médecine naturelle

  • Introduction à une Matière Médicale Spagyrique

    Introduction à une matière médicale spagyrique Paracelse

    La spagyrie, autrement dit la médecine alchimique paracelsienne et post-paracelsienne, a comme particularité que son fondateur (Paracelse, Suisse allemanique, 1493-1541) a présenté sa philosophie disséminée dans plusieurs écrits, et un certain nombre de principes de fabrications très divers dans diverses autres parties, et enfin, quelques exemples de fabrication et de prescriptions de remèdes ça et là dans son œuvre vaste et décousue.
    Cette façon de proposer une nouvelle médecine est originale et d’autres inventeurs de systèmes thérapeutiques, postérieurs, présenteront leurs médecines de façon plus cohérente, et donc plus figée et mieux définissable. Par exemple Hahnemann présente les fondements théoriques de l’homéopathie ainsi que les procédés de fabrication des remèdes dans son Organon ou Art de guérir (1810), la matière médicale détaillée sera présentée dans sa Matière Médicale Homéopathique (1811 à 1821). À partir de ce moment, l’homéopathie pourra évoluer, mais ses bases sont bien connues. De même, lorsque Edward Bach publiera son livre La guérison par les fleurs (1931) tous les éléments de son système thérapeutique seront posés (philosophie, procédés de fabrication des remèdes, matière médicale). Les principes de l’aromathérapie sont précisément définis dans les publications de Gattefossé (naissance de l’aromathérapie vers 1912) &c… Au contraire des précédents qui datent d’époques récentes, l’herboristerie (tisanerie ou phytothérapie) s’est graduellement développée au cours du temps depuis les débuts de l'humanité et les découvertes et innovations s’ajoutent librement au corpus traditionnel au fur et à mesure de la pratique. C’est l’acceptation générale de ses innovations par les praticiens qui les valident et qui enrichit cette médecine végétale traditionnelle bien définie.

    Comme je l’ai dit plus haut, la spagyrie n’offre pas du tout la même situation.

    Les principes de la spagyrie sont ceux de l’alchimie, ce qui ne les rend pas forcément très lisibles. Ils ont été redéfinis sans méthode par Paracelse qui est un esprit indéniablement génial mais pressé dont l’œuvre semble avoir été écrite d’un trait de plume, sans ordre et sans relecture à une époque trop reculée, le début de la Réforme luthérienne, pour être facilement assimilable par les générations suivantes. Les procédés de fabrication et les matières premières utilisées sont également très disparates et sont parfois destinés aux thérapeutes pour faire des remèdes, ou parfois au contraire à des alchimistes en quête de ce que nous appellerions aujourd’hui le développement personnel.
    Le résultat est que la spagyrie s’est beaucoup développée et a perduré depuis 500 ans, sans pour autant qu’une forme dominante se soit imposée. 500 ans après Paracelse, la spagyrie reste polymorphe et presqu’indéfinissable… Les pseudo-définitions de Paracelse ne seront d’aucun secours pour définir son invention : Citons « La spagyrie est l’art de séparer le vrai du faux » n’a aucun sens hors de son contexte, sinon celui qu’il nous arrange de lui donner… et « la spagyrie est un art comprenant la philosophie, l’astronomie (et astrologie), l’alchimie, et la vertu (la prédestination) » ne définit pas la chose, mais précise seulement ses composants et indique sa complexité.

    La tradition depuis, a souvent définit la spagyrie comme étant plus ou moins une branche de la phytothérapie dont les teintures ont été augmentées des sels minéraux des plantes calcinées, ce qui n’est ni juste ni faux, et ne donne pas d’idée précise du procédé de fabrication ni de sa matière médicale, encore moins de la philosophie qui préside à cette médecine.

    La plupart des fabricants de remèdes spagyriques aujourd’hui ont une philosophie, leur conception personnelle de la vie et de la santé, plus ou moins originale, et utilisent des procédés personnels plus ou moins proches des principes fondamentaux qui consistent à faire fermenter la plante utilisée, la distiller, et la calciner (mais comment, pourquoi, et dans quel ordre ?). Leur matière médicale (catalogue de remèdes) est souvent inspirée de la phytothérapie avec des ajouts divers puisque notre époque permet facilement un syncrétisme de systèmes de pensées sans qu’une puissante cohérence soit nécessaire (par exemple : vertu phyto de la plante + apparence (attribution planétaire) + données de l’arbre de vie kabbalistique avec les 4 éléments + kinésiologie).
    Mon but n’est pas ni de critiquer cet état de fait ni de proposer une solution définitive puisque j’apprécie cette pluralité de pensée et cet état instable qui caractérise la recherche dynamique. Je vais plutôt proposer une analyse de deux tendances dominantes dans ce que je connais de la spagyrie pour établir une sorte de carte qui permettra peut-être au lecteur de se situer dans son approche de la spagyrie.

    Sorcie re alchimiste
    Je distingue deux tendances dans les matières médicales des spagyristes que je connais, amateurs ou professionnels. En effet, l’alchimiste qui se cache normalement derrière le spagyriste a une philosophie inspirée de la culture qui à vu naitre l’alchimie occidentale actuelle : le moyen-orient antique. C’est aussi une culture qui à développé le concept de monothéisme et l’alchimiste sait que la création toute entière est issue d’une source unique (appelée Dieu). L’énergie créatrice originelle qui a la capacité de créer la vie est supposée avoir également la capacité de la restaurer, de la guérir des désordres de l’existence. C’est le concept de « Médecine universelle ». L’alchimiste, et le spagyriste après lui, cherchera la « médecine universelle » qui guérira tous les maux. Une telle médecine peut exister, je n’en doute pas, mais elle ne peut être appliquée à aucune situation actuelle puisque l’on sait qu’il n’est pas envisageable de se débarrasser de tous nos problèmes en une seule fois sans que la « guérison » soit fatale au patient. En effet, le remède serait tellement puissant que nous ne pourrions supporter la transformation et qu’il deviendrait un poison (« C’est le dosage qui fait qu’un remède peut devenir un poison et un poison un remède » Paracelse). La guérison du corps comme celle de l’âme ne peut donc se faire que progressivement.
    C’est la tendance Médecine universelle de l’alchimiste.


    Au contraire de cette tendance parfois austère, mais riche d’une philosophie fertile, on trouve la tradition - historiquement plutôt payenne - de l’herboristerie populaire. Les peuples au contact de la nature ont découverts les vertus thérapeutiques des plantes et divers moyens pour les préparer. L’herboristerie, la tisanerie, et puis bientôt la phytothérapie (extractions alcooliques ou acétiques végétales) vont proposer une matière médicale complexe qui ne comprend d’autre philosophie que l’expérience naturelle et qui, au contraire de la première, perçoit la nature dans sa multiplicité. Cette voie est plus naturelle (expérimentale et concrète) et non-conceptuelle. Ses praticiens semblent avoir plutôt été des praticiennes, sorcières ou « bonnes-femmes »… Le but est la guérison du corps, la guérison de « l’âme » n’est pas spécifiquement développée, mais est plutôt considérée comme étant un développement naturel de la guérison du corps.

    Paracelse eut une pratique humaniste de la médecine, ce qui l’amena à fréquenter plus de paysans que de cercles de philosophes ou de sophistes. Il a été visiblement influencé par les pratiques de médecines populaires et il a mêlé des recettes ou des plantes utilisées par cette médecine populaire issue de ces traditions paysannes avec sa philosophie monothéiste alchimique.
    Le mélange de ces deux visions a priori opposées (alchimiste monothéiste - médecine universelle - et sorcière payenne - multitude de plantes aux vertus diverses) est l’une des caractéristiques de la matière médicale de la spagyrie et il est salutaire d’en prendre conscience. En effet, les producteurs de médecine spagyrique ne formulent pas clairement ces tendances et ne placent pas toujours le curseur de leur système de façon très consciente.

    Dans la première tendance, c’est la qualité d’énergie créatrice originelle qui va définir la vertu de la médecine. C’est la lumière contenue dans le remède. C’est la qualité « Mercure » spagyrique du remède.
    Dans la seconde, c’est la vertu spécifique de la plante utilisée qui va définir la vertu de l’élixir. C’est le côté « Soufre » spagyrique.

    Tous les élixirs spagyriques contiennent les deux aspects. Leur puissance et leur adéquation à résoudre divers maux dépendra de l’équilibre. Bien définir ces deux paramètres permet de doser et de donner une direction au remède.

    Les laboratoires qui proposent une grande quantité de produits penchent souvent vers l’aspect Soufre et leur matière médicale est souvent largement inspirée de la phytothérapie. Les spagyristes qui n’offrent qu’une quantité restreinte de remèdes sont souvent très marqués par la philosophie unitaire de l’alchimie (Mercure), ils ont souvent une philosophie originale et puissante et des procédés de fabrications très personnels. Leurs remèdes ont souvent un très large spectre d’effets.

    Personnellement, j’oscille entre les deux aspects de la spagyrie. J’essaie de tendre vers des médecines « universelles » tout en dosant la puissance d’action en choisissant les procédés de fabrications, et en donnant une direction plus ou moins spécifique en choisissant la matière première (plante). Le remède doit donc avoir une direction verticale (puissance) et une direction horizontale (vertu spécifique) bien définies.
    De ceci, on peut facilement comprendre que tant la matière médicale que les procédés de fabrication de la médecine spagyrique ne peuvent être réduits à une méthode unique, facilement identifiable, une méthode « acceptée ». La spagyrie restera finalement ce que la philosophie du spagyriste lui permettra de concevoir, dans le cadre prévu par l’alchimie d’une part (philosophie et pratiques de fabrication) et de l’herboristerie d’autre part (matière médicale, vertus des plantes).

    Je n’aurai donc pas vraiment répondu à la question initiale, mais au moins, j’aurai tenté d’expliquer pourquoi, ce qui, je l’espère, permet de déplacer la question de façon satisfaisante…

    Quelques exemples :
    Les suisses ont le choix entre de nombreux producteurs d’élixirs spagyriques d’excellentes factures. Les plus connus en Romandie sont Heidak et Spagyros, j’aurais pu encore citer Phylak si j’avais pu rencontrer un responsable et mieux connaître ce laboratoire. On trouve aussi Elixalp (Toni Céron, Orcier, France), et les petits flacons de Edelweiss Distillerie que nous distribuons dans le cadre de notre ferme valaisanne. Je dois évidemment citer les nombreux spagyristes amateurs qui soignent bénévolement (une tradition qu’ont exprimés les R+C qui faisaient le serment de « Faire profession de médecin à titre bénévole », Fama Fraternitatis, 1614) et qui entretiennent la vitalité de la spagyrie. Pierre de vin

    Cette liste va des producteurs les plus professionnels aux plus amateurs :

    Heidak : Laboratoire professionnel santé, procédé Zimpel, importante matière médicale issue de la phyto + quelques remèdes particuliers (+ de 200 produits). Large diffusion en pharmacies &c…
    Spagyros : laboratoire professionnel santé, procédé Baumann (inspiré de Zimpel), importante matière médicale issue de la phyto + quelques remèdes particuliers (+ de 200 produits). Large diffusion en pharmacies &c…
    Elixalp : laboratoire professionnel compléments alimentaires, procédé personnel inspiré de Albertus et autres, importante matière médicale personnelle inspirée de la phyto et d’éléments symboliques (+ de 200 produits). Faible diffusion dans le domaine des compléments alimentaires.
    Edelweiss Distillerie : Entreprise agricole alimentaire, divers procédés traditionnels ou personnels souvent inspirés de S.Barillet. Matière médicale réduite à quelques élixirs (- de 10 produits). Diffusion confidentielle par le site internet de la distillerie.
    Spagyristes amateurs divers : amateurs. Ce sont des alchimistes qui ont développés une pratique personnelle et une pratique de soin à partir de leurs réalisations souvent uniques tendants vers une médecine simple et universelle (entre 1 et 5 produits). Pas de distribution, pas de commerce, diffusion confidentielle souvent limitée à la famille et aux amis. Ces derniers, à l’image des guérisseurs chrétiens des campagnes et des rebouteux, sont nombreux et discrets. Les laboratoires et les professionnels cités dans cette liste sont toujours nés des développements d’un laboratoire amateur personnel. Je rajouterai que c'est dans cette catégorie que se trouve le spagyriste que je considère comme étant le plus puissant thérapeute parmi les disciples d'Hermès. Il offre son unique remède qu'il fabrique dans son sous-sol, et obtient des résultats dignes de Paracelse… Ne me posez pas de questoin sur son identité, je travaille à présenter son travail et son système, c'est pour bientôt… (Hé oui, l'alchimie a toujours  ses petits mystères ! ;-) )

    Matthieu Frécon, Sarreyer, 11 janvier 2021

    Laboratoire alchimique

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  • Les élixirs spagyriques, à quoi servent-ils ?

