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  • Alchimie : entre santé et spiritualité

    Alchimie : entre santé et spiritualité
    Le rapport au corps des ascètes de l’Antiquité et l’évolution de la spiritualité vers la santé

    Aux XIX° et XX° siècles, la science est victorieuse, l’alchimie est mise en retraite et reléguée au cabinet des curiosités. La médecine est maintenant académique et l’alchimie se réfugie dans la spiritualité occultiste ou le jeu poétique du langage hermétique. À la renaissance, Paracelse (1493-1541) affirmait au contraire que « la pierre philosophale est une médecine qui sert à faire des remèdes pour soigner les maladies ». J’ai déjà discuté des rapports entre la santé et la spiritualité du point de vue de la première, c’est-à-dire en considérant la spiritualité comme étant la santé de l’âme. J’ai proposé une physiologie de la spiritualité. Considérant celle-ci comme une partie organique de l’être, c’est-à-dire une branche de la santé d’un point de vue holistique. J’aimerais maintenant aborder le point de vue inverse qui consiste à considérer la santé comme une branche de la spiritualité, tel que les mystiques de l’antiquité pouvaient le faire.

    La plus ancienne trace d’alchimie que je connaisse, tout au moins l’alchimie telle qu’elle s’est développée en Occident jusqu’à aujourd’hui, se trouve dans le livre d’Ezechiel qui est l’un des prophètes de la bible hébraïque. Ezechiel ne semble pas être, sur un plan technique, un novateur et sa pratique est donc traditionnelle : il n’est donc vraisemblablement pas le premier alchimiste de l’histoire mais son livre est important parce qu’il nous rapporte très précisément une discipline spirituelle alchimique qui est encore pratiquée de nos jours. Cette discipline et cette technique feront l’objet d’une étude approfondie ultérieure. C’est cette pratique qui m’a donné la pierre la plus importante de mon parcours d’alchimiste et qui est à la base de mon élixir « SelSol Rosa » (pour la libération des dépendances). Ezechiel s’intègre probablement dans une tradition mystique perse qui voue un culte au soleil, ce qui est bien naturel dans ces régions méridionales.

    Dans la bible hébraïque, qui est l’une des sources d’inspirations des alchimistes médiévaux, la notion de santé est intimement lié à la spiritualité. La santé du corps est l’état naturel produit par la rectitude de la vie spirituelle, voire soumis aux caprices du panthéon divin comme on peut le lire chez Job. Les grands guérisseurs (Elie, Elisée…) sont des Saints et leurs connaissances médicales se limitent à leur spiritualité. La maladie est un désordre de l’âme. On peut d’ailleurs remarquer que des novateurs dans le domaine de la santé au XX° s. tels que Rudolph Steiner ou Edward Bach le formuleront à nouveau en participant à la naissance de la médecine holistique actuelle. Ezéchiel, au contraire de Elie et de Elisée, ne guérira pas les malades : c’est un mystique pur qui ne s’intéresse qu’à la spiritualité. Il va préparer son remède, sa pierre philosophale, dont l’effet va participer à sa réalisation mystique. Ici, nous avons affaire à une voie qui considère que la vie de l’alchimiste est totalement consacrée à la réalisation mystique au point que sa santé ou celle de ses proches ne compte absolument pas parmi ses centres d’intérêts. Seule la santé de son âme compte, sa relation avec Dieu. La santé, comme le reste de son existence n'existe tout simplement pas, la réalisation spirituelle exceptée. La description biblique de la vie d’Ezechiel ou d’autres prophètes témoigne d’une discipline extrêmement exigeante que l’on accepterait pas d’un contemporain : dans la société actuelle, une personne qui dédierait ouvertement sa vie à une telle discipline serait immédiatement internée. Elle ne correspondrait pas aux standards occidentaux actuels.
    Pour résumer, l’alchimie, à ce stade, est une voie spirituelle désincarnée.

