologique important en prenant l’une ou l’autre de mes médecines alchimiques dont le but est de renforcer la vitalité (considérée du point de vue de la médecine universelle). Je m’explique. Certains élixirs alchimiques sont orientés vers un aspect de la guérison : ils règlent plutôt un problème particulier. D’autres cherchent à contenir l’énergie créatrice à un niveau plus proche de sa source : ils ne règlent pas un problème particulier, mais apportent une énergie générale, indifférenciée et puissante, dans l’être qui provoquera une sorte « d’appel » mystique soutenu, et aidera à entreprendre un travail intérieur difficile. Ces médecines amènent une sorte de lumière, d’étincelle, qui permet de démarrer une ascèse.
    Ainsi, la Pierre de Vin que je fais selon le procédé de Stéphane Barillet (donné dans « Le Grand-Œuvre Alchimique ») en est un très modeste exemple : elle aide à se réparer d’une façon générale, permet la détente, donne un sommeil réparateur en général, améliore le fonctionnement des organes, mais peut aussi soutenir une discipline mystique difficile (méditation nocturne, attention développée &c…) quand l’alchimiste la prend dans ce but.
    D’autres élixirs peuvent aussi servir dans le cadre de cérémonies rituelles (présence d’élixir dans l’eucharistie par exemple). Ici, nous pouvons même nous rapprocher de l’aspect psychotrope de l’élixir alchimique tel que je l’ai suggéré dans l’introduction.
    Les élixirs alchimiques orientés vers la Lumière, ceux qui contiennent la Lumière originelle, sont souvent adaptés à ces fins.
    Cet aspect de « diététique spirituelle » de l’alchimie est un aspect connu, mais peut-être pas assez distingué des autres buts de l’Art, pas assez conscientisé. C’est une très belle facette, relativement mineure peut-être mais non négligeable, de l’alchimie.

    3. Amener à une expérience mystique
    C’est peut-être ici que l’on touche le Grand-Œuvre dans sa magnifiscence.
    Il existe des élixirs qui ont une telle puissance solaire en eux qu’ils ont une vertu transmutatoire sur l’opérateur.
    Ce n’est pas le moment de fantasmer sur les descriptions sidérantes d’expériences mystiques célèbres. Les auteurs qui ont tentés de décrire « l’expérience mystique » ont dû, faute de vocabulaire plus adapté, employer le langage poétique ou fabuleux. Les visions décrites ne sont jamais que les meilleures façons que l’initié a trouvé pour décrire ses impressions. On peut comparer ces visions aux « lois » proposés par les grands initiés tels que Moïse ou Bouddha, qui, me semble-t-il ont vécus des expériences comparables et les ont exprimés de manières extrêmement éloignés, à cause de leurs cultures différentes. Ainsi, l’assomption d’un mystique chrétien est décrite d’une façon compatible à ce qu’il attend d’une révélation divine dans un contexte de foi monothéiste. La « Nuit Obscure » de Jean de la Croix est un merveilleux récit initiatique mais, faites le même, et vous n’aurez sans doute aucune de ses visions, votre expérience n’aura aucun point de comparaison avec son aventure, en apparence tout au moins…
    Alors revenons un peu sur les remarques précédentes sur les rapports entre un fonctionnement organique parfait et l’expérience « mystique » que l’on pourrait peut-être maintenant, entre nous, appeler expérience vitale. Mon expérience personnelle sur les ascèses opérées conjointement avec la prise répétée d’élixirs particulièrement puissants, les pierres obtenues par calcination solaire par exemple (dont les procédés sont encore donnés dans « Le Grand-Œuvre Alchimique », le cours de Stéphane Barillet cité plus haut) provoquent un afflux de lumière dans le corps de l’opérateur qui, conjointement à une discipline très rigoureuse, entraine un décrassage très profond du corps, et donc de l’état émotionnel (Ouille !!! Ouille !!!) et mental de l’alchimiste.
    Le corps physique de l’opérateur subit également des transformations spectaculaires (Paracelse parle de la régénération des cheveux, des ongles, de la remise en route des cycles féminins chez une vieille femme… Je peux parler d’une reprise de la croissance…), et le premier effet sera une régénération générale du corps avec une augmentation de la vitalité.
    Ici, point de « voie pédagogique », point « d’illustration du processus du Grand-Œuvre »… La pierre agit comme le radeau sur lequel vous êtes embarqué qui vous emmène sur le courant d’un fleuve tumultueux. Il ne vous faut pas longtemps pour vous retrouver dans un état d’être « naturel », même si votre santé physique peut être parfois altérée par la violence de l’opération, ou par votre manque de savoir gérer surtout.

    C’est cet aspect du Grand-Œuvre qui a rendu l’alchimie célèbre, même si c’est certainement le moins pratiqué des trois aspects que j’ai présenté.

    ***

    Je connais personnellement un bon nombre d’alchimistes amateurs qui se consacrent au premier de ces trois buts que propose la spagyrie/alchimie. Ce sont parfois d’excellents thérapeutes, comme il y en a dans tous les domaines de la médecine. Ces alchimistes amateurs embellissent la vie par leur pratique simple et naturelle.
    Je connais aussi personnellement des mystiques qui utilisent l’alchimie comme soutien à leurs activités. Ce sont souvent des mystiques chrétiens gnostiques car l’alchimie a beaucoup utilisé le symbolisme chrétien. Leur activité thérapeutique est souvent secondaire mais parfois présente.
    Je connais encore, personnellement, quelques alchimistes qui ont osé la purification de l’être par des préparations alchimiques déterminantes. Ils ont tous une activité thérapeutique discrète, ou discrètement liée à leur Art, et parfois professionnelle. Parmi les anciens, je range Paracelse parmi eux.
    Ces derniers ont-ils atteint une certaine perfection de la santé du corps ou de l’âme ? Heu… pas forcément, je ne crois pas… Ils sont juste heureux d’avoir réalisé ce travail, et ils continuent leur travaux, la performance reste absente du résultat…

    Voilà ce que peut offrir le travail alchimique…
    C’est à mon avis un très beau sujet d’étude que le rapport entre le corps et l’âme, entre la santé et la spiritualité…

    Matthieu Frécon, Sarreyer, 5 Décembre 2020


    (1) J’emploie ici le terme Spagyrie dans le sens où l’entendait son créateur, Paracelse, qui la définissait comme un ensemble cohérent de connaissances basées sur 4 piliers : Alchimie, Philosophie, Astrologie/Astronomie, et Vertu.

  • Kabbale 2. : Le cadre historique

    Kabbale II. Le cadre historique

    0. Image sepher yetzirah
    Le but de cet article est de poser le décor. En effet, la kabbale comme l’alchimie est un domaine de connaissances qui s’étendent sur plusieurs milliers d’années et une très large aire géographique. Les contextes culturels qui ont accompagné la naissance et le développement de la kabbale sont également très divers et il n’est pas forcément facile d’imaginer le style de vie d’un religieux ou d’un mystique médiéval, et donc de comprendre le déroulement de sa pensée.
    Cet article est quelque part un avertissement à remettre la kabbale dans son contexte historique pour mieux la comprendre et mieux pouvoir se l’approprier. Ces données acquises, les articles suivants pourront être plus pratiques, et la pratique sera, je l’espère, mieux connectée à la réalité.

    I. Judaïsme

    La kabbale juive est-elle vraiment juive ? Les juifs sont-ils vraiment juifs d’ailleurs ? Ces questions peuvent se poser, mais ce qu’il importe maintenant, c’est de décrire le contexte culturel qui a vu naitre la kabbale hébraïque.

    Si l’on situe la naissance historique de la kabbale avec l’école de Provence au milieu du moyen-âge, alors sa proto-histoire est une part non-négligeable que nous allons étudier maintenant.
    En effet, c’est réellement entre le X° siècle avec Saadia Gaon (chef de communauté juive babylonienne du X° siècle) et le XV° siècle avec les disciples d’Isaac Luria (kabbaliste palestinien du XV° siècle) qui fixeront le rituel juif moderne que le judaïsme devient 1. Une religion, 2. Une religion en voie de devenir monothéiste, 3. Une religion qui s’interroge sur la notion de foi (question totalement absente du culte auparavant). C’est aussi à ce moment, avec les disciples de Luria, que la kabbale moderne est crée.
    Mais avant ?
    Le judaïsme antique est un ensemble de cultes plus ou moins proches adoptés par des tribus plus ou moins voisines évoluant parmi des peuples les plus divers sur l’ensemble du Moyen-Orient, et particulièrement en Palestine. Les livres rituels, mythologiques et historiques seront fondus ensemble vers le début de l’ère chrétienne en un corpus magistral qui deviendra un best-seller jusqu’aujourd’hui : la Bible. Les personnages importants sont souvent des prophètes : ascètes, guérisseurs… ils donneront les textes fondamentaux de la mystique juive qui deviendra la kabbale au sens large, et une partie de l’alchimie (dans Ezéchiel par exemple).
    Il y a à l’époque une grande richesse de cultes et le concept aristotélicien de non-corporéité de Dieu est inconnu : on possède de nombreuses représentations (sculptures) de Yahvé, avec ou sans sa parèdre Ashéra, et la bible regorge d’anthropomorphismes divins (« La main de Dieu » « Dieu apparu » &c…), une habitude qui restera très vivante dans la kabbale.
    On voit que le milieu culturel qui a vu naitre la mystique qui deviendra la kabbale est assez éloigné de l’image que l’on peut en avoir en lisant la bible telle qu’elle nous est parvenue aujourd’hui.  
    Le plus ancien texte vraiment kabbalistique qui n’appartient pas au corpus biblique est le Sepher Yetzirah (Livre de la formation). C’est un court texte d’origine babylonienne qui date de la fin de l’antiquité et qui traite de mathématiques, de cosmogonie, développe des thèmes de la genèse et d’autres parties de la bible, et quelques concepts philosophiques grecs.
    La « diaspora » juive est en fait le témoignage d’une communauté de peuplades situées sur l’ensemble du Moyen-Orient et Afrique du Nord qui partagent un certain nombre d’idées sans pour autant être unies par un culte unique. La tolérance naturelle sert de lien à tous.
    La première religion monothéiste est en fait réellement le christianisme qui innove avec le concept de monothéisme et avec le concept de foi. Son développement obligera le « judaïsme » à se positionner en tant que religion, vers la fin de l’antiquité.