    Les élixirs spagyriques, à quoi servent-ils ?
    Une réflexion entre le corps et l’âme, entre la santé et la spiritualité

    0. Introduction
    1. Guérir
    2. Soutenir une activité mystique
    3. Amener à une expérience mystique
    Mutus liber planche xv


    L’alchimiste ou le spagyriste amateur n’a pas toujours une idée claire du but de ses recherches. En général, lorsqu’il fabrique un élixir, il a plus ou moins un but à l’esprit : la préparation à l’expérience mystique, ce qui est un concept aussi prometteur que vague ; ainsi que la santé, ce qui est une spécialité des plus nobles et toutefois un bon début.
    Je vous propose  de dégrossir un peu la question de la relation entre la santé et l’expérience mystique, et de préciser autant que possible les possibilités qu’offre l’élixir spagyrique (ou alchimique, les deux termes sont, comme toujours avec moi, interchangeables
    (1) ).

    (Mutus Liber, planche XV)

    1. Introduction
    L’histoire de l’alchimie depuis son introduction en occident avec la conquête arabe au début du moyen-âge est intimement liée à la médecine. Les bases du travail végétal et alcoolique sont posées dès le début et les alchimistes ont toujours eu au moins un pied dans la médecine.
    Il est clair aujourd’hui que l’alchimie paracelsienne à pour but l’amélioration de la santé (« l’Alchimie ne sert pas à transmuter le mercure en or mais à préparer des remèdes pour guérir les maladies » Paracelse, cité par Lucien Braun). Et le but le plus noble du travail alchimique est certainement la préparation de remèdes pour recouvrer la santé.

    Je me souviens d’une discussion avec l’un des quelques alchimistes qui ont marqué mon aventure alchimique, un alchimiste puissamment original dont l’unique préparation était une sorte de médecine universelle magistrale destinée à guérir les maladies. Je lui demandais « …et sur le plan intérieur, qu’est-ce que ça donne ? » et lui, peu disposé à perdre son temps avec des questions stupides : « Sur le plan intérieur ? et bien… pas grand chose… ». Comment est-ce qu’une préparation comme la sienne, issue d’un travail typiquement alchimique, qui était aussi puissante sur le plan de la santé, ne pouvait pas avoir d’effet sur le plan spirituel ? Et bien tout simplement peut-être que la spiritualité, c’était la santé ultime ? et que la santé parfaite répondait à toute question spirituelle. Autrement dit, un fonctionnement parfait du corps dans toutes ses fonctions se révélait être une réalisation telle que l’on décrit la réalisation « spirituelle ». Peut-être que la conscience dépend tout simplement très intimement du bon fonctionnement du corps et de l’état de ses organes ?
    Cette apparition de la chimie de la conscience a été largement répandue avec l’expérience psychédélique des années 60’. C’est à ce moment que Timothy Leary, le « Pape » du LSD (titre plutôt parlant pour notre propos d’ailleurs !) déclare que la conscience a une origine chimique et que l’on peut la modifier par la chimie. Son ami Alan Watts étudiera les similitudes entre l’expérience psychédélique et le Satori obtenu par sa pratique du bouddhisme Zen.
    Mais l’objet de cet article n’est pas de développer les relations entre l’expérience alchimique et l’expérience psychédélique, et de réfléchir à la question qui pose la Pierre des Philosophes comme étant un psychotrope. C’est un sujet sujet passionnant que je réserve pour plus tard… Au contraire, l’objet de cet article est de préciser dans quelle mesure l’élixir, la Pierre (pour rappel, « Elixir » est un terme arabe qui signifie « La Pierre ») peut faire réaliser à quel point un corps sain est une âme saine, pour paraphraser le célèbre adage « Mens sano in corpore sano ».

    Au cours des nombreuses expériences alchimiques que j’ai partagées avec mes amis, j’ai découvert qu’il était possible, et très souhaitable, de développer un vocabulaire décrivant l’expérience spirituelle, ou au moins les expériences subséquentes aux prises d’élixirs. Les thérapeutes qui ont accompagnés ces recherches, principalement ostéopathes et naturopathes, m’ont donné les mots pour décrire les effets que l’ont pensait auparavant « indicibles », puisqu’il est convenu que « l’expérience spirituelle est indicible », expression que je n’ai jamais trouvée satisfaisante, ni utile (sauf pour arnaquer le pigeon et conserver une distance prudente entre l’« initié » et son disciple). C’est comme cela que j’ai d’abord pu décrire ce sentiment d’agréable frisson autour et au-dessus de la tête, sensation si fréquente avec les élixirs puissamment énergétiques comme une remise en route du liquide céphalo-rachidien, lequel liquide est d’ailleurs mis en route par le système nerveux para-sympathique, et peut-être plus particulièrement le para-sympathique central. Ce même système para-sympathique central est repéré par des techniques de thérapies modernes proche de la spiritualité comme jouant un rôle majeur dans les états de Satoris… Sympathique non ?
    Ces pistes sont prometteuses et permettent non seulement de mieux identifier et mieux partager l’expérience « spirituelle », mais aussi de développer des techniques adaptées pour produire cette expérience.
    Alors, nostalgiques des grands mythes éternels, ne voyez pas dans ce développement rationnel et scientifique une concurrence déloyale ! Bien au contraire, l’opportunité est trop belle de remettre le corps humain au centre du processus initiatique, même si les conclusions que l’on en déduira devront être légèrement révisées puisqu’il est maintenant clair que l’extase mystique n’est plus l’appel téléphonique d’un Céleste Surhomme (assis sur un nuage pour être clair), mais peut-être simplement le ressenti d’un homme dont le fonctionnement naturel est juste… parfait !
    Bien, nous avons répondu à la question naïve à laquelle mon ami refusait de répondre « et sur le plan spirituel, ton remède, il fait quoi ? ». D’ailleurs son acuité au monde et sa relation à la nature étaient une réponse et une indication suffisantes.

    Cette introduction terminée, je vous propose de voir trois aspects de l’utilité de l’élixir alchimique/spagyrique.

    1. La santé
    Les alchimistes classiques comme les spagyristes paracelsiens ont pour une immense majorité fait profession de médecins. L’alchimie appliquée à la médecine, c’est un peu comme le sport et le bien-être du corps ou l’apéritif et la cordialité, il est difficile de les séparer…
    Les élixirs végétaux, particulièrement connus depuis Paracelse existent depuis toujours et sont en plein renouveau. Le Gui de Chêne à une excellente réputation pour lutter contre le cancer, les élixirs de Miel et de Vin sont des toniques, l’élixir d’Absinthe règle les problèmes de ventre (digestion et génitalité), la Pierre de Rose aide à se libérer des dépendances &c… Ici, la clé est l’harmonie entre les principes de l’alchimie (aspect médecine universelle, côté Mercure) et les vertus naturelles des plantes (reconnus en phytotérapie en général, aspect Soufre). L’art de l’alchimiste et sa « Vertu » (au sens Paracelsien du terme : prédestination, don naturel) feront la différence.
    Cet aspect de la médecine alchimique/spagyrique, est en plein développement actuellement, et je suis heureux d’y contribuer modestement.

    2. Soutenir une activité mystique
    C’est un aspect très intéressant de l’alchimie que de produire des élixirs qui vont stimuler les fonctions vitales au point d’aider l’alchimiste dans un travail initiatique parallèle. Par exemple, j’ai le souvenir d’avoir été plusieurs fois mis en condition pour entreprendre des ascèses méditatives très contraignantes, avec un soutien physique et psychologique important en prenant l’une ou l’autre de mes médecines alchimiques dont le but est de renforcer la vitalité (considérée du point de vue de la médecine universelle). Je m’explique. Certains élixirs alchimiques sont orientés vers un aspect de la guérison : ils règlent plutôt un problème particulier. D’autres cherchent à contenir l’énergie créatrice à un niveau plus proche de sa source : ils ne règlent pas un problème particulier, mais apportent une énergie générale, indifférenciée et puissante, dans l’être qui provoquera une sorte « d’appel » mystique soutenu, et aidera à entreprendre un travail intérieur difficile. Ces médecines amènent une sorte de lumière, d’étincelle, qui permet de démarrer une ascèse.
    Ainsi, la Pierre de Vin que je fais selon le procédé de Stéphane Barillet (donné dans « Le Grand-Œuvre Alchimique ») en est un très modeste exemple : elle aide à se réparer d’une façon générale, permet la détente, donne un sommeil réparateur en général, améliore le fonctionnement des organes, mais peut aussi soutenir une discipline mystique difficile (méditation nocturne, attention développée &c…) quand l’alchimiste la prend dans ce but.
    D’autres élixirs peuvent aussi servir dans le cadre de cérémonies rituelles (présence d’élixir dans l’eucharistie par exemple). Ici, nous pouvons même nous rapprocher de l’aspect psychotrope de l’élixir alchimique tel que je l’ai suggéré dans l’introduction.
    Les élixirs alchimiques orientés vers la Lumière, ceux qui contiennent la Lumière originelle, sont souvent adaptés à ces fins.
    Cet aspect de « diététique spirituelle » de l’alchimie est un aspect connu, mais peut-être pas assez distingué des autres buts de l’Art, pas assez conscientisé. C’est une très belle facette, relativement mineure peut-être mais non négligeable, de l’alchimie.

    3. Amener à une expérience mystique
    C’est peut-être ici que l’on touche le Grand-Œuvre dans sa magnifiscence.
    Il existe des élixirs qui ont une telle puissance solaire en eux qu’ils ont une vertu transmutatoire sur l’opérateur.
    Ce n’est pas le moment de fantasmer sur les descriptions sidérantes d’expériences mystiques célèbres. Les auteurs qui ont tentés de décrire « l’expérience mystique » ont dû, faute de vocabulaire plus adapté, employer le langage poétique ou fabuleux. Les visions décrites ne sont jamais que les meilleures façons que l’initié a trouvé pour décrire ses impressions. On peut comparer ces visions aux « lois » proposés par les grands initiés tels que Moïse ou Bouddha, qui, me semble-t-il ont vécus des expériences comparables et les ont exprimés de manières extrêmement éloignés, à cause de leurs cultures différentes. Ainsi, l’assomption d’un mystique chrétien est décrite d’une façon compatible à ce qu’il attend d’une révélation divine dans un contexte de foi monothéiste. La « Nuit Obscure » de Jean de la Croix est un merveilleux récit initiatique mais, faites le même, et vous n’aurez sans doute aucune de ses visions, votre expérience n’aura aucun point de comparaison avec son aventure, en apparence tout au moins…
    Alors revenons un peu sur les remarques précédentes sur les rapports entre un fonctionnement organique parfait et l’expérience « mystique » que l’on pourrait peut-être maintenant, entre nous, appeler expérience vitale. Mon expérience personnelle sur les ascèses opérées conjointement avec la prise répétée d’élixirs particulièrement puissants, les pierres obtenues par calcination solaire par exemple (dont les procédés sont encore donnés dans « Le Grand-Œuvre Alchimique », le cours de Stéphane Barillet cité plus haut) provoquent un afflux de lumière dans le corps de l’opérateur qui, conjointement à une discipline très rigoureuse, entraine un décrassage très profond du corps, et donc de l’état émotionnel (Ouille !!! Ouille !!!) et mental de l’alchimiste.
    Le corps physique de l’opérateur subit également des transformations spectaculaires (Paracelse parle de la régénération des cheveux, des ongles, de la remise en route des cycles féminins chez une vieille femme… Je peux parler d’une reprise de la croissance…), et le premier effet sera une régénération générale du corps avec une augmentation de la vitalité.
    Ici, point de « voie pédagogique », point « d’illustration du processus du Grand-Œuvre »… La pierre agit comme le radeau sur lequel vous êtes embarqué qui vous emmène sur le courant d’un fleuve tumultueux. Il ne vous faut pas longtemps pour vous retrouver dans un état d’être « naturel », même si votre santé physique peut être parfois altérée par la violence de l’opération, ou par votre manque de savoir gérer surtout.

    C’est cet aspect du Grand-Œuvre qui a rendu l’alchimie célèbre, même si c’est certainement le moins pratiqué des trois aspects que j’ai présenté.