    Ces disciplines mystiques, alchimiques ou autres, solaires ou non, ne seront pas toujours aussi extrêmes et il y aura aussi des saints-guérisseurs plus proche de leurs frères humains qui seront plus modérés et rapprocheront ces pratiques de l’intérêt pour la santé du corps (Elie, Elisée, et Jésus pour la tradition biblique). Plus tard, au début du Moyen-âge, les alchimistes arabes développeront des pratiques consacrées à la santé au sens moderne du terme en y ajoutant la connaissance classique de la médecine, ainsi que celle des plantes médicinales, des techniques de distillation &c… Quelques mille ans plus tard, Paracelse deviendra le plus célèbre représentant de cette médecine alchimique.

    À partir de Paracelse, on peut considérer que la spiritualité, la santé de l’âme, s’obtient par le rétablissement de la santé profonde du corps. C’est l’axe de mon travail d’alchimiste paracelsien quand je crée des élixirs. C’est aussi la méthode de toute les médecines holistiques actuelles. À partir d’Elie, Elisée, et Ezechiel au contraire, on peut ignorer la santé physique qui n’est, qu’elle soit bonne ou mauvaise, finalement qu’un épiphénomène de sa destinée spirituelle qui ne doit jamais nous éloigner de la discipline religieuse.
    Je dois préciser que Paracelse ne fait lui-même pas le lien entre la santé et la spiritualité : c'est un médecin-alchimiste d’une part, et un homme pieux par ailleurs : les deux domaines sont parallèles mais non techniquement liés. C’est moi qui développe ce rapport entre la la santé et la spiritualité avec la notion paracelsienne de « Vertu » que j’explique plus bas.

    Cette spiritualité des ascètes antiques, mystique plus que tout, peut-elle être utile au spagyriste du XXI° s. ?
    Il est évident qu’une discipline spirituelle qui prend la totalité de la place dans l’existence de l’alchimiste n’est pas a priori facilement compatible avec la pratique de la médecine, amateure ou professionnelle, qui semble mondaine en comparaison. Mais Paracelse nous apprend que la spagyrie est une science basée sur 4 piliers et que l’un de ces piliers est la « Vertu » (les trois autres étants Alchimie, Philosophie, et Astronomie). Paracelse définit la Vertu comme étant « la relation avec Dieu ». J’ai déjà proposé ailleurs des pistes pour l’étude de cette Vertu paracelsienne par l’étude de la physiologie (développement du mode parasympathique, renforcement du nerf vague et de l’électro-magnétisme du cœur, remise en route des liquides céphalo-rachidiens et lymphatiques et des mouvement respiratoires primaires &c…) par l’utilisation d’élixirs alchimiques. Mais il est admis que la vertu au sens commun du terme, c’est-à-dire la discipline morale, reste la base de l’hygiène spirituel, et donc de la santé du corps. La Vertu spagyrique paracelsienne est donc la partie « spirituelle » de l’art de guérir, ici au service de la santé physique, même si pourtant à sa source il existe des disciplines extrêmement exigeantes qui n’ont d’autres buts que la réalisation de l’âme, fut-ce au détriment de son véhicule physique.
    Connaître et pratiquer un minimum ces disciplines dans leur sens originel permet de redonner une certaine perspective sur le sens de la vie et de rappeler les exigences d’une discipline spirituelle qu’une vie dédiée au bien-être fait parfois oublier.

    En conclusion, je dirais que les médecins-alchimistes, les spagyristes modernes, abordent la spiritualité par l’amélioration de la santé à un niveau profond. C’est une voie pratique et fonctionnelle, alors que les mystiques de l’antiquité, qu’ils fussent guérisseurs ou non, ignoraient la santé en tant que telle. Pour eux, seule la réalisation spirituelle comptait et la santé retrouvée pouvait éventuellement intervenir. La santé étant alors considérée comme un effet secondaire de cette réalisation.
    Deux façons qui ne sont pas forcément compatibles, pas toujours complémentaires, mais qui ont l’avantage d’offrir deux points de vue radicalement différents qui permettent à l’alchimiste moderne de mieux se positionner. Personnellement, j’ai développé chacune de ses disciplines indépendamment l’une de l’autre à différents moment de mon existence, et l’une a toujours nourri l’autre.