    Quoiqu’il en soit, on en n’est pas encore à une standardisation mondiale du culte et les traditions juives sont encore riches de leurs influences locales et traditionnelles.

    La kabbale se prépare…

    Il faut réaliser que ce fond culturel extrêmement riche d’influences orientales des plus diverses s’intègrera naturellement dans la kabbale moderne et c’est ce métissage de cultures qui lui donnera de la complexité et de la profondeur.

    II. Le décors est planté, la Kabbale peut naitre…

    La kabbale historique nait dans le sud de la France, à Lunel au XII° siècle, quand Isaac l’aveugle écrit le Bahir (Livre de la Clarté). elle se développe en Espagne au siècle suivant et culmine avec l’écriture du Zohar (Livre de la Splendeur) vers 1270/1280. Là encore, une pensée et une méthodologie apparait, mais il existe un certain nombre de marginaux qui enrichiront la Kabbale d’influences diverses. Ainsi, au XIII° siècle, Abraham Aboulafia établi un système de kabbale extatique à partir de la bible, du Sepher Yetzirah, et de pratiques soufies. Sa kabbale est encore vivante aujourd’hui et se distingue de toutes les autres formes de pratiques kabbalistiques.
    Le Zohar, écrit en Espagne par Moïse de Leon est une encyclopédie de pratiques et de doctrines diverses kabbalistiques sous une forme de narration fictive peintes sur un fond de Palestine antique.
    Le point commun de toutes ses pratiques et ses doctrines théologiques kabbalistiques est l’éloignement avec la pensée philosophique grecque qui avait influencée toute la pensée juive auparavant.

    III. Luria et le retour de l’Arbre de Vie

    Après l’expulsion des juifs d’Espagne, une partie de la population s’installe dans l’empire Ottoman bienveillant, lequel comprend la Palestine.
    En Palestine, au XV° siècle, un certain Isaac Luria réforme totalement la kabbale et le judaïsme. C’est un jeune kabbaliste illuminé à l’imagination fertile, extrêmement charismatique qui devient très vite le héros messianique d’une société déracinée. Il réinvente littéralement la Kabbale et tout un tas de concepts plus ou moins fondés, et créé une nouvelle mythologie, une nouvelle kabbale. Sa kabbale est fondée sur une représentation de l’Arbre de Vie dont on trouve les fondements dans la Genèse (II° chapitre) qui comprend également les 10 séphiroth qui sont citées dans les Chroniques (XXIX. 11) et décrites dans le Sepher Yetzirah, et discutées ici ou là dans les textes de la kabbale espagnole. Le diagramme de l’Arbre de Vie avec ses 10 séphiroth tel qu’on le connait tous depuis qu’il a été popularisé par la Golden Dawn et Aleister Crowley est une création de l’époque d’Isaac Luria.
    Luria meurt à 38 ans en 1572. Ce sont ses disciples qui publieront les éléments de la kabbale lurianique et dans la foulée, le rituel juif moderne (qui est donc très kabbalistique). Cette kabbale formera l’essentiel de la kabbale développée jusqu’à la fin du XX° siècle où l’on commence seulement à remettre en question les fondements de sa pensée.

    La kabbale chrétienne est toute entière basée sur la kabbale lurianique.

    IV. La Kabbale chrétienne

    À la renaissance et à partir de l’ère lurianique, le monde s’agrandit (découverte de l’Amérique, de l’imprimerie), il change, et le judaïsme  doit répondre à l’évolution générale et à la demande de normalisation religieuse de ses voisins les plus proches : chrétiens et musulmans. Le judaïsme fait un effort de standardisation dogmatique et devient, un peu, une religion monothéiste - avec quelques réserves - et accepte tacitement le concept de foi, sans toutefois s’y soumettre formellement.

    Comment le judaïsme peut-il être une religion pas vraiment monothéiste, et pas vraiment basée sur le concept de foi ?
    Dans ce contexte, le judaïsme est une religion composée de rites dont le but est d’assurer une cohésion sociale. Les membres de la communauté partagent un ensemble de pratiques et vivent dans un univers commun. La question du monothéisme ne se pose pas puisqu’il est interdit aux juifs d’adorer d’autres dieux que YHVH (« Tu n’adoreras pas d’autres dieux que YHVH » (Ex. XX. 3.). Il est clair que d’autres dieux et d’autres cultes existent, mais on ne doit simplement pas les pratiquer. Ce statut quo sur l’exclusivité du culte permet une certaine entente avec ses voisins tout en gardant une cohésion dans le groupe lui-même. La question de la foi elle-même est plus profonde encore puisque c’est un concept chrétien qui n’apparait pas dans la Torah elle-même. C’est une question tout simplement étrangère au monde juif… En fait, le culte sert de lien social, et éventuellement d’instruction aux candidats à l’éveil mystique. La question de la foi n’était pas abordée dans le cas de la conversion au judaïsme jusqu’à une époque très récente.

    Quoiqu’il en soit, le judaïsme signera les accords internationaux concernant les questions du monothéisme et de foi et la kabbale pourra alors devenir christiano-compatible.
    Voyons cela…

    Dans le cadre de la Renaissance, il y a un renouveau des connaissances anciennes (entendez, antérieures à la civilisation arabe dont l’influence reste dominante en occident). La kabbale lurianique passe pour être l’un de ces savoirs antiques et se développe dans le monde chrétien qui s’en enrichit.
    Il s’agit d’une kabbale essentiellement théosophique, autrement dit d’une kabbale spéculative et non d’une kabbale extatique comme la pratiquait Abraham Aboulafia, ou d’une kabbale magique comme les orientaux pouvait l’extraire du Sepher Yetzirah ou d’autres livres.

    V. Le retour d’Hermès

    La Renaissance fera naitre également le concept d’hermétisme. Il s’agit d’un cursus, un ensemble de connaissances complémentaires qui englobe l’Alchimie (nature, santé…), l’Astrologie (cycles, nombres), et la kabbale (théosophie). L’hermétisme viendrait d’Hermès, auteur antique fabuleux de la Table d’Émeraude, texte fondateur emblématique de l’Alchimie « hermétique ».

    VI. Les Roses+Croix rappliquent

    Un petit groupe de réformistes religieux et humanistes allemands inspirés de Paracelse et passionnés d’hermétisme vont s’approprier la kabbale. Un certain Christian Knorr Von Rosenreuth va publier un livre influent qui fera autorité sur le sujet : Kabbalah Denudata (1684). Le livre reprend des éléments du Zohar avec une bonne influence de la kabbale lurianique.
    Cette kabbale va émigrer en Angleterre avec la Rose+Croix pour s’épanouir à la fin du XIX° siècle avec l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée - The Hermetic Order of the Golden Dawn - (fondé en 1888 par Samuel Lidells McGregors Mathers et William Winn Wescott). Le matériel kabbalistique de l’Ordre sera offert au public par son élève le plus brillant : Aleister Crowley dans la revue The Equinox (in The Temple of Salomon the King ca. 1900).
    La kabbale du XX° siècle avec son Arbre de Vie et ses systèmes de correspondances sont nés et s’intègrera largement dans le cadre new-âge du syncrétisme universel.
    Ce système d’initiation par la kabbale rosicrucienne sera introduit en France par Les Philosophes de la Nature (LPN) depuis 1979.

    VII. Conclusion

    Depuis les travaux de Gershom Sholem et de Moshé Idel dans la seconde partie du XX° siècle, il y a un regain de la kabbale pré-lurianique.

    Le kabbaliste contemporain George Lahy distingue 3 types de Kabbales : la kabbale spéculative, qui consiste à discuter le contenu des textes à l’aide de la théosophie et à l’aide de procédés de lectures (codes, numérologie &c…), la kabbale contemplative qui consiste en des pratiques mystiques dans le but d’atteindre l’extase ou l’éveil (type kabbale d’Aboulafia), enfin, la kabbale magique qui peut être associée à des manipulations de l’énergie naturelle ou cosmique, ou à des pratiques associées à la sorcellerie, souvent proches de la magie naturelle.
    Cette triple division est une bonne façon de distinguer les différents buts que les kabbalistes modernes recherchent.
    Si pendant longtemps, c’est la première catégorie qui a prédominé, la seconde devient maintenant un centre d’intérêt croissant. La troisième est encore négligée mais on peut penser que les hermétistes vont bientôt révéler son intérêt, peut-être dans le cadre de leur travaux alchimiques, à moins que ce ne soient les chamans modernes, ou les techniciens des énergies libres &c… qui pourraient bien s’y retrouver.

    Nous verrons en détails certaines de ces pratiques dans des articles dédiés.

    Nous verrons des exemples de théosophie et de pratiques kabbalistiques pré-lurianique, de kabbale lurianique, ou de kabbale hermétique.
    Ce sont toutes des pratiques très intéressantes, mais que l’on ne peut pas toujours associer parce qu’un ascète de l’antiquité assis en tailleur sur son tapis à l’ombre d’un arbre d’un désert d’Orient n’a pas forcément beaucoup en commun avec un occultiste rosicrucien anglais du XIX° siècle. De même qu’Ezéchiel reste assez éloigné de Paracelse, et Paracelse de Fulcanelli…
    Mais  pas d’inquiétude, ça restera toujours simple comme un « jeu d’enfant » !


    Matthieu Frécon, 29 novembre 2020.

  • Comment faire simplement une Huile d'Or, par Jean Dubuis (LPP n4)

    Comment préparer très simplement une Huile d'Or
    Pour alchimiste confirmé

    par Jean Dubuis

    Dans "Le Petit Philosophe de la Nature" n°4, 1983.

    Lpp n 4 p1
    Lpp n 4 p2
    Lpp n 4 p3
    Lpp n 4 p4
    Lpp n 4 p5
    Lpp n 4 p6
    Lpp n 4 p7

    Merci à Marc Gérald Cibard qui a fourni l'archive !

  • Dorvault : Introduction à l'Officine (1872)

    Dorvault, Officine de Pharmacie pratique, 8° édition 1872.
    Extrait de l’introduction.

    Dorvault page de gardeCette officine de pharmacie pratique se donne pour but l’explication des procédés que les pharmaciens doivent réaliser pour satisfaire les ordonnances des médecins. En effet, les médicaments, à l’époque, sont fait par les pharmaciens. Ceux-ci distillent des eaux florales (de laitue -vireuse- par exemple, d’après les explications de Dorvault), fabriquent des remèdes homœopatiques pour les hommes ou les animaux, fabriquent des éthers ou de l’ammoniaque dans leurs officines…
    A la fin du XIX° siècle, on croit savoir l’alchimie loin derrière le monde médical et scientifique, mais Dorvault, le savant Dorvault, nous rappelle que le souvenir des alchimistes est encore très présent dans l’esprit des scientifiques et l’extrait de l’introduction à la 8° édition de son officine (1872) que je vous propose est un bel éloge aux disciples d’Hermès (IT).