    ***

    Je connais personnellement un bon nombre d’alchimistes amateurs qui se consacrent au premier de ces trois buts que propose la spagyrie/alchimie. Ce sont parfois d’excellents thérapeutes, comme il y en a dans tous les domaines de la médecine. Ces alchimistes amateurs embellissent la vie par leur pratique simple et naturelle.
    Je connais aussi personnellement des mystiques qui utilisent l’alchimie comme soutien à leurs activités. Ce sont souvent des mystiques chrétiens gnostiques car l’alchimie a beaucoup utilisé le symbolisme chrétien. Leur activité thérapeutique est souvent secondaire mais parfois présente.
    Je connais encore, personnellement, quelques alchimistes qui ont osé la purification de l’être par des préparations alchimiques déterminantes. Ils ont tous une activité thérapeutique discrète, ou discrètement liée à leur Art, et parfois professionnelle. Parmi les anciens, je range Paracelse parmi eux.
    Ces derniers ont-ils atteint une certaine perfection de la santé du corps ou de l’âme ? Heu… pas forcément, je ne crois pas… Ils sont juste heureux d’avoir réalisé ce travail, et ils continuent leur travaux, la performance reste absente du résultat…

    Voilà ce que peut offrir le travail alchimique…
    C’est à mon avis un très beau sujet d’étude que le rapport entre le corps et l’âme, entre la santé et la spiritualité…

    Matthieu Frécon, Sarreyer, 5 Décembre 2020


    (1) J’emploie ici le terme Spagyrie dans le sens où l’entendait son créateur, Paracelse, qui la définissait comme un ensemble cohérent de connaissances basées sur 4 piliers : Alchimie, Philosophie, Astrologie/Astronomie, et Vertu.

  • Comment prépare t’on un élixir spagyrique ? (seconde partie)

         Comment prépare t’on un élixir spagyrique ?

         Deuxième partie


    Quelques exemples alternatifs de fabrication d’élixirs spagyriques

    Le procédé décrit dans la première partie de cette série d’articles est le procédé classique qui est utilisé par la plupart des amateurs ou des laboratoires spagyriques.
    Mais l’important reste de trouver ou de découvrir une application des principes alchimico-spagyriques qui est plus adaptée aux besoins thérapeutiques ou simplement qui nous convient mieux.
    Voici quelques exemples de procédés inspirés du protocole-mère présenté plus haut.

    Le procédé Teinture/Sel
    Il s’agit de faire une teinture alcoolique de plante par extraction au soxhlet ou par macération lente (la plante est mise à macérer quelques temps - une lunaison par exemple - dans de l’esprit-de-vin dans un bocal), puis de cohober sur les sels cristallisés (parfois verser les sels sur la teinture) pour ensuite laisser murir.
    C’est le procédé le plus courant développé depuis Alexander Von Bernus (fondateur du laboratoire allemand Soluna).
    Certaines plantes comme l’ortie, la prêle, ou le chanvre ne permettent pas de réaliser un Soufre selon la méthode présentée dans la première partie de cette série d’articles et peuvent se faire selon celle-ci.

    Le procédé Alcool/Huile Essentielle/Sel de mer
    C’est la fameuse « pierre végétale en 5 minute » présentée par le génial Stéphane Barillet. Cette pierre consiste en une cohobation d’une teinture à base d’alcool (esprit-de-vin) et d’huile essentielle sur du sel de mer purifié.
    Cette pierre peut trouver son application dans la fabrication de sels de bains ou de gommage, ou divers cosmétiques « spagyriques » ou encore dans l’art culinaire alchimique. Par ce procédé, il est possible de fabriquer une pierre suffisamment murie qui peut rivaliser avec les procédés classiques dans un but thérapeutique.

    La pierre de vin
    C’est encore une simplification du procédé académique présenté en première partie qui offre d’intéressantes possibilités.
    Il s’agit de distiller du vin (nature, bio sans soufre) à basse température sous l’influence concentrée du soleil pour obtenir 1. Le Mercure « philosophique » (alcool distillé - plusieurs fois - au soleil), et 2. Le Soufre et le Sel (sels minéraux, matières organiques) restés conjoints dans l’alambic en verre (soleil oblige). Plusieurs séparations-purifications-cohobations seront utiles avant de mettre la liqueur dans un athanor (four alchimique) adapté pour obtenir cette « pierre de vin » qui a une vertu régénérante douce fort appréciée pour l’entretien de la santé.
    C’est pierre peut se faire avec des « vins » issus d’autres matières que le raisin (miel fermenté par exemple).

    La calcination solaire
    C’est un procédé classique en alchimie dont on trouve des éléments précis dans le livre d’Ezéchiel et qui est resté longtemps secret (merci Stéphane Barillet pour l’avoir offert au public). C’est, dans le principe, un procédé comparable au précédent mais qui n’utilise qu’une opération : la calcination solaire au moyen d’une loupe ou d’une parabole. Le Sel de la plante ainsi calcinée finit par se coaguler en une pierre insoluble dans l’eau ou dans l’alcool et dont les vertus sont surpuissantes. La dilution hahnemannienne est une solution pour la rendre assimilable sans danger.
    Je ne connais pas d’exemple d’applications thérapeutiques spagyriques de ce travail avec des plantes avant mes propres travaux. Mon SelSol Rosa est fait selon ce procédé.

    Le procédé du Docteur Zimpell
    Je n’ai jamais pratiqué ce procédé et je n’ai pas beaucoup d’informations cohérentes à son propos. Vous trouverez dans cet article (http://www.atelier-spagyrie.ch/blog/spagyrie-medecines-alchimiques/une-methode-de-spagyrie-allemande.html) un exemple de ce travail qui consiste en une fermentation de plante dans l’eau. On est supposé extraire un peu d’alcool de cette fermentation (alors que la fermentation alcoolique ne peut se réaliser qu’en présence de sucre et de levures - naturelles de préférences -) qui sera notre Mercure.
    Les laboratoires allemands modernes tels que Phylack prétendent utiliser ce procédé en précisant qu’ils ne rajoutent pas de sucre ni de levures. Cette précision laisse à penser que l’ajout de sucre et - dans une moindre mesure - de levures est presque incontournable pour obtenir une fermentation alcoolique. Le résultat normal d’une simple fermentation de plante dans l’eau est un purin.
    Quelques amis spagyristes, dont Max Léglise, ont essayé cette méthode sans grand succès.
    Je pense que beaucoup de laboratoires qui ont un temps travaillé sur le procédé du Dr. Zimpell pratiquent maintenant le procédé Teinture/Sel présenté plus haut. Une étude de la vie du Dr. Zimpell permettrait sans doute de mieux comprendre les tenants et les aboutissants de ce procédé célèbre outre-Rhin.

    Il existe d’autre procédés de fabrications, tous issus de la méthode académique présentée dans la première partie de ces articles, et tous adaptés aux besoins des amateurs ou des fabricants. Ainsi l’alchimie reste créative et œuvre d’artistes qui savent s’approprier les principes alchimiques et qui savent comprendre et imiter la nature. Ce serait une grave erreur que de réduire la spagyrie à un procédé. L’élixir spagyrique est finalement l’œuvre d’un spagyriste et d’un alchimiste et non un travail effectué selon un protocole fixé par quelque cahier des charges issue d’une réunion de professionnels soucieux de garder un marché qu’ils croient posséder…

    J’aborderai dans un article suivant les possibilités de la spagyrie dans différents domaines professionnels liés en général à l’herboristerie et à la transformation des PPAM (Plantes à Parfums, Aromatiques et Médicinales) parce que je crois que la rencontre entre les métiers de cultures et transformations de plantes médicinales et l’alchimie devrait être profitable aux uns comme aux autres.
    Nous verrons également d'autres procédés développés par les spagyriques post-paracelsiens et les auteurs rosicruciens.

         Matthieu Frécon, Bruxelles Octobre 2018

     

  • Alcoolatures, teintures, élixirs ou liqueurs, quel alcool choisir ?

    Alcoolatures, teintures, élixirs ou liqueurs, quel alcool choisir ?

    Si vous faites des alcoolatures, ou des teintures mères, des élixirs ou des liqueurs &c… vous aurez certainement une attention développée pour la qualité des plantes utilisées dans vos recettes, ainsi que la qualité du processus de fabrication afin de respecter au mieux le potentiel des plantes, leur vitalité &c… vous pourrez choisir de faire vos cueillettes un jour et une heure favorable, couper ou broyer vos plantes avec du matériel adéquat (pas de fer, pas de chaleur…)… vos lieux de séchage ou de stockage seront peut-être soigneusement étudiés selon les principes qui vous tiennent à cœur (matériaux naturels, géobiologie &c…). Et puis viendra le moment où vous plongerez vos plantes dans… l’alcool.
    Et c’est là que, désemparé, la question de la qualité de l’alcool se limitera à son degré et à une éventuelle mention « bio »…
    Pourquoi tout à coup l’attention de tous les instants que vous portiez à chaque étape du travail se voit bornée à accepter l’idée d’utiliser un produit chimique d’origine industriel ?
    Et bien, parce que l’on a rarement le choix, et que l’on a pris l’habitude de fermer les yeux sur ce détail.
    L’alcool, un détail ?
    Voyons un peu le point de vue de l’alchimiste sur ce qu’est véritablement l’alcool et le rôle qu’il joue dans une préparation.
    En spagyrie (la branche de l’alchimie appliquée à la santé), l’alcool est utilisé comme un « Mercure ». C’est le principe qui supporte la vie dans le règne végétal. C’est cette vie qui mettra en lumière le caractère des plantes mises en œuvre dans la préparation. L’alcool est d’ailleurs issue de la fermentation du sucre, et la fermentation, processus de décomposition et donc lié à la mort, est la clé qui ouvre la porte de la vie. L’alcool, notre « Mercure », est donc le support de la vie, c’est lui qui va contenir et préserver la vie dans notre préparation. L’alcool est dit « philosophique » (ami, ou proche, de la Sagesse créatrice et réparatrice de l’existence) lorsque qu’il subit diverses distillations sous l’effet de « Feux secrets » (ce sont des éléments qui sont à l’origine de la création du monde, la lumière solaire ou les champs magnétiques en font parties).
    Il est évident qu’un alcool issue de la distillation maison d’un vin ou de fruits naturels (sans soufre &c…) sera beaucoup plus adéquat à transmettre la vie qu’un alcool d’origine industriel distillé dans une usine manipulée par des gens sans amour ni conscience de ces aspects. Le fait qu’il soit « chimiquement pur » est d’un intérêt plus que secondaire (la vie est-elle chimiquement pure ?) voire totalement inutile. Cette attention à l’analyse chimique n’est pas traditionnelle (Hahnemann parle bien d’utiliser de l’esprit de vin, mais il s’agit bien de celui du bouilleur de cru et non celui de Prolabo ou d’Alcoosuisse qui n’existaient pas), et il n’est jamais indispensable d’avoir de l’alcool « neutre » (c’est à dire dénaturé de tout arôme ou toute sensibilité) à 96 %.
    Alors pourquoi cette négligence généralisé quand à l’exigence de la qualité de l’alcool de nos préparations ?
    Et bien tout simplement parce qu’il n’est pas facile de trouver un alcool de bonne qualité et du coup, on à pris l’habitude de considérer cet aspect de la préparation comme secondaire. C’est devenu un acquis culturel.
    Alors comment faire ? (vous trouverez ici le lien vers un article que j’ai écrit pour expliquer comment faire son propre alcool maison).
    La première chose à réaliser est que la plupart des recettes ou des procédés se basent sur le seul alcool disponible de façon courante : l’alcool « neutre » à 90 % ou 96 % sans qu’il y ait de nécessité à cela. Exemple déjà cité : Hahnemann ne décrit pas la fabrication de ses teintures mères dans un alcool de ce titre, qui d’ailleurs n’était pas accessible aux pharmaciens de son époque (XVIII° siècle). Hahnemann utilisait un esprit de vin de fort degré (vers 80 %) distillé par les artisans de son époque. Pour les alcoolatures, c’est la même chose : la plupart du temps, un esprit (alcool) à 70 % est suffisant. Pour les liqueurs et spiritueux, il suffit de changer les pourcentage d’eau et l’alcool pour arriver à la même dilution finale (en général entre 35 % et 50 %).
    Donc, ne vous inquiétez pas si vous n’arrivez pas à trouver un alcool artisanal ou amateur qui titre plus que 80 % : c’est juste que ça n’existe quasiment pas et qu’il est donc bien naturel de passer outre cette exigence moderne.
    Au contraire, il est bien plus utile de se focaliser sur la qualité énergétique de l’alcool que de rechercher du titre et de la pureté chimique.
    J’ai souvent fait mes préparations avec de l’alcool de bouilleur de cru distillés avec des alambics en cuivre (à 50 % la plupart du temps), parfois redistillé par mes soins (au soleil, à basse température, dans de bonnes conditions énergétiques).
    Les recettes pourront parfois être adaptées pour coller avec des procédés plus simples et des performances moins quantitatives, mais finalement, c’est la vie qui est comme ça !