    Il est remarquable que l’alchimie méditerranéenne antique ignore la santé ou au mieux la considère comme un épiphénomène de la spiritualité alors qu’avec le développement de la médecine, l’alchimie devient petit-à-petit une médecine du corps qui finalement intègrera la spiritualité comme étant un état naturel, physiologique, idéal.
    Cette évolution est significative de la conception biblique d’un dieu qui est au départ extérieur à l’homme et à la nature - c’est le concept d’élection divine, pour évoluer vers le concept d’éveil qui intègre la divinité dans les rapports naturels de l'homme et de la nature.
    L’expérience notamment permet de comprendre les rapports naturels entre les deux façons d’être en lien avec « Dieu ».


    Matthieu Frécon, Sarreyer, Octobre 2022

  • Soleil noir…

    Soleil Noir…

    Ce 25 janvier, jour anniversaire de la mort du poète aux 3 RGe rard de nerval

    Le point noir

    Quiconque a regardé le soleil fixement
    Croit voir devant ses yeux voler obstinément
    Autour de lui, dans l’air, une tache livide

    Ainsi, tout jeune et plus audacieux,
    Sur la gloire un instant j’osais fixer les yeux :
    Un point noir est resté dans mon regard avide

    Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil,
    Partout, sur quelque endroit que s’arrête mon œil,
    Je la vois se poser aussi la tache noire !

    Quoi, toujours ? Entre moi sans cesse et le bonheur !
    Oh ! c’est que l’aigle seul - malheur à nous ! malheur !
    Contemple impunément le Soleil et la Gloire.

    El Desdichado

    (…) Ma seule étoile est morte et mon luth constellé
    porte le Soleil noir de la Mélancolie (…)

    Gérard de Nerval, les Chimères

    Je suis noire mais je suis belle (…)
    Je suis noire parce que le soleil m’a brûlée (…)

    Cantique des cantiques, extraits du ch. I

    Gérard de Nerval laisse supposer que l’éducation ésotérique de son oncle occultiste l’a quelque peu marqué du sceau d’une mélancolie mystique et que le culte solaire n’y est pas étranger.
    L’âme, dans le cantique est plus joyeuse, et l’aspect solaire de son Bien-aimé est manifeste.
    Faut-il regarder le soleil en face, ou user d’artifices comme Narcisse ?
    Mais enfin, « rien de neuf sous le soleil » (Ecclésiaste) ?

  • Qu'est-ce que l'Âme

    Qu’est-ce que l’Âme ?
    Pour Philippe Pissier, pour la dernière phrase…

    « Qu’est-ce que l’âme ? » demande Moshé Ibn Tibbon à Abraham Aboulafia dans le roman (1) que le kabbaliste Georges Lahy consacre au père de la kabbale extatique (Aboulafia donc).
    Qu’est-ce que l’âme ? donc… (2)

    La Kabbale, comme à son habitude, cherche des réponses dans une démarche d’analyse des textes sacrés. En effet, la kabbale considère que le plan de la création se trouve dans la Thorah (au sens de Bible hébraïque), et sa compréhension permet de répondre progressivement à toutes les questions. Le résultat est souvent une explication systématique et l’élaboration d’un système de pensée. Malgré l’affection infinie que j’ai pour la Kabbale, je reconnais ne pas toujours suivre cette démarche et c’est le cas aujourd’hui pour répondre à cette question sur la nature de l’âme (3).

    Au moment d’écrire mes réflexions sur ce sujet, je suis dans mon camping-car dans une jolie campagne. Un rouge-gorge familier tourne autour de moi et cherche la rencontre. Le nouvel an occupe les humains et la nature, détachée, s’exprime en beauté.

    Qu’est-ce que l’âme ?
    L’âme semble être, si je cherche la réponse dans les éléments qui m’entourent, la conscience qui m’anime. L’âme, c’est ce qui me pousse à me poser question, et ce qui me pousse à répondre à mes questions. C’est aussi l’émotion que je ressens devant la question, et devant le rouge-gorge aussi. C’est ma conscience d’exister. C’est ma vie.