    On peut noter une très belle connaissance de l’auteur de l’histoire de l’alchimie. On peut noter aussi qu’il soulève une question majeure dans l’intérêt que les alchimistes portent à la médecine. D’après Dorvault, et je suis tout allié à son idée, la médecine est le premier centre d’intérêt des alchimistes, depuis Geber, le maitre des maitres (IT) pour reprendre l’expression de Dorvault, et Roger Bacon (cité en note) est très explicite sur ce point que l’on a oublié au cours du XX° siècle.

    Bref, Dorvault nous rappelle ce que les pharmaciens et les médecins modernes doivent à l’alchimie, et à quel point les alchimistes étaient plus qu’autre choses, des médecins-pharmaciens… Merci !

    On trouvera dans cette introduction la mention de l’or potable (2° §). J’ai cru intéressant d’ajouter au texte le procédé donné par Dorvault dans cette même officine de 1872, ainsi que le lien vers le procédé donné un siècle plus tard dans le journal des Philosophes de la Nature (LPN)… J’ai d’ailleurs d’excellents souvenirs de ce travail que j’ai réalisé plusieurs fois.
    MF. novembre 2020

    (…) la chimie, à laquelle la plus grande partie de ces progrès sont dus, a vu le jour, s’est développée, ainsi que l’indique son nom (1), dans les laboratoires de la pharmacie. Sans les recherches pharmaceutiques, sans cette multiplicité de médicaments employés dans la médecine ancienne et sans les opérations aussi variées auxquelles on les soumettait, elle n’eut point pris naissance. Le grand œuvre des alchimistes , ces pharmaciens-médecins d’un autre âge, qui se montrèrent d’abord en Asie et en Afrique vers le VIII° siècle, puis pénétrèrent, au temps des croisades, au centre de notre Europe, ou ils jouèrent un si grand rôle jusqu’au XVII° siècle, c’est-à-dire pendant tout le moyen âge et la renaissance, leur grand œuvre, disons-nous, fut originairement la recherche d’un médicament doué de propriétés miraculeuses, en un mot, de la panacée universelle.

    L’idée de la transmutation des métaux, qui paraît leur être venue plus tard, ne leur fit point déserter la recherche de médicaments doués de vertus surnaturelles. Si cette étude n’était pas déplacée ici, partant de Geber, le magister magistrorum, l’auteur de la Summa perfectionis, ouvrage de chimie le plus ancien que l’on connaisse, pour arriver à Paracelse, l’incomparable, l’enthousiaste Paracelse, qui, dans l’admiration de son génie et de l’horreur des travaux de ses devanciers, brûla tout ce qu’il put de leurs ouvrages, afin que l’on ne crût plus qu’à sa science, nous aurions à rapporter les noms et les travaux d’une brillante et à la fois obscure pléiade dont les noms sont universellement connus du monde scientifique, et nous verrions que depuis le premier qui présente son élixir rouge, dissolution d’or, comme moyen de prolonger la vie et de rajeunir la vieillesse (2), jusqu’au dernier, qui prétendant posséder le secret de l’immortalité mourait néanmoins à 48 ans, tous recherchèrent et vantèrent une panacée (3).

    Si les philosophes par le feu, les souffleurs, les disciples d’Hermès, comme on appelait encore les alchimistes, ne trouvèrent point la pierre philosophale, ne parvinrent point à faire de l’or ni à trouver la panacée universelle, ce qui, selon nous, était une seule et même chose, on ne peut disconvenir, du moins, que leurs travaux ne furent pas en pure perte : leurs découvertes, parmi lesquelles nous citerons les acides sulfuriques et azotiques, l’eau régale, l’antimoine, l’arsenic, le bismuth, le zinc, le phosphore, l’ammoniaque, les principaux sels métalliques, l’alcool, l’éther, la poudre à canon, la porcelaine (4), de nombreux procédés métallurgiques, le démontrent suffisamment. Disons même que si leur immense labeur n’a pas été plus fécond, peut-être faut-il s’en prendre un peu aux tribulations auxquelles ils étaient en buttes comme entachés de sorcellerie. Nul doute que s’il fût arrivé à l’un d’eux de faire une découverte qui eût sembler ébranler un dogme de la foi, la décomposition de l’eau, par exemple, il n’eût été pendu ou brûlé vif. Pour une découverte moins importante qu’il ne voulut pas renier Roger Bacon fût enfermé pour le reste de ses jours. Le langage allégorique des alchimistes, qui nous cache tant de faits précieux, prend autant sa source dans les sévérités dont ils étaient l’objet que dans l’amour du merveilleux qu’on avait à cette époque.

    L’idée de la transmutation des métaux vils en métaux nobles, pour laquelle on les a tant conspués n’est-elle pas en quelque sorte réhabilitée par des chimistes contemporains du plus haut mérite ? l’étude des poids atomiques des métaux, qui de plus en plus amène à les considérer comme des multiples les uns des autres, ne porte-t-elle pas au moins le doute dans les esprits ? Mais l’isomérisme n’y conduit-il pas tout droit ?

    Eux les premiers, marchant hors des sentiers communs, ont fouillé les arcanes de la science et en ont extraits les premiers matériaux, préparé, sinon posé, les premiers jalons. Eh ! mon Dieu, n’est-ce pas à cette race de rêveurs, de fous, d’enthousiastes adeptes de l’idéal, que l’on doit les plus hautes découvertes de l’intelligence, les systèmes philosophiques qui nous régissent, la physique céleste, le nouveau monde, l’imprimerie, la vapeur, le magnétisme, l’électricité, race qui comprend en effet aussi bien Pythagore, Platon, Démocrite, Leibnitz, Descartes, Archimède, Galilée, Newton, Christophe Colomb, Guttenberg, Papin, Volta, que les alchimistes proprement dits ?

    Est-ce à dire que nous voulions innocenter l’alchimie, que nous ne trouvions rien à reprendre dans ses actes ? Non. Mais si ses jongleries indignes souillent ses fastes, une gangue infime n’accompagne-t-elle pas toujours, dans leurs gîtes naturels, les pierres les plus fines, les métaux les plus précieux ?

    Après Paracelse, l’alchimie continue son règne. Ses disciples immédiats étendent considérablement le nombre des adeptes de l’art spagyrique (5) jusqu’à la fin du XVII° siècle, disons même jusqu’au milieu du XVIII° siècle. Mais à mesure que l’on approche davantage de cette époque, on voit les vapeurs de l’alchimie se dissiper et poindre de plus en plus l’aurore de la véritable science : Lux erit.


    A partir de cette période, parmi les ouvriers ardents de la science et plus exclusivement pharmaciens, nous trouvons Béguin, qui découvrit le calomel ; Glauber, qui découvrit l’acide chlorhydrique, le sulfate de soude, le kermès minéral, et qui le premier songea à utiliser les résidus des opérations chimiques ; Nicolas Lefebvre, fondateur de l’enseignement officiel de la chimie, d’abord en France, puis en Angleterre où il fut appelé par Jacques II ; Glazer, qui lui succéda dans la chaire du Jardin des Plantes et fit connaître le sulfate de potasse ; Lemery, le grand Lemery, l’humble pharmacien de la rue Galande, dont les cours de chimie attiraient des auditeurs de tous les pays (…)

    Dorvault livre


    Appendice :
    Teinture d’Or  (Officine de pharmacie pratique, 8° édition, 1872, p. 936) :
    Or : 4 ; Eau régale : 30 ; Versez dans la solution : Essence de Romarin : 60 ; Alcool : 240. Dose : 12 gouttes (Spiel. (IT) ). C’est là l’Or Potable.
    (Note : cette recette est un peu brute, l'eau régale n'est pas un aliment des mieux supportés… le procédé donné en dessous par LPN est beaucoup plus rafiné. Mais il est intéressant de voir que l'on trouve une recette d'Or Potable dans une officine de pharmacie de la fin du XIX° siècle…)
    Préparation de l’Huile d’Or (Le Petit Philosophe de la Nature n° 4, 1980)  : http://www.atelier-spagyrie.ch/blog/spagyrie-medecines-alchimiques/comment-faire-simplement-une-huile-d-or-par-jean-dubuis-lpp-n4.html.


    (1) l’étymologie du mot chimie vient du grec (et signifie), suc de plantes, dont la racine (signifie), je coule, je fonds.
    (2) Dumas, Philosophie chimique ; Hœfer, Histoire de la chimie.
    (3) L’alchimie, dit Roger Bacon, dans son Thesaurus chimicus, est spéculative lorsqu’elle cherche à approfondir la génération, la nature, et les propriétés des êtres inférieurs ; elle est, au contraire, pratique lorsqu’elle s’occupe artificiellement d’œuvres utiles aux individus et aux états, comme de la transmutation des métaux vils en or et en argent, de la composition de l’azufur et autres couleurs, de la dissolution des cristaux, des perles et autres pierres précieuses, mais surtout de la préparation des remèdes propres à la conservation de la santé, à la guérison des maladies et ad prolongationem vitæ mirabilem et potentem.
    (4) Botticher, entré en apprentissage, âgé de 19 ans, chez Zorn, apothicaire à Berlin, est l’auteur de cette découverte. Il la fit de 1704 à 1710. Quelques années après, les célèbres manufactures de porcelaine de saxe furent créées. De ce moment la Chine et le Japon n’eurent plus le privilège exclusif de la fabrication de cette poterie par excellence (Figuier, Alchimie)
    (5) Du grec Spao, et Ageiro, extraire et rassembler (analyse et synthèse)

  • Kabbale 1. : Dieu

    Kabbale I.

    I. Dieu Bereshit enluminure 2
    À l’origine de la Kabbale, il y a le judaïsme et la Torah. À l’origine du judaïsme, il y a la Torah. À l’origine de la Torah, il y a Dieu.
    Qu’est-ce que Dieu ? Dieu existe t-il ?
    Le créateur de l’existence de Dieu n’est pas dans la Torah : c’est Aristote. Pour Aristote, Dieu existe, il est Un, et il n’a pas de corps. Le Chéma Israël (Deut. VI. 4) reprend effectivement les deux premières propositions (« Ecoute Israël, YHVH notre Dieu, YHVH est Un »), mais ni moi ni la Torah ne craignons la contradiction et je préfère vous entrainer sur un autre terrain qui apparait plus prometteur dans ses conclusions.