    La qualité énergétique de l’alcool d’un spiritueux se traduit par la qualité de l’ivresse et de la digestion, celle d’un remède, par la discrétion dans l’efficacité de son action (bon équilibre puissance/douceur).

    J’espère vous avoir transmis l’importance d’avoir un bon esprit pour vos préparations !

    Matthieu Frécon, Août 2018

  • Entretien video avec Matthieu Frécon et Yann Leray

    Une jolie discussion avec mon ami Yann Leray, animé par Jean-Claude Pascal :
     

    Jean claude pascal matthieu et yann

    https://www.youtube.com/watch?v=X9aUIdZHg20&feature=share

     

  • Les vertus des élixirs végétaux

    Les vertus des élixirs végétaux

    Quelles sont les vertus des plantes dans le cadre de la médecine spagyrique ?

    La question est récurrente et intéressante. La première chose qui permet une ébauche de réponse est de considérer que le spagyriste est, ou devrait-être selon moi, un alchimiste. L’alchimiste n’est pas d’abord un thérapeute à proprement parlé bien que la plupart le deviennent d’une façon où d’une autre, et l’essentiel de son travail est une restauration de l’état d’origine des êtres. L’emblème de son travail, le Grand-Œuvre est couramment appelé « médecine », médecine universelle dans le meilleurs des cas, mais on connait aussi des médecines métalliques ou des médecines humaines…

    Le principe fondamental de l’alchimie est la conception unitaire de la création. L’alchimiste considère que l’ensemble de l’existence, l’ensemble du monde, est une « création », principe féminin qui est crée par un « créateur », principe masculin. Nous avons ici le binôme primordial qui correspond aux deux principes Soufre (créateur) et Mercure (créature) de l’alchimie pré-paracelcienne (attention à la confusion avec les 3 principes paracelsiens Sel/Soufre/Mercure qui ont un sens tout différent).
    L’alchimie considère que toute la création est issue de ce principe créateur unique, et le but du travail alchimique est de capturer cette énergie créatrice sous une forme fixe : la Pierre Philosophale.

    À partir de là, il apparait évident que plus l’énergie captée sera proche de l’origine, plus son spectre d’effets sera large alors que si cette énergie est captée dans une matière déjà spécifiée, une plante par exemple, son spectre d’action dépendra du caractère de la plante utilisée.
    L’élixir d’une plante aura donc un effet dépendant du niveau où l’énergie créatrice aura été captée. De ce niveau dépendra donc sa relative universalité ainsi que sa puissance.
    La technique utilisée pour la confection de l’élixir sera évidemment déterminante, et les goûts et préférences de l’alchimiste (qui s’exprimeront mieux dans une technique qu’une autre, selon qu’il ait un tempérament plutôt Feu ou plutôt Eau par exemple) auront également un impact important sur le résultat. Cela revient à insister sur la qualité « alchimique » du fabricant d’élixirs spagyriques. Chaque alchimiste donnera une couleur particulière à ses créations selon son âme propre.
    Un autre aspect important compte dans la nature des effets des élixirs spagyriques est que les plantes sont comme nous : elles ont de multiples ressources et ne peuvent être limités à une gamme d’effets connues comme par exemple lorsqu’elles sont utilisées dans le cadre de la phytothérapie, ou de l’aromathérapie par exemples.

    Des tous ces points, il apparait que l’effet d’un élixir spagyrique d’Absinthe ou de Millertuis par exemples, dépendra de la relation qui existera entre l’alchimiste et la plante, et éventuellement avec le malade. Les élixirs spagyriques sont relativement « interactifs » et les plantes proposent des soins particuliers adaptés selon cette triade plante/alchimiste/patient avec quand même des invariantes fréquentes du genre : la rose propose l’amour universel indifférencié (donc la libération), l’absinthe guidera vers un meilleur contact avec la nature, donc la féminité, avec un effet physique de décongestion au niveau digestif, ou génital (pour les femmes dans ce deuxième cas), &c…
    Mais mes exemples proviennent de ma propre expérience et sont donc largement colorés par ma personnalité et la relation que j’entretiens avec ces plantes, ainsi que par la technique que j’emploie, et les travaux d’autres alchimistes proposeront sans doute des effets différents.
    Vivianne le Moullec par exemple propose dans son merveilleux livre « Les élixirs floraux de Vivianne » une liste d’élixirs élaborés pour régler des problèmes particuliers qu’elle liste en détail et qui est relativement proche de l’utilisation classique des plantes (tisanerie, teintures-mères…). Les paracelsiens donnent d’autres systèmes thérapeutiques, plus symboliques comme les tempéraments, les correspondances et attributions planétaires &… Je vous propose de découvrir vous-même dans votre travail spagyrico-alchimique ce que les plantes ont à vous proposer, à vous, et ainsi de développer votre propre médecine spagyrique pour vous-même, puis éventuellement pour vos proches.

    La règle à observer dans cette aventure est que le travail est d’abord une quête personnelle avant que d’être une technique utilitaire. Le principe de base est l’origine unitaire du monde et le but est la restauration de cet état unitaire harmonieux.
    Le reste est technique et recettes de cuisine, ce qui mérite quand-même un peu d’attention.

    La médecine alchimique est une merveilleuse aide pour la santé du corps et de l’âme.

    Matthieu Frécon, Juillet 2018

  • Un hommage à Paracelse, 1° partie

    Quelques mots en hommage à Paracelse

    1° partie, Le décor

    Paracelse est l’un de ces pénibles qui ne respectent rien… il n’en n’a toujours fait qu’à sa tête : jamais de concessions, jamais de courbettes, jamais de justifications. Après le scandale, on finit par le comprendre, mais c’est trop tard : Paracelse est déjà ailleurs, on ne peut le suivre…
    Alors que peut-il rester du Docteur Helvétius dont on sait si peu de choses que même le nom qu’on lui attribue n’est peut-être pas celui qu’il s’est lui-même choisi… (dates probables : Suisse allemande, 1493-1541)
    C’est là une bonne question ! que peut-on conserver d’un iconoclaste pareil (iconoclaste, celui qui détruit les icônes) ?
    Paracelse a beaucoup travaillé, il ne s’est jamais posé (son sale caractère le rendait vite insupportable aux notables, il fallait souvent fuir). C’est le genre à toujours rater ses examens à cause de son caractère insubordonné, à toujours rester en marge… Ce n’est pas Paracelse le « plus haut que Celse » le médecin romain classique, que ses amis aurait du le surnommer, mais Paraclite : celui qui est au-dessus des choses, des choses entendues, des objets du culte… Paraclite, c’est le Sauveur, mais le Sauveur que l’on ne peut suivre sans tout quitter, même le maitre lui-même…
    Ce qui caractérise Paracelse (sacrifions à la tradition qui le nomme ainsi), c’est justement l’abandon et le désintérêt pour les connaissances solides, celles qui soutiennent la docte et inébranlable tradition. Paracelse préfère sa seule expérience aux acquis traditionnels. Cette expérience, il a acquise auprès de son seul maitre, ou sa seule maitresse pour être plus exacte : la Nature. L’observation de la nature guide sa méthode, son expérience confirme et le courage ne doit pas manquer, les larmes non plus sans doute.
    A sa disparition, un notable salua la mort du personnage le plus immonde de son temps. Tiens, c’est aussi ce que Churchill dira de Crowley (Grande-Bretagne 1875-1947) à sa mort. Crowley, cet autre iconoclaste s’il en est, qui bouleversera lui aussi son temps sans que l’on sache vraiment ce que l’on peut en faire (rien en fait, Crowley et Paracelse sont comme deux comètes, ou comme un vol d’oies sauvage que l’on voit passer dans le ciel : que peut-on en faire ? partir soi aussi certes, mais pas pour les suivre…). Que peut-on faire de Paracelse ou de Crowley ? pas évident de répondre… mais ce que je sais, c’est qu’après Paracelse, comme après Crowley, rien ne sera plus comme avant…

    Paracelse est né en Suisse alémanique, d’un père médecin, très probablement alchimiste, et certainement plein d’attention pour son rejeton qui en parle avec beaucoup d’affection. Le pater avait apparemment un caractère tranquille et bienveillant, ce qui n’est pas négligeable quand on est enfant. Parmi ses maitres, et après son père, Paracelse aura la chance de rencontrer l’Abbé Trithème (1462-1516) qui était un très important hermétiste et fort versé dans la Kabbale, l’Alchimie, et la magie. Paracelse n’oubliera jamais de bien garder ces sciences secrètes dans sa sacoche de médecin et Giordano Bruno (Italie, 1548-1600) dira de lui « qu’il est le premier qui ait de nouveau considéré la médecine comme une philosophie ». À propos de Paracelse médecin, il faut préciser qu’il n’a probablement jamais eu son diplôme. À l ’époque, les médecins avaient la science, établissaient le diagnostic, et c’est le chirurgien, ou le barbier, qui opérait (aujourd’hui, on a les médecins, et les pharmaciens). Il n’était pas pensable pour le médecin de mettre la main à la pâte, et pas possible pour le chirurgien d’accéder à la connaissance médicale… Paracelse qui avait tant opéré dans les armées n’hésitait pas à enseigner aux chirurgiens. Paracelse pratiquait donc la plupart du temps illégalement la médecine et la pharmacie et, comme tous ceux qui ce sont distingués dans ce périlleux exercice, sa vie fût compliquée et il mourut jeune.

    Quel est la doctrine de Paracelse ?
    Et bien, c’est là que ça se complique… Paracelse n’est pas un écrivain très méthodique, en tous cas, pas facile… On ne peut pourtant pas dire qu’il ne fût pas un excellent pédagogue si l’on constate le nombre de ces disciples enthousiastes et créatifs. Et pourtant les pratiques de ces élèves et suiveurs semblent fort éloignées de ce que les livres du maitre laissent imaginer du décor paracelsien. La Spagyrie, cette branche de l’Alchimie explicitement dédiée à la santé, fut formalisée par les générations de paracelsiens des siècles suivants (Dorne, Rumelio, les rosicruciens &c…).
    En fait, ce que l’on peut retenir de l’enseignement de Paracelse sont surtout des principes, des lois naturelles formulées, et un encouragement pour approfondir sa science. La plupart des recettes et beaucoup de ses écrits sont apocryphes, l’héritage réel de Paracelse est peut-être finalement assez austère.
    Ce que je retiens de l’héritage de Paracelse est un rappel que « l’Alchimie ne sert pas à faire de l’or, mais à guérir les maladies ». Une évidence, si l’on regarde la profession commune à la plupart des alchimistes qui furent presque tous médecins, une évidence oubliée… Ce que je retiens aussi, c’est la pluralité des pratiques, des méthodes, des matières employées, des procédés (magiques, chimiques, tout à la fois souvent…), c’est aussi la connaissance de la botanique, de la métallurgie, de l’astrologie, la magie naturelle et kabbalistique…
    La littérature alchimique n’aura pas beaucoup d’adeptes qui, comme Paracelse, proposeront autant de voies possibles…
    Les suiveurs, les spagyristes, se borneront à établir un système thérapeutique plus ou moins fixé pour donner un sens à la santé et à la maladie, qui guidera le choix de la matière médicale (matières premières, végétales souvent) et les procédés de fabrication des remèdes, n’y voyez pas de critique à leur égard : j’en suis.
    On distingue aujourd’hui de nombreux procédés de fabrication de remèdes spagyriques qui sont en général basés sur les principes de séparation du simple (la plante) en ses trois principes paracelsiens : Soufre, Mercure, et Sel. Ces trois principes sont alors purifiés pour être ensuite réunis sous la forme d’élixir ou de pierre végétale. Mais il existe aussi d’autres travaux qui utilisent le sel ou la rosée par exemple.
    Mais il n’y a pas que la Spagyrie qui peut se revendiquer de l’héritage du turbulent et créatif médecin maudit… En fait, l’étude de Paracelse était généralisé parmi les médecins germanophones dans siècles suivants sa mort et par exemple, au XVIII°, un certain Samuel Hahnemann sera très inspiré par ses principes pour poser les bases de sa nouvelle médecine, l’homéopathie. D’ailleurs homéopathie et spagyrie se côtoieront beaucoup dans l’école spagyrique allemande du XX°s., chez Alexandre Von Bernus par exemple (laboratoire Soluna). J’en profite pour glisser l’idée qui m’est chère que l’homéopathie est un outil très précieux pour l’alchimiste, qu’il soit médecin ou bien simple anachorète.