    l’âme est-elle immortelle ? se demandent les kabbalistes du roman de Georges Lahy…
    Il est l’usage d’accompagner le concept d’âme par celui d’Esprit. Pour ma part, dans la tradition romantique et courtoise qui m’est chère et qui vient du Cantique des cantiques, le but ultime de l’existence semble être l’Union Mystique entre l’Âme, la bien-aimée du Cantique, et de l’Esprit, son bien-aimé. Union, ou fusion, si l’on chipote sur d’éventuels degrés dans cette rencontre. Mais mon but, dans le coin de nature qui m’accueille maintenant (je suis toujours dans mon camion, entouré de verdure, d’oiseaux, et de la lumière du soleil hivernal…), n’est pas de distinguer les degrés de l’âme ou des degrés de l’Union Mystique. Ici et maintenant, je tends plutôt vers une simplification des concepts pour ne pas casser ce sentiment d’harmonie naturelle, cette union des choses justement. Quelque peu fondu dans la nature, je vis simplement l’existence de l’âme, ou de mon âme si la question de l’appartenance de l’âme à ma personnalité se pose.

    Par ailleurs, cachée dans les fourrés, je devine encore la présence de l’Esprit, cette chose inconnue de mon âme. Inconnue parce qu’encore distincte. Inconnue et désirée.

    Si mon âme est la conscience, si cette conscience aspire à la rencontre de cet esprit, « celui qu’aime mon âme » (Cant. III, 1), on a une image limpide du jeu de la conscience et de l’inconscient dans le concept jungien. Jung défini l’inconscient comme la part d’existence non-encore découverte par la conscience. La découverte se fait, chez Jung, par étapes, ou s’aborde par différents aspects qui incluent les notions de personnalisation ou de collectivisation de la conscience. Mais peu importe ces précisions, je préfère maintenant rester dans la simplicité des concepts. Cela n’enlève rien à la joie de leur conscientisation, ce qui est finalement le but de cette union (la joie).
    Le parallèle entre l’âme et l’esprit d’une part et la conscience et l’inconscient d’autre part, est intéressante par leurs points de vues complémentaires, et leur rencontre est l’ultime expérience de l’existence. Chez les amoureux du Cantique, il semble que ce soit la fiancée (l’âme donc) qui se développe pour atteindre la maturité qui lui permettra le mariage avec son Bien-aimé (« Notre petite sœur n’a pas encore de seins, qu’arrivera-t-il le jour où l’on parlera d’elle ? » Cant. VIII, 8). Chez Jung au contraire, on comprend que cette union se produit par l’absorption de l’inconscient, sa diminution donc, dans la conscience.
    Mais peut importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse n’est-ce pas ?

    L’âme ne serait-elle qu’une étape de la prise de conscience universelle ? l’âme n’existerait donc qu’en tant qu’état intermédiaire de la Vie ? Un moment dans l’Existence ? Voilà ce que pourrait être l’âme…

    Comment prendre conscience de son âme ?, ou comment voir son âme ? Voici un beau sujet de réflexion que je pourrais développer dans ces pages. Mais je préfère vous laisser seul avec Elle, vous saurez bien trouver votre réponse à cette question passionnante…
    Ma piste, c’est que voir son âme, ce n’est pas prendre conscience de son désir d’union, ça, c’est ce qui nous pousse à chercher réponse à la question justement. Voir son âme, c’est en fait déjà vivre l’union, la fusion, avec l’esprit, l’Univers. On ne voit pas l’âme, on ressent son désir d’exister. Ce que l’on voit, c’est son union, au moins partielle, avec l’Esprit, l’Univers, la Vie. Dans ce sens, l’âme n’existe vraiment que lors de sa fusion, en même temps que sa disparition en tant que telle donc, au sein de l’Existence (4).

    Joyeuse nouvelle année 2022 à tous !

    Matthieu Frécon, dans la campagne, nouvel an 2022.

    (1) Aboulafia, la quête du kabbaliste, Georges Lahy auteur et éditeur 2019.
    (2) Cet article m’a été inspiré pendant la lecture de ce livre. J’ai dû interrompre ma lecture, écouter les oiseaux, écouter mon âme, et essayer de poser des mots sur mon ressenti… Il y a pire comme discipline !
    (3) L’école Lourianique de Palestine au XVI° siècle décrira une anatomie complexe de l’âme en 5 niveaux : Nephesh, Rouach’, Neshamah, Ch’ïah, et Yech’idah. Cette école est connue pour avoir développé des systèmes philosophiques complexes et abstraits.
    (4) la théorie que je développe ici est totalement pratique. Elle ne recherche pas la vérité et ne s’encombre pas d’explications. C’est une pure méthode qui ne se satisfait que de la seule expérience, l’Union Mystique.

