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  • La Kabbale est-elle un système magique ?

    La Kabbale est-elle un système magique ?

    Dans le monde de la kabbale comme de l’alchimie, il est traditionnel de donner quelques uns des codes de lectures dans le titre. Ici, le titre fait référence à deux textes qui ont été importants dans ma jeunesse et que j’ai publié sur le site www.gouttelettes-de-rosee.ch qui sont : « La Kabbale est-elle un cut-up ? » et, « Créez votre propre système magicke » écrits dans les années 80’ par un certain « Rabbi Jérémy » de nos amis et que je vous recommande.

    Car en fait, la kabbale, c’est quoi ? Je veux dire, quelle est la substance de la kabbale ?, de quoi est-elle formée ? Ce sont des questions que, dans notre impatience, l’on passe sans y penser… D’ailleurs, il y a pas mal de questions fondamentales que l’on devrait se poser quand on s’intéresse à la kabbale au lieu de simplement accepter le dogme et la méthodologie qui ne sont pas forcément intrinsèque à celle-là.
    La Kabbale est un courant de la mystique juive né au milieu du Moyen-âge en Provence, qui s’est développé dans la seconde moitié du M-Â en Espagne pour atteindre son apogée en Palestine au XVI°, dans le monde de la Renaissance. Il y a eu bien sûr des antécédents, des épicentres, et un développement ultérieur notamment dans le monde chrétien, mais l’essentiel de l’histoire de la formation de la Kabbale se passe au cours de ces 3 périodes.

    Quels sont les matériaux, les outils, utilisés par la kabbale ?
    La kabbale se base d’abord sur la Bible hébraïque. Elle fait également un large emploi du Sepher Yetzirah qui est un petit livre très synthétique écrit probablement à Babylone à la fin de l’antiquité et qui traite de divers sujets mathématiques ou cosmologiques. Enfin, la kabbale utilise énormément un système numérologique, la guématria, basé sur le système décimal avec l’utilisation du zéro (introduit en occident dans le même milieu que le Sepher Yetzirah à la fin de l’antiquité) et qui semble avoir été développé - la guématria donc - vers le milieu du M-Â en Allemagne.
    À partir de ces éléments très disparates dont la réunion est pour le moins surprenante, la kabbale va alors développer sa propre littérature qui aura au moins le mérite de suivre un développement logique qui n’apparait pas dans les éléments empruntés pour sa création.

    À ce stade, essayons de définir ce qui caractérise un système magique au sens où l’entend notre Rabbi Jérémy (dont la culture personnelle va de la tradition juive à l’aventure cybernétique en passant par la science-fiction et la recherche psychédélique - pour situer le personnage).
    RJ définit un système magique comme un édifice imaginaire dont le but est de transformer le réel par une modification de la conscience par l’imagination et qui comprend des jeux de symboles destinés à créer des connexions cérébrales dans le but de transformer notre univers mental, et donc réel. Ces jeux de symboles doivent, pour être effectifs, comprendre des symboles « lourds » (« froids ») profondément ancrés dans notre inconscient comme la bible, et des symboles légers et mobiles (« chauds ») qui galvaniseront l’enthousiasme, l’érotiseront, par leur capacité à provoquer une émotion. Ces deux types de symboles vont agir sur des zones différentes de notre cerveau pour créer des synapses, des connexions nouvelles qui transformeront notre façon de voir les choses (et donc notre environnement, le réel, dont on considère qu’il dépend de la conception que l’on en a). Ces symboles peuvent êtres très différents, et même n’avoir aucun rapports entre eux. Ce sont les connexions qu’ils créeront qui provoqueront le résultat dans notre vie.

    C’est ainsi que les kabbalistes ont inventé un système symbolique puissant en alliant des symboles lourds et profonds comme la Bible et ses symboles (l’Arbre de Vie emprunté au 3° chapitre de la Genèse par exemple, et une liste de noms trouvés dans le premier livre des Chroniques (XXIX. 11.) avec le concept gnostico-hellenistique des sephiroth du Sepher Yetzirah (écrit, je le rappelle bien des siècles après la bible hébraïque, et issue d’une culture totalement différente de celle-ci). Le mariage s’avèrera fécond et l’Arbre de Vie de notre kabbale moderne qui comprendra alors les noms et les sephiroth deviendra le symbole central de la kabbale tardive (lourianique, née en Palestine à la Renaissance).

    Autre outil indispensable au kabbaliste, la guématrie, ou art de faire des relations entre les mots dans leurs rapports numérologiques, s’applique à tous les textes utilisés, dont les plus anciens tels que la Genèse. La guématrie est développé vers le milieu du M-Â en Allemagne dans un milieu mystique antérieur aux débuts de la kabbale historique.
    On peut alors se poser la question du sens qu’il peut y avoir à interpréter la Genèse avec un système numérologique créé plus de mille ans après l’écriture du texte, système basé sur le système décimal avec utilisation du zéro (introduit en occident, je le rappelle, vers la fin de l’antiquité).
    La réponse est sans appel : Dieu avait déjà tout prévu et il a fallu aux kabbalistes du temps pour découvrir et assembler cette sagesse originelle. Il a bon dos le bon dieu…
    En fait, la cohérence du système est telle, et c’est maintenant qu’il faudrait étudier les lois des synchronicités ou la loi de Murphy, pour comprendre le mécanisme psychologique effectif mis en œuvre et l’on ne peut que s’incliner devant un édifice qui semble si solide…
    Mais l’expérience depuis notamment les travaux de Jung (pour les synchronicités) et de Crowley (pour son analyse de la magie et son encouragement méthodique à créer avec la magie) montre que les possibilités dans ce domaine sont infinies et que cet édifice (la kabbale et tous les ingrédients qui la composent) peut être modifié par une autre guématrie (voir le système d’Abellio par exemple), ou l’ajout d’autres symboles (tarot, 4 éléments, Yi-King &c…) pour former, c’est magique !, un autre système dont la cohérence n’a rien à envier à son ainé…

    Alors la kabbale, c’est quoi ?
    Pour les utilisateurs dévots (dont je suis), c’est un système symbolique dont la portée imaginaire est merveilleuse et qui a tout son sens et toute sont efficacité dans le réel. Et pour les techniciens de la magie, les cyber-punks des mondes imaginaires (dont je suis encore), c’est un moteur pour l’expérience de navigation dans un réel que nous créons et modifions en modifiant les éléments qui le compose.
    La kabbale est un merveilleux système magique avec ses symboles lourds et ses symboles chauds, avec ses croyances (symboliques), ses rituels (symboliques) dont le but est, au moins pour moi, le développement de l’âme, l’expérience de l’union mystique, avec au final l’expérience du bonheur dans l'existence.

    Je concluerais en recommandant aux kabbalistes de s’attacher à bien connaître les éléments qui constituent le système imaginaire de la kabbale (l’origine des symboles), de bien re-contextualiser ses éléments, pour mieux les disposer dans le cerveau, mieux les utiliser dans les jeux de symboles, pour mieux se les approprier et les rendre plus effectifs dans la quête du bonheur et de l’éveil.

    Matthieu Frécon, Sarreyer 30 avril 2021.