    Plusieurs pistes restent à suivre pour compléter cette très courte présentation du personnage, par exemple une étude bio-bibliographique complète, ainsi qu’une synthèse détaillée de son enseignement avec les références à ses ouvrages, ou encore un rappel des principes les plus importants de sa pensée avec des citations choisies…
    Sur le plan biographique, l’un des seuls ouvrages vraiment sérieux qui peut guider le jeune paracelsien est peut-être le « Paracelse, Introduction à la médecine philosophique de la renaissance » par Walter Pagel (Arthaud 1963).
    De paracelse lui-même, c’est peut-être ses « Œuvres médico-chimiques » (Arche Milano 1990) qui seront les plus utiles et les plus abordables pour commencer, mais son œuvre commence enfin à être publié en français de façon intelligible.
    Pour ce qui est de la spagyrie, citons (en français) de Rumelio « La médecine spagyrique », des rosicruciens allemands du XVII° « La Chaine d’Or d’Homère » (autrement nommée « Nature Dévoilée »), de Frater Albertus « Le manuel de l’Alchimiste », les cours de spagirie des Philosophes de la Nature (LPN) sur le site de Portae Lucis ou sur mon site www.gouttelettes-de-rosee.ch , ou mes propres articles sur mon site www.atelier-spagyrie.ch qui propose une biographie plus étoffée avec pas mal de théorie et de pratique.

    À suivre…

    Matthieu Frécon, Février 2018

    PS. Une étude reste à faire sur l’influence très importante de Paracelse sur Rabelais (France, 1483 ou 1494-1553), lui aussi médecin philosophe (alchimiste). Rabelais qui appelais son ainé « Le divin Théophraste, toujours ivre et toujours lucide… ».

     

     

  • La médecine alchimique

    La médecine alchimique

    L'alchimie est connue pour être la science de la Pierre Philosophale.
    L'alchimiste travaille à l'élaboration de cette "pierre", souvent de diverses façons, avec des buts et des résultats divers, c'est au moins ce que nous enseigne l'histoire de l'alchimie.
    Tentons une définition de cette "Pierre Philosophale", notre définition dans ces pages.
    Une Pierre Philosophale est… une pierre. C'est à dire une chose fixe, stable, et non une énergie volatile et insaisissable. Elle est philosophale, c'est à dire amie de la Sagesse, la Sophia, qui est l'énergie créatrice ou régénératrice de l'existence.
    C'est donc cette énergie primordiale qui anime et répare l'existence qui se trouve fixée dans un support que l'on appelle la Pierre Philosophale. Ce support peut être solide avec un aspect minéral, ou liquide, liquoreux. Une pierre de rose

    Plus la Pierre est Philosophale, plus elle est proche de cette énergie créatrice originelle, et donc surpuissante.
    Il y a donc différentes sortes sortes de pierres, qui sont plus ou moins puissantes, et donc plus ou moins utilisables.
    C'est là qu'intervient l'art thérapeutique qui saura adapter une médecine plus ou moins puissante et universelle, ou au contraire plus faible et spécifiée à un besoin donné, mais plus facilement assimilable (c'est l'axiome de Paracelse qui explique qu'un poison peut-être un remède ou un remède devenir poison selon son dosage).

    Les alchimistes considèrent que toutes choses dans l'existence ont une origine commune. L'énergie qui en est l'origine est donc simple et dans l'idéal la médecine sera elle aussi, simple. Mais de même que les rayons du soleil ne nous sont bénéfiques qu'après avoir été filtrés et réduits par l'atmosphère, la pierre qui contient cette énergie ne sera bénéfique qu'après avoir été rendue assimilable, en général par des dilutions plus ou moins soignées (toujours le dosage de Paracelse).

    La guérison d'une maladie, ou la guérison de l'être total, au sens de guérison universelle que l'on appelle parfois initiation, n'est pas possible sans obliger le sujet à une certaine transformation. Ces transformations sont toujours désagréables, et parfois insupportables. Il est donc nécessaire de trouver un bon équilibre entre la douceur et la puissance de la pierre rendue assimilable par l'ultime étape de sa fabrication, l'ouverture (la dilution). De plus, les différents procédés sont plus ou moins adaptés à la personnalité de chacun, ce qui encourage l'alchimiste à trouver la voie qui semble le mieux lui convenir, ou quand il travaille dans un but thérapeutique (pour faire des remèdes), adapter ses élixirs (élixir est un mot d'origine arabe qui signifie "La Pierre") en fonctions des besoins et des demandes.

    Dans la définition que j'ai proposé de la Pierre Philosophale, on voit que tout ce qui contient l'énergie créatrice universelle dans une proportion plus ou moins importante est une pierre philosophale, plus ou moins puissante. C'est une définition très large, qui nous sert de principe.
    À celle-ci, on peut rajouter ce que la tradition nous apprend des caractéristiques de cette pierre au cours de sa fabrication ou dans son état réalisé.
    Par exemple, Paracelse nous dit à plusieurs reprises qu'il a donné cette pierre à ses patients. Il rapporte une guérison qu'il a opéré sur une vieille femme moribonde qui, après ingestion, aurait retrouvé sa jeunesse avec une régénération complète de son corps avec cheveux, ongles, et dents neuves, et le retour de ses règles. Il n'oublie pas de préciser que cette régénération a causé de grandes souffrances à la patiente. Paracelse dit aussi qu'il ne faut pas donner une telle Pierre à une femme enceinte qui accoucherait immédiatement, quel que soit le terme. Des livres classiques tels que le Mutus Liber, ou Cabala Mineralis (image ci-contre) illustrent bien les difficultés de l'alchimiste qui a absorbé cette pierre pour sa régénération.
    C'est là que l'on se rappelle que la médecine alchimique doit être dosée et adaptée aux besoins.Regeneration cabala mineralis

    Spagyrie
    On se souvient que la définition que j'ai donné de la Spagyrie, et qui la distingue de l'alchimie proprement dite, est le fait que la spagyrie est un travail plutôt orienté vers la médecine au sens commun du terme (guérison des malades), en opposition à la recherche alchimique pure qui est plutôt une recherche personnelle. Cette définition comme toutes les définitions en alchimie est partielle et partiale et servira notre cheminement sans vouloir s'imposer en dehors du cadre de ce site.

    Actuellement la médecine alchimique, ou spagyrie donc, a plusieurs formes, et utilise de nombreux procédés qui sont surtout issus des travaux des disciples de Paracelse (Rumélio, Dorne… et plus tard, Alexandre Von Bernus et ses élèves). Mais tout procédé qui mène à une pierre philosophale plus ou moins puissante, plus ou moins spécifiée, fait partie du panel de remèdes utiles.

    En alchimie, on considère 3 règnes (animal, végétal, et minéral), plus un quatrième "règne" que l'on appelle universel qui concerne ce qui vient du ciel et qui ne s'est pas encore spécifié en végétal, animal, ou minéral : pluie, rosée, lumière solaire ou lunaire, foudre, électromagnétisme…
    La spagyrie moderne travaille surtout avec le règne végétal, qui est le plus agréable, le plus doux et qui nous donne toujours belles satisfactions. Mais les médecines les plus puissantes conjuguent souvent l'un des trois règnes avec des éléments de l'universel, que l'on appellent parfois "feux secrets" parce que leur influence est à l'origine de la maturation des végétaux (ou minéraux ou animaux).
    J'ai une préférence pour ces voies mixtes qui utilisent le caractère des végétaux, qui nous correspond bien, caractère qui est régénéré et sublimé par la vie universelle qui nourrit l'existence (l'influence solaire, la rosée…).
    Les voies qui n'utilisent que les végétaux sont parfois faibles et les voies qui n'utilisent que l'universel sont souvent difficile à gérer au niveau de la puissance ou de la direction (pour soigner une maladie particulière par exemple). Les voies mixtes permettent un bon rapport entre leur efficacité (puissance) et leur douceur (assimilation).

    Il existe pourtant un magnifique exemple de remède universel que chacun peut faire quotidiennement et qui offre un parfait équilibre entre la douceur et la puissance (de régénération), c'est le Petit élixir solaire de Stéphane Barillet (qui est un grand pédagogue de l'alchimie). C'est une petite pratique que l'on peut faire quotidiennement, et les effets se feront sentir avec une telle douceur que l'on réalisera après coup les bienfaits qu'il nous aura apporté (donc sans effets secondaires désagréables - sauf peut-être une légère diarrhée si vous en abusez et qui est le signe d'un bon nettoyage du foie). Ce travail sans peine peut être développé pour atteindre des résultats qui font honneurs aux plus belles prétentions de l'alchimie, mais je conseille très fortement à tous de ne pas se priver de la version light présentée ici et qui, l'air de rien, est un excellent soutient pour la santé et le moral. J'encourage ceux qui pratiquent ce petit travail à ne pas l'abandonner tel qu'il est même s'ils le développent selon leur inspiration ou leur connaissances alchimiques - le mieux est l'ennemi du bien.

    Spagyrie et phytothérapie
    La spagyrie telle que les officines de droguistes nous la présente est souvent une forme développée de la phytothérapie laquelle vient de la connaissance traditionnelle expérimentale des effets des plantes sur la santé sous forme de tisane, alcoolats &c…
    Dans ce cadre, la spagyrie offre une méthode de préparation des plantes qui sera supposée augmenter leur efficacité par rapport à la méthode de simple macération alcoolique (teintures mères). L'attribution des effets thérapeutiques, et toute la conception thérapeutique de la santé et de la guérison sera plus ou moins identique à la pratique de la phytothérapie. Cette médecine spagyrique comporte un grand nombre de remèdes, plus ou moins un remède pour chaque maux (je généralise).
    Il est évident que si cette forme de spagyrie a prouvé son efficacité, ce mariage avec la phytothérapie l'a beaucoup éloigné du travail alchimique qui tend vers une médecine universelle. Ma remarque n'enlève rien à l'intérêt de cette spagyrie moderne, mais il faut se souvenir des principes fondamentaux qui sont à l'origine de l'alchimie et de la spagyrie, et se souvenir en même temps qu'il existe d'autres façons de concevoir l'existence que la vision classique hérité de la phytothérapie, et par là, la santé et la maladie avec sa guérison.
    Cette spagyrie est en quelque sorte une technique particulière de fabrication des remèdes qui se calque plus ou moins sur une médecine déjà existante (la phytotérapie).

    Spagyrie et hermétisme
    L'hermétisme est une philosophie antique dont Hermès est le père symbolique, et qui est définie dans le corpus hermétique publié sous ce nom. La table d'émeraude donnée dans la page "Qu'est-ce que l'alchimie ?" de ce site (ici) en fait partie.
    À la renaissance, l'hermétisme traite de trois matières qui sont : l'alchimie, la kabbale, et la magie naturelle. L'alchimie permet de faire des remèdes (et la Pierre) à partir d'éléments de la nature, la magie naturelle permet de mettre en œuvre les forces invisibles, et la kabbale (kabbale hermétique, chrétienne, qui est assez différente de la kabbale juive) nous enseigne l'art des mathématiques sacrée.
    L'hermétiste préparera donc ses remèdes alchimiques en fonction de sa kabbale (influences et attributions planétaires), qu'il animera de sa compréhension des lois de la nature et de sa connaissance de la magie naturelle.
    La principale application de ce système de pensée est la fabrication d'élixirs en fonction non pas des vertus phytothérapeutiques des plantes, mais de leurs attributions planétaires. En effet, on attribue une planète à chaque plante, minéral, &c… Ceci fait que si par exemple le millepertuis, l'or, et le caractère dépressif, ont la même attribution planétaire (le Soleil), ils auront une relation et l'un pourra soutenir l'autre.
    Dans ce cadre, l'hermétiste commence par fabriquer 7 élixirs végétaux planétaires qu'il absorbera chaque jour en fonction de la planète dominante (Soleil le dimanche, Lune le lundi, Mars le mardi &c…) pour équilibrer les énergies en lui.
    Ce système à l'avantage d'obliger l'alchimiste à fabriquer et expérimenter plusieurs élixirs spagyriques végétaux, mais il n'est pas très adapté pour soigner une grippe par exemple…
    L'hermétisme ne se limite pas à la théorie des signatures et des correspondances (les attributions planétaires donc), mais a aussi développé une certaine façon de voir la nature. Cette façon de voir les choses permet également de voir la vie, la santé, la maladie et la guérison d'un autre œil et ainsi d'avoir une certaine efficacité qu'il ne faut pas négliger.