  • La Spagyrie en Suisse

    La Médecine Spagyrique en Suisse

    La Suisse est le pays de Paracelse (1493-1541), créateur de cette branche de l’alchimie qu’il a appelé Spagyrie. Depuis, les alchimistes suisses et allemands ont plus que les autres développé cet aspect particulier de l’alchimie. Les Roses+Croix (société spiritualiste et humaniste allemande axée sur l’alchimie et la médecine) revendiquent l’influence de Paracelse dans la Fama Fraternitatis (1614) et la plupart des alchimistes germanophones sont influencés par le Médecin Itinérant. Deux devises peuvent exprimer la coloration particulière de cette école qui résument aussi la doctrine de Paracelse : « La Pierre ne sert pas à transmuter les métaux mais à fabriquer des remèdes pour soigner les maladies » et Imiter la nature. En France, au contraire, les alchimistes ont continué une voie plus « spirituelle » que l’on associe aujourd’hui au développement personnel qui est lié à la mystique chrétienne de la révélation divine. Mais les français n’ont pas cette relation forte avec la nature et avec les plantes qu’ont les suisses encore aujourd’hui.

    Je reviens de deux jours passés dans la ferme de Spagyros à Saint Brais, Jura suisse. Spagyros est l’un des producteurs de spagyrie couramment distribué dans les pharmacies Suisse avec Heidak et quelques autres. Pour les suisses, la spagyrie est d’abord une histoire de plantes et il est normal de cultiver soi-même ses plantes ou de les cueillir dans la nature. Le laboratoire est donc d’abord une ferme, avec ses cultures au centre de l’activité, et autour desquelles se trouvent les locaux de transformations : salles de préparation, de fermentation, de distillation, calcination &c... Les élixirs terminés sont expédiés au siège de la société qui se trouve quelque part dans la civilisation pour être conditionnés et distribués selon les normes Swissmédic en vigueur.

    Spagyros travaille avec le procédé Baumann, inspiré de Zimpel. Patrick Baumann a développé sa propre philosophie et ses propres pratiques. Pour résumer, les procédés Zimpel ou Baumann sont basés sur la fermentation des plantes, la séparation de leurs principes par distillation, puis calcination, pour enfin les réunir pour en faire l’élixir-mère. Avec patrick baumann

    Voici quelques souvenirs de notre discussion, quelques réponses qu’il m’a faites.
    (...) - Qu’est-ce que la spiritualité ?
    - Je dirais que c’est sortir de la matérialité, c’est voir ce qu’il y a derrière la matière.

    - En allant se promener dans la nature ? provoquais-je...
    - Je citerai Paracelse : « voir la lumière de la nature » plutôt.
    - Est-ce que c’est la vie ?
    - Oui, mais avec son aspect caché, que l’on apprend à lire derrière les choses communes.
    - Quel rapport fais-tu entre la santé et la spiritualité ?
    - La spiritualité nous donne le chemin, et avec ce chemin, le chemin de la santé.
    - Est-ce que tu penses qu’une santé idéale amène à une spiritualité, à un éveil ?
    - À un éveil à sa nature oui... (...)

    Avec Patrick Baumann

    La relation nature/santé/spiritualité est évidente pour les suisses... Il n’y a pas cette dichotomie entre le corps et l’âme, entre la santé de l’un et celle de l’autre, entre la vie profane et la sortie dominicale... La spiritualité ne se résume pas à une élection divine venue de l’au-delà, mais commence (au moins commence) dans le retour de l’homme sur son chemin, un chemin qui ressemble fort à un sentier de montagne... Personnellement, je pousse plus loin l’étude de la relation entre la santé et la spiritualité puisque je pense qu’une restauration physiologique idéale remet l’homme à sa juste place dans la nature, ce qui équivaut à une « réalisation » pour employer un terme utilisé dans les philosophies orientales pour désigner l’éveil, la libération. Mais j’ai déjà consacré plusieurs articles à cette question.