    II. Au commencement
    Au commencement de la Torah, il y a « Bereshit » le récit de la création.
    C’est ici qu’il est tout d’abord question de Dieu. Un Dieu nommé Elohim (racine EL - Aleph - Lamed, au masculin pluriel - IM). Ce Dieu est créateur du ciel et de la terre et tout ce qui s’ensuit. (à ce propos, ici, l’homme est créé par Dieu qui en fait un être fini et non infini comme l’envisageait Aristote). Ce Dieu est unique, et sans forme, mais existe t-il ? Sa racine EL, ou AL, est composé de la première lettre, Aleph, qui est placée avant Bet, initiale du récit de la création de la Torah. Aleph semble donc pré-exister, et non pas appartenir au domaine de l’existence qui lui-même n’est pas encore (et apparaitra avec la seconde lettre : Bet)… Lamed qui suit, représente l’expansion dans le symbolisme kabbalistique. Son rôle ici semble être de permettre l’extension de cette énergie créatrice primordiale portée par Aleph.
    AL est donc l’énergie primordiale qui est à l’origine de la création, situé au-delà de l’existence. AL n’est pas encore. Elohim est donc le créateur par excellence, qui est à l’origine de la création, qui n’est pas lui-même du domaine de l’existence qui n’apparaitra qu’avec la création de l’existence.
    À ce stade, on peut dire que Dieu n’existe pas.
    Dieu, comme on peut le lire au cours de ce récit de la création (Gen. I. 1 à II. 3) semble ne faire que passer : il apparait pour créer, six jours. Le septième, il contemple satisfait son travail et, sans rien dire à personne ni demander quoique ce soit pour son travail, se repose. Le sujet est clôt.
    Une étude kabbalistique approfondie du texte pourrait nous apporter nombre de pistes de réflexions et de pratiques mais ce n’est pas l’objet maintenant et nous passerons directement à la suite du texte.

    III La vie
    Le texte qui suit (Gen. II. 4 à III. 24) décrit les conditions de vie dans le Jardin Délicieux (Gan Eden). C’est l’histoire d’Adam et Eve, du Serpent qui parle, du fruit défendu et de l’expulsion de nos aïeux hors du jardin par YHVH (Yahvé).
    On sait que ce texte n’a pas de rapports biblio-historiques avec le premier et qu’il utilise des éléments de la légende sumérienne de Enki et Inki (Enki restera connu dans la bible sous le nom de Marduk, c’est Mardochée, l’oncle d’Esther/Ishtar, qui est l'héroïne du livre biblique qui porte son nom). Dans ce second texte parfois curieusement appelé « second récit de la création » il n’est plus question de Elohim, Dieu créateur du ciel et de la terre, mais de YHVH Elohim, qui sera simplement nommé YHVH, l’Éternel, dans les textes suivants.
    YHVH, nom imprononçable ou plutôt, que l’on ne doit pas prononcer en vain (Ex. XX. 7), est assez correctement traduit par « Éternel ». Je ne sais pas s’il est vraiment éternel, mais je sais que l’on trouve le verbe « être » à la racine de son nom, ce qu’il rappellera à Moïse lors de leur première rencontre dans le désert. À cette occasion, YHVH se présente comme AHYH Asher AHYH, qui est traduit par « Je suis (celui qui) est » (Ex. III. 14). YHVH représente donc l’existence dans son intégralité. Contrairement à Elohim, YHVH existe bien, lui.
    Et nous nous trouvons en présence (si seulement !) de deux entités couramment associées qui, si l’on suit notre raisonnement basée sur l’étymologie de leurs noms, désignent des concepts totalement différents. En effet, Elohim est clairement le Dieu créateur de l’existence, et YHVH est cette existence. Le premier n’existe pas, le second incarne l’existence.
    Le premier est du genre tranquille qui ne semble pas avoir de but ou de mission, il créé presque par accident. En fait, sa nature (si j’ose parler de nature à son propos) se limite peut-être à cet acte simple dénué de toute ambition, jamais encombré de questions morales ou de besoin de donner un sens à sa création. C’est un pur créateur désintéressé. D’ailleurs, on pourrait bien ne plus jamais entendre parler de Elohim après ce récit inaugural de la création. Si on le retrouvera ici ou la dans le texte, c’est parce que la Bible est un patchwork de textes épars écrits par des auteurs d’époques, de lieux, et de qualités très diverses qui ont parfois bricolé avec les textes et les traditions pour nous laisser ce corpus passionnant mais quelque peu pétassé par endroits, et assez inégal dans le langage et dans la qualité…
    Le second en revanche est du genre à ne plus laisser personne tranquille : donner des ordres, faire des réprimandes, exiger, promettre ou reprendre sont ses principales occupations. Et c’est pourtant vers lui que se portent nos prières, c’est pour lui que nous gardons une discipline de vie, c’est lui qui occupe toutes nos pensées religieuses ou mystiques… C’est encore lui qui guidera Moïse et qui le rencontrera en face à face au Sinaï…
    À propos, quelle est la nature de cette fameuse rencontre ? Moïse rencontre l’Existence Elle-Même lors de sa retraite au Sinaï… Rencontre existentielle s’il en est, sans doute à mettre en relation avec le sentiment de fusion dans l’existence que fit Bouddha sous son figuier, à mettre en relation avec l’expérience d’éveil révélé à d’innombrables êtres souvent mystiques ou ascètes. Moïse, Être éveillé… Flatteur ou réducteur ? Ni l’un ni l’autre… Mais cette perspective est intéressante et encourageante car elle nous indique que l’élection de Moïse par « Dieu » n’est pas une expérience unique et réservée à l’Élu, un « Don de Dieu » pour reprendre une expression alchimique pleine de mystère. Non, cette expérience est une simple et merveilleuse expérience d’éveil à l’existence dans sa totalité, son unité. Le message de Moïse (la loi), est par contre coloré par la culture et le besoin de la société dans laquelle vivait le prophète, Bouddha aura la même qu’il exprimera différemment. Nous sommes redescendus dans le monde…

    IV. La fin
    Cette façon de distinguer les deux principaux protagonistes surhumains de la Torah entre Dieu, le créateur qui n’existe pas, et l’Existence qui règle la nôtre pour une suprême harmonie a plus d’un avantage.
    D’abord, elle nous permet de penser que nous pouvons faire l’expérience de Moïse, vous comme moi, comme d’autres qui l’ont déjà fait. La comparaison avec d’autres descriptions d’éveils nous permet d’avoir du recul et de mieux trouver notre chemin.
    Ensuite, elle permet de relire, voire de comprendre la Bible et la kabbale qui sont basées sur une confusion entre les deux noms. C’est une erreur qui vient de l’histoire de la composition de la bible, une erreur qui est à la base de la théorie de l’élection divine, de la théorie de l’après-vie &c…
    Cette distinction nous oblige à faire un peu de rangement, ce qui n’est pas facile… Dans la Kabbale par exemple, on trouve une théorie tardive qui nous explique que les terminaisons des noms des anges en EL évoquent la rigueur de Dieu, alors que les terminaisons en YH évoquent sa miséricorde. Non seulement entre les deux c’est plutôt Elohim le plus cool alors que YHVH est vraiment, disons… exigeant… mais surtout, on voit que l’on ne peut pas jouer à mettre l’une ou l’autre de ces terminaisons comme des attributs « divins », cela n’a plus de sens !
    Que faire lors de la pratique kabbalistique médiévale ou moderne qui utilise ce symbolisme ? Il faut simplement satisfaire à la tradition et au rituel. C’est un jeu de l’esprit. Mais il ne faut pas y croire, car « croire » est une notion absente dans le judaïsme et dans la kabbale (le philosophe Maïmonide a bien tenté d’introduire le concept de foi dans le judaïsme pour rapprocher celui-ci des autres religions monothéïsmes, mais sans trop de succès jusqu’au XX° siècle).

    Qui adorer ? Moïse et tout les prophètes adoraient YHVH, car la réalisation de l’existence, l’éveil à l’existence dans sa globalité est la suprême réalisation. À quoi sert Dieu ? Et bien si l’on en juge par son comportement assez simple (dans le récit de la création), il sert à nous donner l’existence, la vie, mais que peut-on en faire ?
    Il y a des textes de Kabbale pratique comme le Sepher Yetzirah qui nous propose des pistes de de travail sur l’énergie créatrice (Aleph) et les forces de l’univers. Mais c’est un autre sujet que je traiterai plus tard car pour l’heure, la leçon que je retiens du récit de Elohim, c’est la notion de Shabbat, le repos, concept fondamental que je vais imiter maintenant.

    Merci de m’avoir lu ! À bientôt !

    Matthieu Frécon Sarreyer, 27 novembre 2020.