    La matière médicale
    Il apparait avec les quelques exemples donnés plus haut qu'il y a plusieurs façons de considérer le sens de la vie, de la santé, de la maladie, et de développer une médecine qui nous convient.
    Il apparait donc aussi que les plantes, qui sont nos principales partenaires dans la médecine spagyrique n'ont pas une vertu donnée, mais qu'elles peuvent nous offrirent beaucoup de solutions selon le contexte thérapeutique, de la même façon que nous avons aussi chacun de multiples compétences selon le contexte (par exemple, en ces pages je suis alchimiste et pédagogue, mais avec ma fille je suis père et avec mes collègues musiciens je suis musicien…). Les vertus thérapeutiques des plantes prendront un sens avec le système thérapeutique que vous choisirez, ou que vous inventerez.
    Ainsi, la même plante aidera à guérir des maladies différentes selon qu'elle sert dans un contexte de phytothérapie, ou d'homéopathie, de fleurs de Bach, ou autre…
    Mais la référence classique en spagyrie reste souvent les attributions médicinales des plantes en phytothérapie.

    Personnellement, je ne m'intègre pas facilement dans cette pensée, j'ai une conception de la vie et de la santé plus proche de l'alchimie classique et inspirée par mon expérience personnelle de l'alchimie et je développe des remèdes plus universels, qui servent un large faisceau de guérison. Img 0097
    Le principe qui m'anime est que les forces vitales qui nous font vivre peuvent être régénérées ce qui suffit à donner au corps l'impulsion pour provoquer la guérison. Le choix de telle ou telle préparation sera dictée par le type de problème à résoudre, mais d'une façon assez large. Par exemple, une préparation qui favorise un bon fonctionnement des glandes et du système hormonal aidera tout autant à la régulation de la thyroïde qu'aux désagréments de la ménopause (et aussi à calmer les maux de têtes, et à se débarrasser des virus à cycles court comme les virus de la grippe, de la gastro &c…). C'est souvent le  mode de fabrication tout autant que les ingrédients qui oriente les multiples effets du remède.
    Je propose donc un faible choix de préparations qui serviront à aider à résoudre la plupart des problèmes connus, avec des succès divers puisqu'un remède ne peut qu'aider le malade à se soigner lui-même (mais il doit tout faire pour que le malade se sente en bonne condition pour guérir).

    Pour répondre aux questions éventuelles, je distribue ces préparations non sous forme de médicaments puisque je ne suis ni un préparateur de médicaments ni un thérapeute autorisé, mais sous forme de spiritueux ou de compléments alimentaires qui n'ont pas de prétentions médicales (ce qui est réservé aux médicaments), mais participent au bien-être général avec quelques vertus particulières à chacun d'eux.
    J'enseigne aussi la philosophie et la pratique de ce type de travail spagyrique pour que chacun puisse fabriquer ses propres élixirs, et ainsi contribuer au développement de l'Art alchimique de guérir.

    Vous trouverez en ces pages d'autres ressources qui vous permettrons d'aborder et de vous initier à cette pratique passionnante et salutaire qu'est la médecine alchimique.

     

    Matthieu Frécon, Décembre 2017



    Les 4 elixirs

     

     

  • L'esprit-de-vin en Spagyrie

    L'esprit-de-vin en Spagyrie

    L'un de mes correspondants me demande comment faire un esprit-de-vin à 96° pour ses travaux spagyriques. La question est récurrente, c'est l'occasion d'un article.

    D'où vient cette quête de l'alcool pur, ou presque ?
    Je pense que si les anciens spagyristes, savaient distiller des forts degrés, mes recherches de distillateurs me l'ont confirmées, en revanche, la plupart des travaux courants nécessitant de l'esprit-de-vin se faisaient avec des alcools de degrés accessibles à tous les distillateurs, entre 50° et 75°.
    De même, les médecines naturelles issues ou non de la spagyrie telles que l'homéopathie, les élixirs floraux de Bach, la liquoristerie ou la phytothérapie, ne demandent pas d'alcool au-delà de 80°.

    Personnellement, je n'ai jamais besoin de distiller mes alcools au-delà de 75° pour mes préparations spagyriques ou alchimiques, à l'exception d'un ou deux travaux très spécifiques comme la fabrication de pierres spontanées dans de l'alcool carbonaté au soleil, mais c'est l'exception.
    Alors pourquoi les spagyristes débutants cherchent-ils cet alcool "pur" ?

    Lorsque j'ai fait mes premiers esprits aux Philosophes de la Nature (LPN), j'ai appris les bases de la distillation, distillation à repasse (fractionnée) pour les travaux courants, distillation carbonatée ou distillation sous vide pour les cracks du labo en quête d'alcool pur (96,5°).
    En ce temps-là, le labo alchimique tendait à ressembler à l'environnement technologique du labo de chimie. On était suréquipés et le matériel et les performances en terme de chiffres comptaient.

    L'avantage de cette situation était que l'on avait l'habitude de distiller plusieurs fois les mêmes produits (un bon esprit de vin était distillé au moins 7 fois). J'ai gardé cette habitude de redistiller et redistiller encore le même esprit, mais le but n'est pas l'augmentation du degré, mais une pureté acquise au cours de ces opérations renouvelées qui se manifeste par une odeur plus suave, et une sorte d'intimité qui se développe entre le distillateur et son distillat.
    Aujourd'hui, avec mes têtes-de-Maures et mes cornues (appareils simples s'il en est dont le refroidissement à air interdit tout excès de vitesse et toutes performances), je plafonne en général vers 75° et je trouve cela bien assez.
    Je connais aussi des spagyristes qui tout simplement ne distillent pas d'alcool (ce qui n'est pas bien !) mais qui utilisent de l'eau-de-vie des bouilleurs de cru des campagnes, une prune à 50° par exemple fera très bien leur affaire et ils ont raison : leur attention se concentrera sur d'autres étapes du processus.

    Maintenant, je vous propose de revenir un peu sur ce que représente l'alcool dans notre travail d'élaboration d'un élixir spagyrique, cela nous permettra de réaliser ce qui est important dans cet esprit et d'orienter le travail.

    Dans les pratiques classiques en spagyrie, on a aujourd'hui l'habitude d'utiliser l'alcool, généralement issue du vin, comme solvant pour extraire le caractère de la plante, son Soufre spagyrique.
    En fait, l'alcool est aussi un peu plus que cela puisque ce produit est le fruit de la fermentation du sucre produit par le végétal. La fermentation qui est si importante pour les alchimistes est un processus de décomposition, un processus de mort. Pendant le processus de mort et de décomposition, tous les éléments qui composaient l'être végétal sont séparés pour être ensuite recyclés. Pendant que les éléments matériels grossiers ou subtils sont "démontés", la vie du végétal va, elle aussi, en profiter pour se libérer pour refaire sa vie ailleurs en quelque sorte… Cette vie va se manifester sous différentes forme et nous la choisirons alors qu'elle est intimement liée au processus de production d'alcool. Cet alcool sera ensuite isolé par distillation avant que la décomposition puisse continuer son processus (l'alcool serait ensuite oxydé et transformé en vinaigre &c…).

    Cet alcool contient donc la Vie du végétal, et c'est ce qui nous intéresse. C'est que l'on appelle le Mercure spagyrique.
    Le travail de distillation philosophique, c'est à dire adapté à l'alchimie/spagyrie, sera orienté vers l'acquisition de cette vie, et non vers sa pureté chimique qui ne nous intéresse absolument pas en elle-même.
    Au contraire de la quête du fort degré, on préfèrera les techniques douces (lenteur, faibles températures, répétitions des opérations…) et on pensera aux conditions qui favorisent la vie (soleil &c…). On évitera absolument les matières premières industrielles ou non-bio, c'est aujourd'hui une évidence (donc exit l'alcool pur de pharmacie)…

    Pour la pratique de la distillation de l'esprit de vin, vous pouvez vous reporter à cet article : http://www.devenir-distillateur.com/blog/technique-de-distillation-des-alcools/la-distillation-de-l-esprit-de-vin.html , et puis à celui-ci : http://www.devenir-distillateur.com/blog/technique-de-distillation-des-alcools/on-ne-peut-plus-acheter-d-alcool-a-la-pharmacie-comment-faire.html , et enfin, plus adapté à la distillation des eaux-de-vies : http://www.devenir-distillateur.com/blog/technique-de-distillation-des-alcools/b-a-ba-de-la-distillation-a-repasse.html .

     

  • Les premiers flacons !

    Les voici ! Les premiers spagyriques de la distillerie sont en vente.

    Ce sont des travaux que je fais et partage depuis des années. Je pratique ces "spiritueux alchimiques" depuis une dizaine d'année et c'est la première fois que j'ai une structure qui me permet de les distribuer plus largement. Dans le cadre de notre nouvelle distillerie en Suisse (pour rappel, je suis un alchimiste-distillateur français installé dans le Valais en Suisse depuis fin 2016), je trouve une façon satisfaisante sur les plans légal et moral de distribuer mes préparations.

    [J'en profite pour faire une petite mise au point : Ces flacons sont préparés dans les règles de l'art du distillateur liquoriste. En vertu de quoi, il n'est pas question pour le vendeur de donner des conseils pour la santé ou une utilisation thérapeutique de ces spiritueux alchimiques… Mais ici, c'est en alchimiste amateur que je vous parle de ces élixirs. Ici, je ne vends pas, je ne prescris pas, je ne fais que rapporter l'expérience d'un amateur de médecines alchimiques… N'y voyez pas d'exercice illégal de quoique ce soit, on est entre amateurs !]

    Voici les premiers flacons vendus par Edelweiss Distillerie SARL :

    Les 4 elixirs

    Le Salutaire :
    C'est une longue fermentation de plantes sauvages, suivie d'imbibitions de teintures avant d'être diluées dans l'esprit-de-vin (bio & nature) de la distillerie.
    Cette élixir très précieux est réputé aider à sortir des grippes, gastros, otites… (virus). Quelques gouttes sur la langue 1 à 3 fois par jour pendant 1 à 3 jours seraient suffisants. Il semble aussi améliorer les problèmes hormonaux, particulièrement au niveau de la thyroïde. Quelques gouttes sur la langue 1 fois par semaine.

    Comme tous les spiritueux cet élixir est déconseillé aux femmes enceintes.
    Bien secouer le flacon avant usage.


    SelSol Rosa :
    C'est une pierre de rose obtenue par calcination solaire qui est diluée dans de l'alcool de rose et de l'eau de rose.
    C'est mon préféré. Cette fabrication alchimique particulière sublime le caractère de la Rose qui est l'amour inconditionnel. L'effet ressenti sera une libération des dépendances. Dépendance au tabac, dépendance affective &c… Une prise de quelques gouttes sur la langue peuvent suffire. Il n'est alors pas nécessaire d'en reprendre.

    Comme tous les spiritueux, et d'après Paracelse c'est aussi le cas pour la pierre des philosophes, cet élixir est fortement déconseillé aux femmes enceintes.
    Bien secouer le flacon avant usage.

     

    Élixir floral de Rose :
    Élaboré selon les principes du Dr. Bach avec ma rose préférée, Rosa Gallica, à la différence près que la rose est attachée à la surface de l'eau au lieu que l'on y mette les pétales de la fleur coupée. De plus, l'eau et l'alcool sont issue de la rose : eau-de-rose et alcool de rose.
    Cet élixir est une version "light" du SelSol Rosa, on peut en prendre quelques gouttes en cas de stress, de fatigue, déprime… La rose fait toujours du bien…

    Comme tous les spiritueux cet élixir est fortement déconseillé aux femmes enceintes.


    Élixir floral d'Absinthe :
    Toujours élaboré selon les principes du Dr. Bach avec l'absinthe sauvage de Sarreyer (elle pousse tout autour de la distillerie), préparée avec l'eau de la source voisine et l'esprit-de-vin (bio & nature) de la distillerie.

    Comme tous les spiritueux cet élixir est fortement déconseillé aux femmes enceintes.

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    Ces élixirs titrent 20 % d'alcool et sont commercialisés en flacons de 5 ml.

    Prix : Salutaire et SelSol Rosa : 17 CHF/15 € ; Les élixirs floraux : 12 CHF/11 € + port.
    Commandes : contactez matthieu@edelweiss-distillerie.ch

     

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    La distillerie prépare aussi des teintures de propolis (macération de propolis dans de l'alcool de miel), des huiles de soins & beauté (rose, lavande, millepertuis), et de la poudre à dent (un dentifrice en poudre).

    Et les spiritueux ? les vrais qui se dégustent au verre (sans compte-gouttes !) ?  Et bien… C'est pour bientôt (Absinthes, gin du Valais, Génépis, eaux-de-vie de fruits) !