    Je dois encore préciser que la « spiritualité » des alchimistes de Spagyros, et la mienne avec, ne se limite pas à la relation nature/corps humain, mais que parler avec les plantes, chanter, et prier, sont évidemment d’un usage courant bien que discret. La pudeur et la pression de notre société matérialiste m’empêche de développer cette question ici.

    Paracelse uvres comple tes 5 volParacelse uvres comple tes page de garde

    Elixir du sue dois psychosophische gesellschaft Cette rencontre m’a évoquée mes visites à la Psychosophische Geselschaft de Stein (Appenzell), chez Anne-Marie Æschbach entre 1999 et 2006. Cette vénérable société mystique avait eu un laboratoire de spagyrie initié autrefois par Alexandre Von Bernus (Fondateur du Laboratoire Soluna -Allemagne, et gardien de la tradition R+C) et Frater Albertus (Albert Riedel, fondateur de la Paracelsius society, Salt Lake City, USA). Entre les Messes Gnostiques crowleyennes
    Elixir du Suédois produit par la Psychosophische Gesellschaft               Les œuvres complètes de Paracelse, dans la bibliothèque de Spagyros
    hebdomadaires et les rituels hermétiques/rosicruciens, les membres de la confrérie travaillaient au laboratoire spagyrique et à la station de recherche écologique dans les années 60’ à 80’. La sensibilité était un peu plus
    occultiste, et pourtant la proximité avec la nature et avec la santé restait majeure.

    Pendant mon activité au sein des Philosophes de la Nature (LPN), je me souviens d’un stage avec l’alchimiste suisse tessinois Augusto Pancaldi, le maitre de Manfred Junius, qui nous avait beaucoup parlé symbolisme alchimique universel, mais aussi spagyrie et élixirs médicinaux.

    Pre parations suhalia Entre les deux guerres, vers 1928, il y avait eu Suhalia, le laboratoire de Schwaller de Lubicz à St. Moritz (Grisons) et qui produisait des élixirs spagyriques, de l’homéopathie, et une liqueur spiritueuse spagyrique, la « Liqueur des 3 feux » fabriquée selon la vieille charte (Schwaller de Lubicz était un alchimiste qui avait participé à l’aventure Fulcanelli à la « belle époque » parisienne). Et bien d’autres encore qui ont participé à cette tradition de la médecine alchimique paracelsienne et de la proximité avec la nature.

    Liqueur 3 feux

    Aujourd’hui, l’autre producteur d’élixirs spagyriques très connu en Suisse romande est Heidak, qui travaille également avec une ferme particulière entièrement dédiée au laboratoire. Moi-même, je ne conçois pas de déconnecter mon travail de laboratoire de mes propres récoltes, même si je suis plus sensible au travail de la lumière (la materia prima alchimique) qu’à l’herboristerie à proprement parler.

    Pourquoi la situation est-elle différente en France? La raison vient de la politique menée par les pharmaciens qui commence avec la loi du 10 mars 1803 relative à l’exercice de la médecine par Napoléon et qui culminera sous l’état de Vichy en 1942 avec la création des ordres des médecins et des pharmaciens au détriment des droguistes, apothicaires, et bien sûr, des herboristes. Ces règlementations empêcheront la survivance des paysans-transformateurs-prescritpteurs de plantes médicinales. Le développement de l’industrie pharmaceutique qui préfère utiliser les médicaments artificiels qu’elle seule peut fabriquer achèvera les médecines naturelles et la multiplicité des pratiques.

    On peut quand-même rêver de l’existence de paysans-herboristes-naturopathes qui pourraient prescrire les préparations phyto ou spagyriques qu’ils auraient préparées avec leurs propres récoltes... C’est encore possible en Suisse sous certaines conditions, pour l’instant...

    Belles plantes alambic

    Ne perdons pas espoir : lorsque le dernier politicien sera mourru empoisonné par le dernier poison produit par le dernier labo pharmaceutique, les fleurs pourront recommencer à fleurir dans nos montagnes et nos vallées, nous expliquer où est le bonheur et comment soigner nos enfants... Ça reviendra !