  • Les Philosophes de la Nature (LPN) et le premier cours de spagyrie en français

    Les Philosophes de la Nature (LPN) et le premier cours de spagyrie en français

    L’alchimie en France avant LPN
    L’alchimie française de l’après-guerre fut certainement le royaume d’Eugène Canseliet, disciple unique et auto-proclamé de Fulcanelli, véritable personnage légendaire créé par E. Canseliet lui-même. Entouré du duo de choc Pauwels & Bergier (auteurs du best-seller « Le matin des magiciens »), ainsi que d’André Breton en quête d’un merveilleux local et de quelques autres, Eugène Canseliet a répondu à un besoin urgent de trouver une réponse aux questions que posaient le point de non-retour de notre civilisation technologique atteint un certain 6 août 1945 à Hiroshima. L’image de l’alchimiste sage, hors du temps, et pourtant à la pointe de la technologie nucléaire proposée par Canseliet dans son personnage de Fulcanelli permettait alors de croire en une issue possible de l’apocalypse nucléaire par un retour à la Tradition, teintée toutefois de raison et de science. Le Fulcanelli de Canseliet permettait le rêve et l’espoir et Canseliet était son prophète.
    Malheureusement, les adeptes de Canseliet avaient beau pomper, pas plus de Pierre Philosophale en vue que cosmogol 999 ! Il leur restait à écrire des livres abscons autant que possible, il leur restait à rêver, mais le vaisseau d’alchimie n’avançait plus…

    Jean Dubuis et LPN
    Jean Dubuis, personnage génial et charismatique, lui, avait trouvé une issue dans le travail du laboratoire alchimique dans sa fréquentation avec les milieux anglo-saxons, souvent portés sur le rosicrucianisme (Jean avait passé pas mal de temps à AMORC). Connaissant la Golden-dawn et Aleister Crowley, tout autant que la tradition alchimico-spagyrique rosicrucienne issue de Paracelse (Paracelse, d’après les écrits fondateurs rosicruciens fut une influence majeure du mouvement au XVII° siècle).
    Jean travaillait donc à la spagyrie et aux voies pratiques de ce courant anglo-saxon des Von Bernus et autres Albertus que Canseliet ignorait superbement.
    En 1979, pour fêter sa retraite de cadre de d'IBM, Jean fonde avec quelques amis l’association « Les Philosophes de la Nature ». L’association propose des cours par correspondance dans les domaines de la kabbale et de l’alchimie végétale et minérale, ce qui est assez novateur. L’influence anglo-saxonne est manifeste et offre une alternative à l’occultisme français vieillissant de l’époque, en l’occurence Canseliet pour ce qui est de l’alchimie.
    Le cours de Kabbale dispense un enseignement très pédagogique inspiré d’un surgeon de l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée (Golden-Dawn) et commence par offrir la première traduction du petit rituel du pentagramme, que tout le monde connait aujourd’hui dans ce domaine.
    Le cours d’alchimie commence avec une formation préliminaire de deux ans d’alchimie végétale, ou spagyrie. l’alchimie végétale apparait comme une voie préparatoire à la voie minérale, et laisse quand-même entrevoir quelques perspectives dans le domaine de la santé.
    Le cours d’alchimie minérale qui suit est assez brouillon, ce qui s’explique par le fait que ni Jean ni personne dans l’association ne prétendait maitriser le sujet, on était entre étudiants, les uns avec un peu d’avance sur les autres, sans autre prétention…
    Ces cours ont été écrit par plusieurs membres de l’association, chacun spécialiste dans son domaine.
    Jean a lui-même composé un programme original pour aborder l’ésotérisme d’une façon appropriée aux membres de l’association : le « cours d’ésotérisme général ».

    Ces cours ont offert une véritable alternative salutaire au courant dominant la scène alchimique à l’époque dont j’ai parlé plus haut. Pour la Kabbale, le cours de LPN a tout simplement permis de sortir de la tradition de Papus & consorts qui, il faut bien le reconnaitre, n’offrait plus grand chose non plus…
    J'ai suivi ces cours de 1984 à la fin de l'aventure en 1993 avec beaucoup d'enthousiasme. Ce fut une très belle période, très formatrice.

    Et puis, les choses et les gens, allant et venant, vieillissants ou reniants, l’association a dépéri, laissant à Jean le temps de refaire carrière outre-atlantique sous une autre étiquette, ce qui n’est pas le sujet aujourd’hui…

    Quoiqu’il en soit, une nouvelle association crée pour perpétrer la mémoire de l’enseignement de LPN a refondu les cours pour les proposer sur Internet : voyez le site http://www.portaelucis.fr/html/porte1.htm .

    Pour ceux qui préfèrent se reporter aux cours originaux, avec leur petit goût seventies inimitable, j’ai publié sur un autre site tous les cours ainsi que les journaux de l’association (le « Petit Philosophe de la Nature »). Ils sont donnés en PDF et vous pouvez les télécharger depuis ce site : http://www.gouttelettes-de-rosee.ch/pages/lpn.html .

    Pour plus de facilité, je vais essayer de les mettre sur ce site, mais en attendant, reste « Les Gouttelettes de Rosée ».

    Vous trouverez le cours de « spagirie » (sic) qui est une référence incontournable dans le domaine, bien que les choses aient beaucoup évolué depuis sa publication. Mais si les choses ont beaucoup évolué, LPN y est peut-être pour beaucoup !

    Et Hiroshima là dedans ?
    À l’époque de LPN et dans le milieu mystique, la conception générale du monde et de l’homme restait plutôt créationniste. C’est à dire que l’on considérait que l’homme était supérieur au reste de la création et que l’initiation prenait la forme d’une élection divine. Pour faire simple, l’élu quittait alors le monde pour aller retrouver Dieu.
    Il faudra attendre le développement de l’écologie (autre nécessité après Hiroshima) pour retrouver un sens naturel à « l’initiation ». Aujourd’hui, il est devenu presque commun de concevoir l’éveil de l’homme comme une retrouvaille avec la nature, une fusion dans l’existence, et non une extraction vers un au-delà…
    LPN n’a probablement pas joué directement un rôle dans cette nouvelle conception de la réalisation spirituelle comme étant un retour dans l’Eden du monde, mais il est possible que l’association et son intérêt pour l’alchimie végétale, la spagyrie, ait insensiblement contribué au développement des médecines naturelles végétales (Herboristerie, phytothérapie…) parmi lesquelles la spagyrie tient une place non négligeable. Ce retour aux médecines naturelles, avec le retour des sorcières, le retour à l’expérience végétale… a lui-même permis ce mouvement naturel d’une mystique plus naturelle, plus intégrée dans le cycle de la vie.

    Et Fulcanelli ? Mort ?
    Je tenterai un autre jour un commentaire sur ce merveilleux corpus alchimique français de la belle époque. En tout cas, soyez rassurés, mon introduction sur Canseliet ne voulait aucunement bousculer l’(es) auteur(s) de la plus belle encyclopédie alchimique classique que sont « Le Mystère des Cathédrales » et « Les Demeures Philosophales » (auteurs multiples et inconnus)…

    Les cours et journaux de LPN (publications originales) : http://www.gouttelettes-de-rosee.ch/pages/lpn.html


    Matthieu Frécon, Sarreyer, 25 Novembre 2020

    ps. Tout ça juste pour donner le lien vers les cours originaux de LPN…

  • L'Alchimie et les traditions locales (retour de la Réunion)…

    L'Alchimie et les traditions locales…
    Monde végétal…

    Je reviens d’un séjour de 3 semaines sur l’île de la Réunion. J’y ai donné des stages de spagyrie, de distillation, et Kabbale. J’ai eu l’occasion de voir et goûter fruits, herbes &c… esprits locaux…

    Devenir alchimiste à la Réunion porte à réfléchir sur certains points, bouscule certaines habitudes… Par exemple, dans la tradition alchimique occidentale il est convenu que le seul produit de la vigne donne un « Mercure » spagyrique de qualité. Il est vrai que la vigne et l’alchimie sont arrivées ensembles de la même région méditerranéenne et leurs histoires sont très liées sur tous les plans. De plus l’esprit-de-vin est réellement un alcool d’excellente qualité et très pratique pour les extractions alcooliques ou acétiques (le vinaigre est un alcool oxydé, donc un peu plus décomposé). Mais à la Réunion, du vin, il n’y en a pas. Alors est-ce qu’il faut l’importer pour sacrifier à l’autel de la Tradition où est-ce qu’il faut chercher à réinventer l’alchimie pour l’adapter aux nouvelles conditions d’existences locales ?

    C’est une question intéressante que de mettre en perspective le but et les principes de l’alchimie d’une part, et les pratiques qui en découlent selon le contexte socio-culturel, géographique &c… d’autre part.

    Le mystère du vin, en alchimie comme à la messe, est lié au mystère de la vie et de la mort. La mort étant considérée comme un processus de transformation de la vie, une étape. La fermentation alcoolique et sa distillation est l’une, mais non la seule, des possibilités pratiques pour extraire et conserver la vie dans le règne végétal.
    J’ai autrefois connu un spagyriste lorrain qui, sans complexes, utilisait à la saison son laboratoire alchimique pour se faire quelques litres d’eau-de-vie de mirabelles. Il utilisait également sans complexes son esprit préféré pour ses travaux spagyriques (l’esprit de vin était alors remplacé par l’esprit de mirabelles). Les principe étaient respectés, son goût personnel aussi, et ses élixirs personnels étaient bien faits.
    Pour revenir à la Réunion, qui n’a rien à envier à la Lorraine en matière de fruits bien sucrés, l’alcool dominant sur place est évidemment le Rhum. Utiliser du rhum industriel pour nos préparations locales n’a pas tellement de sens d’autant qu’il est facile de mettre en fermentation et distiller soi-même du jus de canne à sucre (bio) et que les produits fait soi-même ont toujours infiniment plus de valeur que les produits du commerce (clin d’œil taquin pour les utilisateurs de carbonate de potassium industriel). L’esprit obtenu est de bonne qualité pour l’alchimie et facile à fabriquer. La canne est une belle plante, exubérante, généreuse…
    Je suis sûr que Sigismund Bacstrom, médecin alchimiste rosicrucien du XVIII° siècle qui a séjourné à la Réunion aura précédé notre chère Viviane le Moullec dans l’utilisation du Rhum pour ses élixirs « péïs » (« locaux » en créole).

    Pour continuer encore un peu sur ce sujet du choix de l’alcool. Il est traditionnellement convenu que l’esprit de vin est un mercure « universel » dans le règne végétal. Alors, je  reconnais à l’alcool de vin de belles qualités qui sont : facilité d’accès et de fabrication, un goût agréable et souple qui s’adapte bien aux travaux de teinture sans laisser trop d’emprunte au niveau gustatif, légèreté de goût et d’ivresse (pas pâteux ou gras comme un alcool de grain - bière par ex. - ou de pomme de terre qui sont à base d’amidon et non de fructose). De plus culturellement, le vin est un symbole très ancré qui relie l’image biblique (le christ utilisant le vin ou le vinaigre, dans le Cantique des cantiques &c…) à toutes les tables d’Europe. Au niveau santé, le vin rouge est encore un excellent remède pour prévenir du cholestérol, antioxydant &c… Mais à part ça, quand on parle d’universalité de l’esprit-de-vin comme mercure spagyrique végétal il est fait référence à la théorie paracelsienne des signatures. Il se trouve que parmi les domaines de recherches qui ont fait évoluer la spagyrie et l’alchimie ces dernières décennies, la théorie des signatures n’a pas progressé et il serait temps d’y réfléchir pour mieux comprendre ce concept et vérifier les attributions traditionnelles. Sans refuser purement et simplement le caractère universel de l’esprit-de-vin, je préfère attendre que la connaissance ait avancé dans ce domaine pour juger de l’opportunité d’en faire un usage aveugle. Je remets en question cette notion de théorie des signatures pour y réfléchir et la éventuellement la faire évoluer.
    En attendant, je ne peut pas repousser l’idée que l’esprit de canne est sans doute un excellent support de la vie végétale à la Réunion et j’encourage les alchimistes réunionnais à couper la canne à la saison.