     

    Les cosmetiques

  • Qu'est-ce que l'Alchimie ?

    Qu'est-ce que l'Alchimie ?

    Il n'est pas facile de répondre simplement à cette question… c'est un peu comme "Qu'est-ce que l'art ?", ou "qu'est-ce que l'amour ?"… L'alchimie est un ensemble de connaissances et de pratiques disparates que l'on retrouvent à des époques et des lieux très divers.
    Pour faire simple et au risque d'être un peu réducteur, disons que l'alchimie que l'on connait aujourd'hui en occident est d'origine méditerranéenne et antique. C'est un ensemble de connaissances issues d'une philosophie pratique. C'est une façon de lire la nature qui donne un sens à l'existence et qui permet d'améliorer la vie dans les domaines de la santé et de la technologie principalement.
    On trouve des traces de cette alchimie en Égypte, et dans tous le Moyen-Orient antique. On trouve aussi des éléments très précis de l'alchimie dans la tradition biblique notamment dans le livre du prophète Ézechiel qui décrit dans ses visions un procédé classique de préparation de pierre alchimique (j'en reparlerai dans un article consacré à cette voie dès que possible).
    Les alchimistes arabes répandront l'art de la Pierre Philosophale ou Médecine Universelle avec les conquêtes et l'alchimie passera ainsi dans la chrétienté.

    Les vieux livres d'alchimie parlent à peu près tous de la préparation d'une "Pierre Philosophale" destinée à la guérisons des métaux, c'est-à-dire la transmutation. Je ne sais dans quelle mesure cet intérêt pour la transmutation métallique est l'objet de toute l'attention dans la quête alchimique. Ce que je sais, c'est que leurs auteurs sont quasiment tous des médecins et que leur vie est plus axée vers la guérison de leurs congénères que vers la production de métaux précieux…

    Il est assez difficile de se faire une idée exacte du sujet réel traité dans ces livres très abscons pour nous tant le langage et la vie de leurs auteurs sont éloignés de notre époque, et souvent éloignés les uns des autres. Il serait naïf de penser que ces livres décrivent une science monomorphique et que "la Pierre" est le résultat unique d'une opération unique. Il s'agit plutôt d'une méthodologie en accord avec une philosophie générale qui permet la production d'un certain nombre de médecines.

    Pour s'imprégner de la philosophie alchimique, et de l'imaginaire alchimique, je vous propose une traduction du texte emblématique de l'Art d'Hermès, texte fondateur d'après la tradition : La Table d'Émeraude.
    Il s'agit d'un très court texte dont les versions les plus anciennes connues datent du VI° s. qui serait un genre de testament d'Hermès Trismégiste, le père symbolique de l'alchimie.

    Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable : Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; par ces choses se font les miracles d'une seule chose.
    Et comme toutes les choses sont et proviennent d'Un, par la méditation d'Un, ainsi toutes les choses sont nées de cette chose unique par adaptation.
    Le Soleil en est le père, et la Lune la mère. Le vent l'a porté dans son ventre. La Terre est sa nourrice et son réceptacle. Le Père de Tout, le Thélème (Volonté) du monde universel est ici. Sa force, ou puissance est entière si elle est convertie en terre.
    Sépare la terre du feu, le subtil de l'épais, doucement avec grande industrie. Il monte de la terre et descend du ciel, et reçoit la force des choses supérieures et des choses inférieures.
    Tu auras par ce moyen la gloire du monde et toute obscurité s'enfuira de toi.
    C'est la force, forte de toute force, car elle vaincra toutes choses subtiles et pénétrera toutes choses solides. C'est ainsi que le monde a été créé. De cela sortiront d'admirables adaptations, desquelles le moyen est ici donné.
    C'est pourquoi j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie universelle.
    Ce que j'ai dit de l'Œuvre Solaire est complet.

    J'ose guider le lecteur avec cet embryon de commentaire :
    Toutes choses proviennent d'Un : Toute la création est issue d'une source unique, qu'il s'agisse des créatures (vous, moi, les animaux, minéraux &c…) ou qu'il s'agisse de la conscience, donc le temps et l'espace &c… Ce qui est en haut &c… : Ces choses sont les mêmes à chaque niveau de l'existence, tout est en relation. Le Soleil est son Père : Cette source de la création est le Soleil.
    Sépare la terre du feu, le subtil de l'épais : C'est la méthode fondamentale de l'alchimie qui consiste à isoler les éléments et à les purifier. La distillation ou la calcination sont des outils pour ce travail.
    Tu auras la gloire du monde… Cette phrase évoque le corps glorieux des mystiques accomplis, la lumière. C'est la récompense de l'alchimie.
    Œuvre Solaire : Besoin d'un commentaire ?

    La Matière Première
    Les alchimistes font grand cas de cette Materia Prima que l'élu seul connaitrait et avec laquelle il peut commencer le Grand Œuvre… Ceci est la légende de la Materia prima, la réalité est autre. La Table d'Émeraude ne parle pas d'une telle matière (au sens commun). Par contre elle commence par l'évocation de l'Un qui est à l'origine de toutes chose, et qui se trouve encore en toute chose. Il ne s'agit pas d'une matière au sens commun du terme mais de l'énergie créatrice qui anime et nourrit chaque être, chaque matière, et qui sera l'objet de l'attention de l'alchimiste quel que soit le ou les matériaux avec lequel il travaille. C'est le Thélème (volonté) d'Hermès. Aujourd'hui, la lumière est l'un des vecteurs privilégié de cette énergie créatrice qui est "le père de tout".
    L'alchimiste concentre son attention sur cette matière première qui est à l'origine de la création, et qui est supposée avoir le pouvoir de remédier à ses maux. Son travail consiste à la capter cette énergie primordiale, et à la fixer, pour finalement la rendre assimilable selon les besoins. Cette énergie créatrice originelle deviend alors la "Pierre" (elle est fixe, matérialisée) "Philosophale" (elle aime - elle attire - la Sagesse - la Sagesse est cette énergie primordiale créatrice).

    La langue des oiseaux
    Le langage était autrefois beaucoup plus imagé qu'aujourd'hui et jouer avec le langage était chose commune. Les poètes ne manquaient jamais de rajouter des sens cachés sous le sujet apparent et tant l'auteur que le lecteur étaient de véritables virtuoses pour chiffrer ou déchiffrer ces rébus, ces ritournelles et ces anagrammes… De plus, les alchimistes étaient organisés en corporations et chacune d'elle gardait jalousement ses secrets. Pour communiquer entre eux, les membres d'une confrérie avaient l'habitude de communiquer par un langage secret. Les coquillards du Moyen-Âge (une fameuse bande de brigands de l'époque de François Villon) avaient leur langage argotique secret et il y a moins d'un siècle, les bouchers de Paris avaient encore leur langage interne : le Louchebem… De nombreux auteurs d'alchimie n'ont écrit que pour les adeptes de leur propre école et utilisent un langage incompréhensible pour qui n'a pas étudié au sein de cette école particulière. Enfin, l'alchimie, si elle n'est sans doute pas née dans l'Égypte hellénistique, y a connu son âge d'or et les alchimistes ont toujours eu un faible pour les jeux de mots bilingues utilisant les racines grecques.
    En revanche, la langue des oiseaux, si belle soit elle parfois, n'a pas de vertu magique et elle ne sert qu'à coder le texte pour en cacher le sens à l'étranger. Nous ne sommes plus maintenant dans une société de castes et de corporations jalouses de conserver chacune leur spécificité qui nécessite l'utilisation de codes secrets et je laisse la langue des oiseaux aux poètes et aux psychanalistes qui en font un bel usage dans leurs disciplines pour, quand on parle d'alchimie, préférer un langage clair dont le but est de communiquer.
    Vous ne m'en voudrez pas si j'essaie de m'exprimer de manière compréhensible n'est-ce pas ?

    Il est probable que si vous lisez cet article, c'est que quelque chose de profond vous interpelle. Vous êtes même peut-être prêt(e) à dépenser beaucoup de temps et d'énergie à votre passion. Je me permets une petite mise en garde : apprendre l'alchimie n'est pas comme apprendre la menuiserie, certes, mais l'apprenti alchimiste à en commun avec l'apprenti menuisier qu'il doit être pragmatique et méthodique. Un jeune menuisier ne mettra pas un franc dans un manuel écrit dans un langage abscon par quelqu'un qui n'a jamais tenu une planche dans ses mains.

    Développement personnel vs. Industrie
    Dans ce site dédiée à la spagyrie, qui est une application utilitaire de l'alchimie (la médecine), la question de devenir alchimiste dans le but d'une réalisation spirituelle et/ou de travailler dans un but matériel (si noble soit-il quand il s'agit de guérir ses semblables) peut se poser.
    Il n'est pas question pour moi de décider de ce qu'il convient de faire pour le visiteur de ce site, ni même de prendre parti pour moi-même puisque je considère que les deux aspects sont liés, et que chacun agit sur l'autre : une quête totalement abstraite ne trouvera probablement jamais son but, but qui sera lui-même totalement abstrait dans l'esprit du checheur. Inversement, une recherche alchimique entièrement basée sur l'industrie (la fabrication de remèdes ou l'application technologique) ne sera que l'ombre de ce qu'elle pourrait être si le chercheur était un authentique alchimiste engagé au plus profond de son âme et d'abord consacré à la recherche mystique abstraite tout en s'imposant des défis très concrets (guérir un proche par exemple).
    La question d'un ami alchimiste qui me demandait lors de notre première rencontre "Tu es alchimiste ? Qu'est-ce que tu cherches ?" m'a poussé à prendre une direction plus concrète, plus pragmatique dans ma quête. C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à avoir des résultats et des échecs, et avec eux, une grande satisfaction dans ma pratique. Je vous encourage à devenir alchimiste à partir de cette question : "Qu'est-ce que tu cherches ?". Si à cette question vous ne pouvez que répondre "Et bien, je cherche… Je cherche… C'est ça l'alchimie…" vous êtes dans la situation de quelqu'un qui, comme moi-même à l'époque, chercherait quelque chose par terre sans savoir quoi… Autant dire que ce rien qu'il cherche, il l'a déjà trouvé…
    Les premiers pas en alchimie seront le plus souvent une saine curiosité sans but matériel, sans "désir de résultat", mais la première approche passée, le travail devra rapidement trouver un sens plus concret que "Trouver la Pierre Philosophale"… A contrario, préparer son premier élixir végétal dans le but de soigner une maladie et non de découvrir l'univers alchimique serait peut-être passer à côté de l'essentiel…

    Quelle est la différence entre Alchimie et Spagyrie ?
    Il commence à apparaitre clairement que les spagyristes sont des alchimistes dont le travail est essentiellement tourné vers la médecine et le bien-être. La philosophie fondamentale est commune aux deux disciplines et les techniques ne sont pas forcéments éloignées.
    Nous avons vu dans l'article "Qu'est-ce que la Spagyrie ?" qu'à l'époque de Paracelse et de ses suiveurs les procédés spagyriques étaient très nombreux et ne se limitaient pas aux méthodes actuellement employés depuis Alexander Von Bernus et le Dr. Zimpel.
    La différence, s'il faut en faire une, tient plutôt au but employé : actuellement, on considère que la quête personnelle est plutôt alchimique alors que le travail de production de médecines pour la santé est plutôt spagyrique. Mais je rappelle que les deux sont absolument complémentaires et qu'un partisan de l'une de ses deux voies qui négligerait l'autre passerait à côté d'une bonne occasion de se perfectionner.

     

    En conclusion à cette partie, j'encourage le néophyte dans sa passion, je l'encourage à être ouvert à la découverte complète dans un premier temps histoire de prendre la température… et puis surtout, je l'encourage à devenir rapidement pragmatique et à bien vite se mettre au travail pratique : les connaissances doivent êtres dans le corps (expérience) tout autant que dans la tête (culture). Je l'encourage à avoir un but (faire un premier élixir végétal avec les moyens du bord est en général le meilleur moyen de faire ses premiers pas). Avoir un but permet de l'atteindre, ou pas, et avec les résultats viendront la satisfaction de la réussite ou de l'échec ; avec la satisfaction viendra un sentiment de joie qui ne devrait jamais manquer à l'alchimiste épanouis.
    La progression en Alchimie est comme en toutes choses : …progressive ! Commencez par des petits travaux, faites vos gammes, et vous trouverez alors rapidement la voie, votre voie, vers le perfectionnement.