    Merci à Patrick Baumann, et l’équipe de la ferme de Malmaison de Spagyros : Nelly, Christian, et Yannick pour l’accueil et l’échange de savoirs.

    Merci à Ijnuhbes pour les images du laboratoire de Schwaller de Lubicz (https:// www.youtube.com/watch?v=j38lPBaYfgg)

  • La spagyrie et les plantes au XXI° s.

    La spagyrie et les plantes au XXI° s. 00 tiges d absinthes en fermentation avant calcination 1

     

    La spagyrie telle que Paracelse l’a définie au XVI° s. a beaucoup évoluée. Il s’agissait au départ d’un ensemble de domaines de la connaissance (Alchimie, Philosophie, Astrologie, et Vertu) destiné à former des médecins-alchimistes (« La pierre philosophale ne sert pas à transmuter le plomb en or mais à faire des remèdes pour guérir les maladies » Paracelse). Après Paracelse, la spagyrie deviendra un ensemble de techniques de préparation des végétaux pour faire des remèdes basée sur une philosophie alchimique plus ou moins paracelsienne et est aujourd’hui souvent très proche de l’herboristerie.


    00 distillation solaire de miel Au XX° s., le spagyriste travaille souvent à partir d’une extraction des principes actifs d’une plante dont la vertu dépend d’un mélange de ses vertus phytothérapeutiques et de son attribution planétaire, laquelle vient d’une forme d’astrologie développée par la science hermétique. À ce moment là, la connaissance de l’alchimie s’était réduite à l’utilisation de quelques techniques (fermentation distillation, et calcination) et de quelques symboles abstraits. La connaissance de l’herboristerie était au siècle dernier elle-aussi réduite à quelques souvenirs désuets.

    Le XXI° s. a vu un magnifique renouveau de l’herboristerie et des médecines naturelles (phyto, naturopathie &c…) ainsi qu’une véritable renaissance de l’alchimie avec une redécouverte de ses principes philosophiques profonds (après les publications de Stéphane Barillet par exemple). De plus, l’édition systématique de l’œuvre de Paracelse en français (notamment chez Beya) permet de mieux comprendre le père de la spagyrie et nous aide à sortir des clichés qui en avaient créé une image très simpliste au XX° s.
    Il est normal de s’attendre une renaissance de la spagyrie aujourd’hui, qui commence à peine à poindre.

    Fort de ces nouvelles avancées dans ces trois domaines (alchimie, herboristerie, bibliographie de Paracelse), que sera la spagyrie du XXI° s. ?

    Paracelse est un auteur complexe, personne n’en doute, et le plus beau de ses paradoxes est qu’il a su donner une impulsion et un cadre à une nouvelle médecine, qu’il a posé les bases d’une philosophie, qu’il a donné des exemples d’applications de son système de pensée, et aussi qu’il semble qu’il ne les ait pas toujours suivis… Paracelse est un personnage complexe : il a deux maîtres, l’évangile et la nature ! Quoi de plus opposé qu’une doctrine basée sur la foi en l’au-delà (l’évangile) et un champ d’expérimentation qui ne soufre aucune théorie mais se base exclusivement sur l’observation et l’expérimentation (la nature) ? Et encore, à propos du christianisme évangélique de Paracelse, faut-il noter cette injonction étonnante (« Traité sur l’art des présage », in La grande philosophie, Beya 2021) : «… l’homme ne doit se soucier que du jour présent…» S’occuper de son âme, oui, compter sur l’au-delà, plus question ! le christianisme de Paracelse est teintée d’une philosophie bouddhiste ou taoïste sans le savoir (l’attention à la présence).
    De ces idées fortes, de ses propres paradoxes, et de sa puissante Vertu, Paracelse a donné une impulsion qui aidera ses suiveurs à créer ce qui deviendra, sous une forme ou une autre, la spagyrie. « Voici des idées fortes, voici ma vie, prenez et faites la vôtre selon votre nature » semble nous dire Paracelse. C’est la raison pour laquelle il n’est pas plus facile de définir ce qu’est la spagyrie que ce qu’est la musique ou la beauté, chacun sa nature, chacun sa spagyrie.