    Il y a d’autres aspects de l’alchimie traditionnels qui sont encore sujets de réflexions. Ainsi le rythme annuel avec 4 saisons qui lie l’activité alchimique à l’agriculture en Europe n’existe pas sous les tropiques. En effet, le rythme annuel de croissance des végétaux est atténué par la latitude tropicale et par l’activité  permanente du volcan qui dynamise sensiblement la vitalité générale des habitants, végétaux et animaux. De plus, l’île de la Réunion est jeune (2 ou millions d’années, l’enfance de l’île…), ce qui augmente encore sa vitalité et son énergie. De même, le système symbolique astrologique qui soutient notre calendrier hermétique, et son développement par Rudolf Steiner (biodynamie) sont peut-être sources de réflexions et d’adaptation à cette île tropicale de l’hémisphère sud.

    D’ailleurs cette activité volcanique est un sujet d’étude alchimique complexe qui devrait suggérer de nouvelles voies, de nouvelles philosophies et pratiques. Pour les spécialistes de l’alchimie minérale, le sous-sol est très pauvre, mais le feu est tellement présent que l’alchimiste ne peut que s’y sentir chez lui…

    Si le sol et les minéraux sont pauvres, il n’en n’est pas de même avec le monde végétal. La vitalité et l’organisation du biotope sont remarquables et sujet d’observations originales de la nature. Sur un plan plus classique, la flore est évidemment différente de la nôtre et de nouvelles gammes d’élixirs végétaux sont à inventer. Il n’est pas certain que la base de phytothérapie et d’herboristerie classique telles qu’elles se sont développées en occident soient la meilleure piste à suivre. Il est peut-être intéressant d’inventer une nouvelle « matière médicale » spagyrique locale inspirée d’une relecture originale de la nature comme Hahnemann l’a fait en son temps sans s’aider de la matière classique de son époque, et comme Bach le fera après Hahnemann sur des bases encore originales.
    J’en profite pour rappeler que la spagyrie et plus encore l’alchimie sont basées sur une philosophie de la nature unitaire. L’alchimiste a une conception unitaire de la nature et cherche la médecine universelle (unique donc). Dans la mesure où il utilise les vertus (le caractère, le « soufre spagyrique ») des plantes, il travaille avec un mélange de ce caractère universel de l’existence et le caractère particulier de chaque être (les plantes). La spagyrie a peut-être parfois trop flirté avec la conception de la nature des herboristes qui la considère dans sa multiplicité. Sans prétendre a une supériorité de l’une ou de l’autre conception de la nature, il faut quand-même reconnaitre leurs spécificités réciproques pour mieux se positionner, selon sa conception personnelle des choses.
    Pour résumer cette question, se promener dans ce paradis végétal puissant tel un Robinson sur ne nouvelle île est une opportunité de réinventer sa conception de l’organisation de la nature, et de réinventer le sens de la vie pour inventer une nouvelle médecine spagyrique.

    Un autre élément qui saute aux yeux de l’alchimiste est la lumière et le fait que l’océan soit toujours plus ou moins en vue. Il est évident que les voies alchimiques qui utilisent la lumière solaire, particulièrement quand elle est réfléchie sur l’océan sont à privilégier. Je pense évidemment aux voies développées par Stéphane Barillet qui a d’ailleurs choisi d’habiter un temps sur ces îles tropicales.
    Sur l’île de la Réunion, on peut penser aux calcinations solaires dont la technique remonte aux déserts du moyen-orient dans l’antiquité (Ezéchiel). Mais on peut aussi penser aux travaux sur le sel de mer et sur la flore et la faune marines (attention aux requins quand-même !).

    Bref, moi qui habite quand-même au pays de Paracelse, j’ai un peu de nostalgie en pensant à un laboratoire dans la forêt tropicale réunionaise, face à l’océan et ses soleils couchants… ça me plairait bien de réinventer l’alchimie, de réinventer la vie en sirotant un verre de « Pierre de canne (1)»…

    Matthieu Frécon, Sarreyer, mars 2020.

    Le labo 1

    (1) Version « péïs » de ma « Pierre de Vin », qui est un élixir alchimique pour l’entretien de la santé.

  • Le principe Mercure

    Le principe Mercure

    La monade he roglyphique john dee

    En Spagyrie, le Mercure est l’un des trois principes qui constituent l’être avec lequel nous travaillons, une plante le plus souvent. Les deux autres principes sont le Soufre et le Sel.
    Le Mercure a une place privilégiée en Spagyrie puisqu’il représente le principe de Vie, la vie qui est à l’origine de l’existence et qui est, finalement la raison d’être de l’alchimie toute entière.
    Une petite remarque s’impose déjà : je parle bien ici des trois principes définis par la spagyrie, et non par d’autres voies alchimiques plus anciennes, d’autres façons de concevoir ces principes. Je m’expliquerai un peu plus en fin d’article.

    Tout d’abord, le symbole de Mercure.
    Mercure est l’équivalent romain de l’Hermès grec, et du Thôt égyptien. Hermès est quelque part le Saint Patron de toute l’Alchimie. Auteur légendaire de la Table d’Émeraude qui est l’un des textes fondateur de l’alchimie et qui fait le consensus général dans toute la tradition, et père de la tradition hermétique dans laquelle s’intègre l’alchimie depuis la renaissance. Mercure est aussi un dieu plein de paradoxes : il est le messager des dieux, avocat des menteurs, des voleurs… il vole dans les deux sens du terme, il parle toute les langues et reste « hermétique », incompréhensible…
    En tant que distillateur de spiritueux, j’ai une affection toute particulière pour cet esprit joueur, peu viril et presqu’un enfant qui sait quand-même prendre à l’occasion la place de Mars ou de Pluton dans la couche de Vénus (Vénus est alors représentée par le cuivre de mes alambics). Le Mercure-esprit en tant que spiritueux est fixe puisqu’il se conserve. Il capte et retient les âmes (c-à-d les Soufres : les principes des plantes, leurs odeurs, leurs couleurs, leurs vertus…). Il reste toutefois volatil et, distillé, les emmène dans ses vapeurs invisibles…
    Mercure, dieu de la médecine sait produire des esprits, des alcools qui sont tout à la fois des poisons et des remèdes, parfois poisons pour le corps du buveur et remèdes pour son âme, parfois le contraire… Il est encore à la base de la parfumerie, qui est profonde comme une antique médecine du corps et de l’âme peut l’être, et superficielle comme l’est la cosmétique de notre époque…

    Mais en Spagyrie, il représente la Vie de la plante, ou la Vie dans l’élixir. On le capte lorsque la vie de la plante s’en va. Ce moment fragile de l’existence qui signe l’arrivée - la naissance, ou le départ - la mort, de l’être dans « cette vie ». C’est en travaillant sur le processus de décomposition, de putréfaction, ou de fermentation, que l’on capture et que l’on fixe ce messager de la Vie. Fermentation d’abord qui met en mouvement et en évidence notre vie, puis distillation pour la fixer ensuite s’il s’agit de fermentation alcoolique. La fermentation est connue pour être la clé qui ouvre le mystère alchimique de la vie.
    Une fois enfermé dans son flacon, Mercure saura retenir la vie environnante, par exemple la vie des plantes qui y sont mises en macération. La teinture obtenue sera fixe, son énergie sera conservée.

    En dehors de l’aspect fermentation, on peut dire qu’un Mercure est une matière qui capte, fixe, et conserve la vie. L’alcool est le Mercure le plus utilisé par les alchimistes/spagyristes, mais il y en a d’autres : le vinaigre, qui est un alcool oxydé (un peu plus décomposé) fonctionne aussi. L’éther, qui est fabriqué en versant un acide sur une vapeur d’alcool fait aussi partie de cette catégorie (je déconseille l’expérience…). Plus éloigné, mais qui répond aux mêmes critères, l’ammoniaque qui est le fruit de la fermentation des animaux est un Mercure animal. L’ammoniaque est très actif sur le cerveau reptilien, le cerveau alaimbique ;-) … Il résonne profondément en nous, mais reste quelque peu toxique ! Un ammoniaque très finement distillé a une odeur qui touche au sublime et nous fait appréhender le mystère de la vie animale. Je déconseille toutefois une étude trop approfondie de cette matière un peu forte pour notre cerveau fragile… Encore plus loin, pourrait-on considérer le sel, je parle maintenant du sel de mer, comme un Mercure ? En effet, si le sel n’est peut-être pas le fruit d’une fermentation (processus de décomposition au moment de la mort), il est peut-être le fruit d’un processus de création (naissance) puisque l’on considère aujourd’hui que c’est dans les eaux saumâtres qu’apparait la vie dans son état le plus primitif ? Toujours est-il que le sel de mer possède lui aussi la vertu de capter et de conserver la vie. Enfin, le sel de mer permet une fermentation des végétaux que l’on commence à découvrir : la lacto-fermentation (sauf en Alsace où l’on sait depuis toujours que l’on ne peut pas vivre sans choucroute). Pour conclure avec le sel de mer, je précise que lorsque Paracelse parle du Sel (principe Sel), la plupart du temps il parle du sel de mer, ou du sel gemme que l’on trouve dans les mines de son beau pays, c’est la même chose.

    Voici pour le principe Mercure en Spagyrie, le principe de la vie, du mouvement, du paradoxe… Le principe par excellence. Le principe chanté par Rabelais et sa Dive Bouteille aussi. Le principe qui trinque (« Santé ! »)…

    °°°°°°°°°°

    Mais pas seulement…
    Pour conclure en ôtant toute ambiguïté avec cette question épineuse des principes il me faut revenir sur cette question de polysémie des principes alchimiques.
    En effet, l’alchimie la plus traditionnelle connait deux principes : le Soufre et le Mercure qui ne correspondent pas du tout aux trois principes paracelsiens que j’ai présentés dans le cadre de la spagyrie.
    Soufre et Mercure, dans ce cas, sont les deux polarités de l’ensemble primordial. Il s’agit du couple créateur-créature (création). Ce sont les pôles positif et négatif, l’actif qui engendre l’existence, et l’existence dans son ensemble. C’est encore l’énergie qui féconde, et la matière qui est fécondée. Enfin, dans l’imagerie alchimique, c’est le Roi et la Reine, le Soufre solaire et le Mercure lunaire.
    Dans ce système symbolique, votre matière prête à être fécondée par le Feu Secret est un Mercure. Ce Mercure peut avoir un aspect salin, pourquoi pas ? ou toute autre apparence. Il reste que c’est, sur le plan de sa fonction, un Mercure. Ce Mercure sera fécondé par le Soufre solaire, sous l’aspect d’une huile dans certaines voies métalliques humides, ou de rayons lumineux pour les voies sèches… Peu importe, cette énergie a pour fonction de féconder le Mercure et de le transformer en Pierre Philosophale.
    Ici, dans ce symbolisme binaire, c’est le Soufre qui apporte la Vie et le Mercure qui la reçoit et la développe.