    Et surtout, quand vous lisez un livre d'alchimie, si le texte de présentation parle de tout et de rien et pourrait s'appliquer à tout et à rien dans un style qui rappelle Pierre Dac ou le discourt d'un président de la république, si vous ressentez un petit goût amer d'insatisfaction en discutant avec un ainé charitable dont vous entendez bien qu'il peut vous apprendre cette chose abstraite que vous cherchez (mais que vous ne sauriez dire ce que la discussion vous a réellement appris…), rappelez-vous qu'un apprenti menuisier ne perdrait jamais ni un franc ni une heure avec un livre ou un prof pareil…

  • Qu'est-ce que la Spagyrie ?

    Qu'est-ce que la Spagyrie ?

    La Spagyrie est une branche de l'alchimie dédiée à la santé. Son règne de prédilection est le végétal, la méthode est inspirée du grand médecin suisse-allemand Paracelse (1493 - 1541).

    Pour commencer par le commencement, je vous propose cet article : "Qu'est-ce que l'Alchimie ?"

    Le nom même de Spagyrie serait l'invention de Paracelse et révèle la philosophie alchimique que l'on peut résumer dans l'axiome Solve et Coagula (dissout et coagule) : il vient du grec Spao (sépare) et Ageiro (réunit).
    Le travail consiste à séparer les différentes parties, les principes, qui constituent la matière première du remède (c'est en général une plante), à les libérer des impuretés acquises au cours de l'existence, pour ensuite les réunir à nouveau et retrouver l'être du départ dont l'énergie est maintenant libérée.
    Les élixirs, pierres, ou quintessences peuvent être de puissants remèdes s'ils sont préparés d'une façon correcte convenant à la personne qui en a besoin.

    L'origine de la spagyrie
    On s'accorde à penser que Paracelse est l'inventeur du terme spagyrie, ce qui ferait naitre la spagyrie au début du XVI° siècle dans l'officine d'un médecin alchimiste. Ce n'est pas aussi simple puisque la spagyrie s'intègre profondément dans la tradition alchimique, il ne s'agit pas réellement d'une innovation totale mais plutôt d'une adaptation et d'une actualisation de l'aspect thérapeutique de l'alchimie. Paracelse insiste sur le fait que l'alchimie est particulièrement consacrée à la médecine, ce qui semble avoir été oublié par les alchimistes contemporains (ceux qui n'ont pas été formés dans la pratique spagyrique en tous cas). Il a écrit : L'alchimie ne consiste pas à faire de l'or et de l'argent. Son but est de produire les essences souveraines et les employer pour guérir les maladies (désolé, je n'ai pas la source de cette belle tirade). Il ne faut pas voir dans cette déclaration une infidélité à la quête de la Pierre des Sages, mais plutôt une autre façon de considérer la Médecine Universelle (synonyme de Pierre Philosophale). Autre temps autre langage mais en fait, même travail…

    La philosophie spagyrique
    En alchimie, on considère que toutes choses ont une origine unique. Cette source créatrice originelle, pour les alchimistes, c'est le soleil et chaque chose n'existe que par son influence. Le but de la médecine alchimique sera de trouver un moyen pour concentrer cette énergie créatrice et réparatrice dans un remède. Plus le remède sera proche de sa source et plus il sera puissant et son action universelle ; en revanche, plus le remède sera spécifique et adouci pour répondre à un besoin précis et plus il sera affaibli mais d'autant plus facilement assimilable. L'équilibre entre la douceur et la puissance est l'art des bons thérapeutes.  C'est ainsi que Paracelse disait qu' "un remède peut devenir un poison, et un poison devenir un remède en fonction du dosage" (dosage au sens large).
    Le spagyriste, dont l'idéal reste une médecine universelle, tendra à la réalisation de remèdes aussi puissants et universels que la situation le permet. En général, les médecines spagyriques utilisent nombre de remèdes spécifiques aux besoins particuliers, mais l'idéal reste des remèdes relativement universels qui restent accessibles aux malades sans leur nuire. Paracelse décrit pourtant une prescription d'une Pierre Philosophale (donc un remède surpuissant, très universel dans ses applications) à une ancêtre moribonde qui retrouvera bientôt sa santé de jeune femme avec de nouveaux cheveux, ongles, dents, ainsi que le retour des menstruations ! Mais c'est Paracelse qui prescrit…

    La voie sèche et la voie humide
    En quelques mots, ces deux voies désignent deux façons toutes différentes de trouver et de prendre l'énergie créatrice qui anime nos remèdes. Cette énergie se trouve en toutes choses. La création étant un processus perpétuel, elle innonde constamment la terre et la nourrit.
    La voie sèche sera la méthode qui consiste à recueillir et fixer l'énergie pure telle qu'elle se manifeste sur terre sous forme de pluie ou rosée, de lumière &c… C'est une voie souvent simple et directe, puissante, qui demande une certaine dose d'audace à l'opérateur sans pour autant être forcément dangereuse.
    La voie humide demandera à l'opérateur de retrouver l'énergie de vie dans les êtres issuent de l'évolution de la création (végétaux &c…), l'alchimiste cherchera alors en général ses matières de travail dans les 3 règnes traditionnels.
    Le travail sur la rosée est un exemple de voie sèche, celui sur les plantes est un exemple de travail en voie humide.
    La plupart des méthodes pour fabriquer des remèdes spagyriques utiliseront les deux voies à différents stades du travail. Si la méthode simple de conception des remèdes spagyriques utilise peu les procédés employés en voie sèche, nous en verrons quand-même quelques-uns qui ajouteront un "petit quelque chose" à nos remèdes…

    L'art de guérir et le développement personnel
    On s'accorde à ranger la spagyrie dans les médecines naturelles pour la santé du corps tout en réservant à l'alchimie le soin de guérir l'âme ce qui assurerait une réalisation spirituelle innefable.
    Voir les choses de façon aussi simple serait oublier que spagyrie et alchimie ne sont pas des sciences ou des arts distincts. Au contraire, je crois qu'il faut considérer les deux domaines comme un seul avec des tendances différentes : le spagyriste est souvent préoccupé par des médecines végétales utilisant de l'alcool et soignant les petits et gros bobos de ses proches ou patients pendant que l'alchimiste semble être plus possédé par une quête plus abstraite et espère décrouvrir par son travail un sens à la vie. Spagyriste et alchimiste se retrouveront pourtant certains soirs autour d'un verre d'élixir apéritif ou au chevet d'un proche malade pour se rendrent compte que leurs pratiques et leurs méthodes les rapprochent quand à la conception de l'existence, le sens de la vie…
    Enfin, à notre époque de médecine holistique, nous sommes habitués à considérer comme indissociable la relation entre le corps et l'âme, entre la santé physique et la santé spirituelle. Pour ma part, je pense que les secrets de la vie s'abordent avec bonheur par le biais de la compréhension de la santé du corps. C'est une voie concrète, fort différente des voies ascétiques mystiques ou religieuses, mais typiquement alchimique avec ce côté très pragmatique qu'ont les alchimistes (même quand ils ne cherchent pas à faire de l'or…).

    Les écoles spagyriques
    Avant d'aborder le remède lui-même et les systèmes thérapeutiques courants utilisant la spagyrie, je vous propose une très brève histoire de la pratique spagyrique et les différentes écoles actuelles.
    Paracelse a laissé une énorme influence sur toute la médecine allemande du XVI° au XIX° jusqu'au moment où la médecine "conventionelle" utilisant le dogme scientifique et la méthode industrielle a pris la quasi totalité de la place. Cette influence se décline en deux domaines : la philosophie (théorie des signatures, médecine hermétique…) et la pratique (les méthodes de fabrication des remèdes). Il faut se souvenir que ni cette philosophie de la nature ni les procédés de fabrication ne sont des nouveautés à l'époque de Paracelse, mais c'est en maitre qu'il les actualisera et qu'il les reformulera (Paracelse est l'un des plus grand pédagogue de l'alchimie).

    En bon maitre, Paracelse aura des disciples, mais des disciples créatifs qui sauront s'approprier son enseignement et le développer chacun à sa manière propre (ce qui est cohérent quand on considère que l'alchimie est un Art) et les écoles se distingueront, de nouvelles branches surgiront. Je considère l'homéopathie comme l'un des beaux surgeons issue de Paracelse (nous en discuterons dans un article dédié), de même la biodynamie (qui est une branche de l'antroposophie de Rudolf Steiner) est très paracelsienne.
    La philosophie paracelsienne se retrouve aujourd'hui dans une certaine approche de la nature, une certaine relation avec les plantes, une sensibilité particulière plus que dans des procédés formels. C'est un aspect important de l'héritage de Paracelse que l'on met au second plan dès qu'il s'agit de parler techniques ou recettes. C'est plutôt en compagnie d'herboristes ou de récoltants de plantes sauvages en montagnes que je retrouve cet aspect de l'héritage de Paracelse (par exemple, quand en randonnée un herboriste vous montre les gouttelettes de rosée sur une feuille d'alchémille et vous explique que cette plante a une relation particulière avec la rosée qu'elle n'absorbe pas comme les autres, ce qui lui a donné son nom de plante des alchimistes…).
    Les techniques de fabrication des remèdes par contre, restent inspirées du laboratoire alchimique classique, en version "light" adapté au monde végétal. On imagine peut-être mal l'environnement de travail de Paracelse, et je pense que son atelier ne ressemblait pas forcément à l'image que l'on a du laboratoire moderne tel qu'on le trouve chez les fabricants de produits spagyriques avec ses soxhlets et ses fours électriques à haute température. Nous reviendrons souvent sur ce laboratoire tel que je le conçois dans un environnement rural et proche de la nature.

    l'Etude des livres de Paracelse n'est pas très aisée et je me propose de présenter dans une catégorie dédiée les travaux de quelques paracelsiens (Gérard  Dorn, Rhumelio, La Nature Dévoilée &c…) qui seront une bonne introduction à cette étude.

    Actuellement, les remèdes spagyriques fabriqués et distribués en Europe ou en Amérique sont souvent produits par les élèves du célèbre spagyriste allemand Alexander Von Bernus (1880-1965) : Max Léglise ou René Lehning en France, Albert Riedel (Frater Albertus) au Canada feront écoles et transmettront à la majorité des spagyristes actuels avec Manfred Junius (1929-2004, Australie), Jean Dubuis (Les philosophes de la Nature, en France), ou Augusto Pancaldi (Suisse italienne). J'ai moi-même tout d'abord appris avec Jean Dubuis à LPN de 1984 à 1989, et un peu avec Max Léglise à la même période, ainsi qu'avec Augusto Pancaldi lors des stages qu'il a donné à LPN dans les années 80'.
    Il me reste à citer une école originale de fabrication des remèdes spagyriques établie par le Dr. Carl Friedrich Zimpel (1801-1879) qui utilise des procédés hétérodoxes mais intéressants  dont nous discuterons dans un article dédié. Beaucoup de laboratoires allemands ou suisses se revendiquent du système de spagyrie Zimpel alors que les fabricants français ou anglo-saxons sont plutôt inspirés par l'enseignement de Von Bernus.

    Aujourd'hui, spagyrie est grosso modo un terme qui désigne un procédé plus ou moins standardisé de fabrication de remèdes. En revanche, les thérapeutes qui utilisent la spagyrie pratiquent des sytèmes thérapeutiques, c'est à dire des façons d'aborder la santé et la maladie, très différents et très créatifs.

    Je propose d'étudier en ces pages les procédés spagyriques actuels et en même temps d'ouvrir la pratique de la spagyrie en reprenant les fondements de Paracelse et les procédés classiques de l'alchimie pour laisser s'épanouir la créativité des spagyristes, qu'ils soient fabricants de remèdes ou thérapeutes, ou les deux… Cette ouverture dans la culture alchimique et paracelsienne pourrait redonner ses lettres de noblesse à la médecine alchimique et contribuer à la renaissance des médecines naturelles (et soulager bien des maux !).

    Le remède spagyrique
    Comment est fait, ou comment fait-on un remède spagyrique ?

    Pour résumer ce travail d'une façon très synthétique, disons qu'il s'agit de libérer l'énergie vitale profonde de la plante (les élixirs spagyriques sont en général fait à partir de plantes) qui lui permettra d'exprimer sa spécificité (son caractère) dans toute sa pureté et toute sa puissance pour servir à la guérison.
    Pour cela, on sépare (spao) les éléments constituants cette plante pour les purifier, en libérer l'énergie, pour enfin les réunir (ageiro) à nouveau pour permettre l'expression maximale de ses talents thérapeutiques ou autres.
    L'élixir réalisé, il ne restera plus qu'à lui donner une forme assimilable adaptée au besoin (dilution &c…).

    Je vous propose d'approfondir cette question avec l'article suivant : "Faire son premier élixir spagyrique"