    Pourquoi ce Mercure porte-il ce nom ? C’est probablement en relation avec la voie du cinabre. C’est une voie ancienne qui travaille avec le cinabre qui est un minerai de mercure. De même, le Soufre est aussi en relation avec certains travaux qui utilisent le soufre natif. Des fois, en alchimie, les choses sont plus simples que l’on croit…

    Les deux systèmes symboliques sont incompatibles, insolubles. Il faut savoir lequel est utilisé lorsque l’on lit le mot Mercure ou le mot Soufre pour savoir de quoi il s’agit. Avec cette clé, il vous sera facile de comprendre ce que sont, ou ce que peuvent être les principes alchimiques.

    Matthieu Frécon, Sarreyer, juillet 2019

     

  • L'Or des alchimistes

    L’Or des alchimistes
    Or

    Lorsque l’on parle d’alchimie, l’or est la matière la plus citée. L’apparition du métal précieux, au sens propre comme à l’imagé, signe la consécration de l’alchimiste. la transmutation d’un métal en or est encore aujourd’hui considérée comme l’aboutissement de l’œuvre et la preuve irréfutable de l’adeptat.
    Si aujourd’hui l’on admet en général l’existence d’une alchimie spirituelle, non matérielle ou non matérialiste, ou encore l’existence d’une alchimie orientée vers une médecine pour l’homme destinée à sa santé ou sa réalisation spirituelle, l’or est alors considéré, par extension, comme un symbole de perfection. Le fait que le métal solaire ait longtemps été l’étalon de la fortune a évidemment contribué à sa réputation, et son incorruptibilité en fait une référence spirituelle et une valeur sure.

    L’alchimie est un domaine de connaissance des plus mystérieux et des plus malléables. Dans ce domaine, il semble que tout soit possible, et surtout tout et son contraire… Les sages sont aussi des escrocs et les escrocs des sages (Edward Kelly, Cagliostro, et pourquoi pas Patrick Burensteinas ?…). Les recettes les plus farfelues sont des allégories et en même temps sont clairement des recettes de cuisines dont le détail des fabrications est explicitement décrit. Les matières décrites suggèrent des principes cachés (Sel, Soufre, Mercure) quand dans le même temps ils parlent parfois des matières communes sans la moindre allégorie (quand Paracelse parle du Sel, il parle la plupart du temps du sel commun utilisé en cuisine, le Soufre désigne du soufre physique dans certaines voies, et il en est de même pour le mercure, - le cinabre -) &c… Un exemple frappant est le symbole de la piraterie qui est composé de deux tibias croisés surmontés d’un crâne.
    Tibias
    Tel alchimiste comprendra que les tibias représentent la stibine (stibia), c’est à dire le fameux antimoine, quand d’autres comprendront que les « tibias » désignent tout simplement les ossements chers à Ezéchiel et à Nicolas Flamel. Le plus merveilleux là-dedans est que tibias et stibia sont bien des matières premières que les alchimistes travaillent l’une comme l’autre et de plus, qu’ils travaillent parfois de la même façon (décrite en détail d’abord par Ezéchiel et enfin par Stéphane Barillet dans son « Grand Œuvre Alchimique ») ! La calcination solaire des ossements donne alors une médecine pour l’homme quand celle de l’antimoine (purifié sous la forme de régule) donne une médecine métallique destinée à la transmutation.
    Soit dit en passant, c’est ce travail, dans sa version ossements en tous cas, qui est décrite dans l’allégorie de l’Arbre sec qui reverdit avec l’aboutissement du travail. Cet arbre mort désigne encore les os par le truchement d’un jeu de mot en hébreu puisque dans la langue d’Ezéchiel Os se dit « Etsimoth » soit Arbre (Etz) mort (Moth).

    La grande énigme de l’alchimie, celle qui excite la curiosité et laisse en arrêt bien des alchimistes sur les starting-blocks (et sans que jamais ils ne démarrent sur la voie…) est la question de la Materia Prima, la Matière Première.
    Matière Première est souvent entendue comme la matière avec laquelle l’alchimiste commencera son travail comme la farine serait la matière première du boulanger ou le raisin celle du vigneron. En réalité, il faut entendre « première » comme celle qui est à l’origine (or-est-gène) de l’existence.
    C’est là que les pièces du puzzle de mon exposé s’assemblent : la matière première, celle qui est à l’origine de l’existence est, pour les alchimistes, la lumière « que l’on a en permanence sous les yeux sans cependant la voir » (Fulcanelli), la lumière solaire. Or, cette lumière se dit en hébreu « Aur » (« et Dieu dit « Que la lumière - Aur - soit, et la lumière - Aur - fût » Gen. 1.4). Voici l’Or des alchimistes, et voici leur matière première. Ce n’est pas la place ici de faire une interprétation kabbalistique du mot Aur (Aleph, Vav, Resh) qui confirmerait ce sens d’énergie primordiale et solaire, mais il est confondant de voir à quel point il prend en Kabbalah le sens de l’or-matière première des alchimistes.
    Et la transmutation ? et bien, comme je l’ai souligné plus haut, tout semble possible en alchimie, tout et son contraire, et si la transmutation est une allégorie qui désigne la transmutation d’une matière en lumière, ou dans une moindre mesure l’ajout de lumière dans une matière, il semble qu’elle soit aussi une réalité au sens stricte, de nombreux témoignages l’attestent, mais je n’ai pas de photos à vous montrer pour confirmer la chose…

     Pour terminer sur une note réaliste et encourageante, contrairement à l’or de nos trésors, Aur, la lumière n’est pas incorruptible puisque c’est elle qui se condense pour former notre monde mortel, mais encore, contrairement à l’or de nos banquiers elle est gratuite et se donne à qui prend la peine de la recueillir, de la fixer, et de la rendre assimilable, comme l’est la Pierre des Philosophes…
    C’est sur cette note, cet encouragement à aborder la pratique alchimique que je vous laisse la préparation d’une petite merveille de l’alchimie. C’est un petit élixir qui contient tous les principes de cette voie des ossements, qui contient toute la méthode pour concentrer et fixer la lumière et l’absorber sans danger mais avec un bénéfice tout à fait réel malgré la discrétion des effets (c’est d’ailleurs aussi bien comme ça : la transformation intérieure est rarement une partie de plaisir…). C’est « L’Elixir solaire » que Stéphane Barillet avait publié dans le matériel offert quand il faisait la promotion de son premier cours « Le Grand Œuvre Alchimique ».
    Cet élixir se prépare quand on en a l’occasion, chaque jour si c’est possible. Il est susceptible de développements extraordinaires, mais c’est sous cette forme simple qu’il offre le plus bel exemple que je connaisse dans le travail alchimique d’équilibre entre douceur et efficacité.

    http://www.atelier-spagyrie.ch/pages/ressources-et-documents/l-elixir-solaire-de-stephane-barillet.html

    Matthieu Frécon, Sarreyer, juillet 2019

  • Wild Rose

    Elixir floral d’églantier


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    L’églantier, Rosa Canina, donne l’élixir floral créé et appelé par le Dr. Edward Bach « Wild Rose ». Il apparait redonner le goût à la vie.
    Très facile à faire soi-même, les élixirs floraux du Dr. Bach sont une excellente approche vers l’auto-médication, « Soigne-toi toi-même » est d’ailleurs le sous-titre de son ouvrage « La Guérison par les fleurs » qui décrit cette médecine dans ses principes, ses procédés de fabrication, et sa matière médicale (les 38 fleurs).

    Cet élixir d’églantier a été fabriqué selon ces préceptes très simples, mais dans un environnement protégé et réalisé avec soin. Les fleurs sont cueillies au moment de la fabrication, sur place. L’eau vient d’une source voisine, également recueillie sur le moment. Les fleurs délicatement déposées à la surface de l’eau sont exposées 4 heures au plein soleil, dans un ciel sans nuages. L’élixir est ensuite fixé dans de l’alcool de vin (vin bio et nature) distillé par nos soins dans des alambics en cuivres, chauffés au bois et conservés dans des fûts de chêne sans aucun ajout (les cognacs sont habituellement édulcorés et colorés). L’ajout d’alcool est calculé pour donner un élixir qui titre 20 % d’alcool, ce qui permet la conservation. L’élixir est enfin dilué selon la méthode homéopathique (Bach était un médecin homéopathe) au 240ème, ainsi qu’il semble que Bach le préconisait.


    Maceration 3 petitLa source

    Quelledifférence y a t-il entre cet élixir et l’élixir floral de Rose également proposé par Edelweiss Distillerie ?


    Elixir Floral Rose

    L’Élixir floral de Rose est fait avec une rosa Gallica que je cultive (bio). La rose est plongé dans l’eau, attachée par une ficelle, puis libérée après l’exposition. C’est un procédé que l’on utilise notamment pour les fleurs protégés et rares (c’est comme cela que je ferai mon élixir d’Edelweiss sauvage cet été). L’eau utilisée pour la macération est une eau de rose distillée par mes soins dans la même plantation. L’alcool utilisé est aussi un alcool de rose que je fabrique et distille sur place, l’année précédente.
    Cet élixir est donc plus éloigné de la façon originale du Docteur Bach qui préconisait avant tout la simplicité. J’ai développé ce travail à partir des travaux du Dr. Bach dans le cadre de mon travail de recherche sur la Rose, en ayant bien conscience qu’il s’agit d’un développement et non de la méthode originale pour laquelle j’ai une grande estime. Cet élixir de Rose est apprécié par son odeur et son goût de rose qui le rend très agréable et permet une profonde détente.

    L’Élixir floral de Wild Rose reste conforme à la méthode préconisée par Edward Bach qui le conseille pour ceux qui, résignés, ont besoin de retrouver le goût de la vie.

    Comment faire ses élixirs floraux ? voyez cet article : http://www.devenir-distillateur.com/blog/alchimie-medecines-naturelles/c-est-le-printemps-la-saison-pour-faire-ses-elixirs-floraux.html ainsi que : http://www.devenir-distillateur.com/blog/alchimie-medecines-naturelles/elixir-floral-de-rose.html

     

     

  • Capturer l’Esprit Vital, une application en cosmétiques

    Capturer l’Esprit Vital, une application en cosmétiques

    Lors de mes formations de spagyrie, j’ai l’habitude d’encourager les participants à s’approprier la philosophie et les techniques présentées pour les intégrer à leurs centres d’intérêts ou à leur activités professionnels. Les fabricants de cosmétiques sont les premiers à voir l’intérêt de la spagyrie dans le cadre de leur branche. C’est cette idée que je veux développer maintenant. Les baumes

    En alchimie, comme en magie ou en sorcellerie, tout autant que dans les domaines de la santé ou du bien-être, la notion d’Esprit Vital est la même. C’est un point commun entre Paracelse et Hahnemann qui emploieront des procédés proches pour atteindre le même résultat dans des domaines au départ différents. C’est ce qui réunit l’alchimiste avec le paysan biodynamiste, l’un pour ses élixirs, l’autres pour ses légumes…
    À la veille de la première pleine lune de ce printemps, au moment ou les spagyristes se préparent à la récolte de cet Esprit par la récolte de la rosée, et où les sorciers préparent leurs talismans ou leurs breuvages chamaniques, je vous propose de mettre en œuvre ces mêmes principes pour la confection d’un baume.

    Un baume, c’est un mélange de cire d’abeille et d’huiles végétales chargées des extraits des plantes qui y auront macérées. On y rajoute souvent des teintures alcooliques de plantes, et des huiles essentielles. Tous ces ingrédients ne sont pas toujours nécessaires, et l’on peut au contraire enrichir encore la composition, mais cette liste est grosso modo la base de la composition d’un baume.
    Ce n’est pas ici mon propos que de faire un cours sur la fabrication des baumes, et je n’en serais d’ailleurs pas capable, il ne s’agit que de donner un exemple que vous pourrez développer à souhait…

    Dans la fabrication de votre baume, la première opération consiste dans la fonte de la cire d’abeille. C’est le point qui nous intéresse.

    La cire est connu en talisman pour être un support d’énergie Vitale, ou énergie astrale. C’est « l’Aimant » par excellence dans le règne animal qui, sans être végan, ne nécessite heureusement pas de sacrifice (comme pourrait l’être le sang). Une figure talismanique pourra être gravée dans la cire d’abeille, ou la feuille inscrite pourra être imbibée de cire. De même, une bougie de cire chargée de symboles &c…
    De plus, il est notoire que c’est dans la matière à l’état liquide que les influences astrales se fixeront. Il est donc d’usage de faire, de fondre, le talisman ou la bougie au moment adéquat. Autrement dit, de procéder à l’étape de fonte de la cire à ce moment.
    La cire refroidie et durcie saura conserver l’énergie ainsi acquise pendant le moment d’ouverture à l’état liquide.

    Je ne vous propose pas de fabriquer votre baume à un moment précis au niveau astrologique, planétaire, je vous laisse étudier la question avec des spécialistes tels que mon ami Vincent Lauvergne par exemple qui est beaucoup plus compétent que moi dans cette matière. Mon domaine étant l’alchimie, je me bornerai à utiliser une pratique courante dans le cycle annuel du travail alchimique : la récolte de l’Esprit Vital contenu dans la rosée par la déliquescence obtenue par exposition aux pleines lunes de printemps. Ce travail se fait avec un aimant minéral : le sel (sel de cuisine ou sel végétal de calcination). Ce travail est détaillé dans cet article : http://www.atelier-spagyrie.ch/blog/spagyrie-medecines-alchimiques/le-travail-de-la-rosee.html auquel je vous invite à vous reporter.
    Ici, vous l’aurez compris, il sera question de faire fondre la cire d’abeille sous les rayons de la pleine lune (de printemps de préférence), et d’imbiber doucement les ingrédients tels que les huiles végétales, teintures mères, et huiles essentielles. Le refroidissement pourra se faire à la faveur de la nuit si l’on ne craint pas trop l’humidité (pour votre baume, pas pour vos rhumatismes !). Votre baume sera ainsi chargé de l’Esprit Vital transmit par l’humidité lunaire…
    Libre à vous de profiter de ce moment de travail intime pour y imprimer votre propre esprit : méditation, prière, simple présence, tout est bon… Alchimiste vous pouvez aussi ajouter vos procédés habituels (les « feux secrets ») tels que champ magnétique (aimants), miroirs &c… Sorciers ou ecclésiastiques (c’est une vraie fête ce soir : il y en a pour tous !), profitez de la technique pour faire de ce baume un onguent ou une huile d’onction ! le procédé reste valide et éprouvé. Un onguent est un genre de baume qui remplace parfois la cire d’abeille et/ou les huiles végétales par une graisse animale, en général du saindoux. Votre baume préparé avec une plus grande proportion d’huiles sera plus onctueux et fera fonction d’huile d’onction (thérapeutique ou rituelle).

    Voici une recette simple de baume : Les ingredients
    (en poids) Cire : 10 % (entre 8 et 15 %). Huiles végétales 90 %
    On peut ajouter 1 % d’huiles essentielles et 5 % de teintures-mères (la proportion de cire reste identique, c’est l’huile végétale qui cède son poids).

    Les huiles végétales sont des huiles d’olive, de tournesol, de chanvre, d’amande douce, de jojoba… dans lesquelles on a mis des plantes à macérer au soleil de l’été. Pour la fabrication de ces huiles, vous pouvez vous reporter à cet article : http://www.devenir-distillateur.com/pages/il-n-y-a-pas-que-l-alambic-dans-la-vie/les-macerats-solaires.html

    Les teintures mères sont des macérations de plantes fraiches dans de l’alcool. Il n’y a pas meilleur alcool, ou esprit de vin, que celui que l’on fait soi-même et vous trouverez tous les éléments utiles pour le faire vous-même en consultant ça-et-là mon site www.devenir-distillateur.com .

    Le sel (sel de cuisine), je l’ai dit au début de l’article, possède lui aussi la vertu d’extraire et de conserver l’Esprit Vital et le caractère des plantes ou autres êtres qui lui sont adjoints. Ce sel déjà chargé peut être ajouté à votre préparation, il ne se dissoudra pas facilement, mais ce n’est pas un problème. Un baume peut être salé sans inconvénients.

    Joyeuses préparations pleines d’Esprit lunaire et Vital !

    Matthieu Frécon, Sarreyer, à la veille de la pleine lune de mars 2019.

  • Le travail de la Rosée

    Le travail de la rosée

    C’est le principal travail pratique sur la rosée de printemps pour le travail végétal.
    Il consiste en une déliquescence de rosée sur du sel dans le but soit d’imbiber le sel de l’esprit astral, soit de récupérer cet esprit sur un support approprié.
    Le sel utilisé est souvent du carbonate de potassium (cendres végétales cristallisées, comme le sel d’un élixir spagyrique classique). Ça marche bien au niveau de la quantité, mais pour aller un peu plus loin, on préfère utiliser le sel connu simplement sous ce nom, le sel de cuisine, qui est la matière que désigne Paracelse quand il parle de Sel (le principe) la plupart du temps.

    1. Préparation du sel :
    J’utilise du Sel de Guérande non traité.
    Laver le sel (le dissoudre dans de l’eau, filtrer, évaporer). Le sécher (broyer puis chauffer pour évaporer l’eau résiduelle, au four par exemple).

    2. Déliquescence : distillation de Rosée (Sel)
    Placer le sel en très fine couche sur une vitre ou un miroir exposé aux pleines lunes de printemps. La vitre doit être inclinée et des petites tiges de bois sont collées sur les bords pour diriger la déliquescence vers une sortie en entonnoir d’où l’humidité pourra couler dans un bocal (si la rosée est abondante, sinon, on ne récupérera qu’une pâte qui pourra servir à divers travaux).

    Si la rosée a été abondante, on récupère une eau salée dans le bocal que l’on distille au soleil le jour qui suit la récolte pour obtenir « l’alkaest » qui est un solvant pour extraire le Soufre (le « caractère »)des végétaux ou des minéraux (parait-il, je n’ai jamais fait ce travail dans le minéral).
    Si la rosée a été faible, alors on peut utiliser le sel humide (pâteux) pour divers travaux. C’est en général ce que je fais.

    Le Sel ainsi chargé de l’esprit astral peut être utilisé comme Sel pour la spagyrie. Il peut être aussi utilisé pour la « Pierre en 5 mn » de Stéphane Barillet (imbibition d’une teinture huile essentielle/alcool sur du sel de cuisine, voir blog du CFIO), ou pour faire des sels de bains "philosophiques", ou de la cuisine « longue vie »… Il peut aussi être utilisé pour faire une lacto-fermentation philosophique (une choucroute…) : c’est la base du procédé de l’élixir de Cagliostro. C’est une base très utile dans tout le travail de labo.
    On peut recharger ce sel en réitérant l’opération plusieurs nuits après avoir séché le sel au four ou en distillant, il sera d’autant plus fort.
    Le sel a un caractère mercuriel (au sens spagyrique) par son aspect conservateur. Comme l'alcool, il sait extraire et conserver l'énergie et les vertus des plantes qui y sont mises en extraction.

    Dans le cas de l’obtention de la rosée, il faut distiller au soleil le jour qui suit la récolte avec une tête de maure en verre pour charger l’alkaest d’esprit solaire (avec aimants, miroirs &c…). L’alkaest obtenu a une odeur d’acide chlorhydrique. Contrairement au sel imbibé d’esprit astral non distillé, il reste fragile et dois être utilisé assez rapidement.

    Les nuits de pleines lunes sont réellement des moments privilégiés, mais on peut fabriquer ce sel plus ou moins philosophique pendant tout le printemps, voire été, si on a besoin d’une bonne quantité.

    Facile !
    Bonnes récoltes nocturnes !


    Matthieu Frécon, Sarreyer mars 2019

    Sources : Stéphane Barillet : Le Grand Œuvre Alchimique, Denis Labouré : L’élixir de Cagliostro, et LPN principalement.