    La question dans cet article se pose surtout à propos de la relation entre l’héritage de Paracelse et l’évolution actuelle des médecines naturelles. Il est certain que les connaissances médicales de nos naturopathes, herboristes &c… contemporains sont magistrales : physiologie, bio-chimie, techniques d’analyses &c… et le spagyriste ne peut pas ignorer cette évolution de la connaissance.

    La spagyrie restera-t-elle une branche de la phytothérapie comme on l’a souvent entendu au XX° s. ?
    Ce serait dommage. La spagyrie et l’héritage de Paracelse sont extrêmement riche de théories et de pratiques qui ont leur rôle dans la mise en perspective réciproque de l’alchimie et de l’herboristerie. L’alchimiste et sa médecine universelle et l’herboriste avec sa matière médicale foisonnante comme une prairie de montagne en été ont tout à gagner à se rencontrer et échanger leurs « trucs » (expression de Rabelais). La vraie rencontre se fera dans la connaissance que l’un aura de l’autre.

    La spagyrie restera-t-elle une branche secondaire de l’alchimie (à nouveau comme on l’a souvent entendu au XX° s.) ?
    La spagyrie n’a jamais été une branche secondaire de l’alchimie parce que l’art de guérir les malades n’a jamais été secondaire par rapport à l’élection divine tant attendue de certains rêveurs. Les rapports entre santé et spiritualité sont, à mon avis, une clé majeure pour la compréhension de la spiritualité.
    Savez-vous que les grands élixirs sont toujours adaptogènes ? Les élixirs et pierres alchimiques agissent sur les glandes et leur harmonisation permet une régulation de la production d’hormones qui peuvent alors jouer leur rôle de régulateur du corps.
    Savez-vous pourquoi et comment cela fonctionne-t-il ? Et bien la clé des conditions de certains états d’extases mystiques, de satoris et autres samadhis se trouve dans le fonctionnement du système nerveux (par les rapports entre le nerf vague et le bon fonctionnement du système parasympatique, avec les implications sur les organes, le foie en particulier).
    Savez-vous que les herboristes connaissent tout cela parfaitement alors que les alchimistes se satisfont encore parfois de systèmes symboliques abstraits, basés sur des doctrines vérifiées par les synchronicités (Jung définissait deux formes de pensées, complémentaires mais non interchangeables : la pensée causalistique, basée sur les relations chronologiques de causes à effets, et la pensée synchronistique basée sur les relations simultanées, irrationnelles, et qui forment toutes deux les éléments constitutifs de notre conscience). C’est peut-être dommage !

    00 pierre de roseMon souhait avec ce petit article est de voir les spagyristes prendre toute la mesure de leur pratique qui n’est d’aucune manière secondaire dans la mesure ou la spagyrie est une approche exigeante et satisfaisante de l’alchimie, et, particulièrement efficace, qu’elle est très complémentaire des médecines naturelles contemporaines dont nous avons tant besoin en cette période de grippe…

    Matthieu Frécon, Sarreyer, hiver 2021.

    La Grande Philosophie est publiée par https://www.editionsbeya.com/collection

  • Stages spagyrie, distillation &c… Eté/automne

    Programme des stages avec Matthieu Frécon Été/Automne 2021

    Juillet

    Distillation spiritueux, pour les distillateurs amateurs et futurs pros.
    Matthieu Frécon et Baptiste François
    En Cantal, France, les 10/11 juillet. Distillation spiritueux et diverses préparations alcools le week-end. Le lundi 12, Baptiste, notre hôte, fera une journée pour les questions administratives pour les futurs distillateurs.
    Renseignements et inscriptions : Baptiste à contact@-distilleriebaptiste.com

    Spagyrie, alchimie végétale
    Matthieu Frécon
    En Isère, France, à la Sauge et le Cosmos, les 16/17/18 juillet. Spagyrie et alchimie végétale, philosophie, théorie, et surtout pratique de l’alchimie des plantes, fabrication d’un élixir, diverses préparations alchimiques (sels, rosée, distillations, calcinations &c…), galénique et posologie des élixirs…
    Renseignements et inscriptions : Simone à simone.sarah.chabert@lasauge.org

    Août

    Alchimie végétale et plantes guérisseuses avec Jessica Blum
    Avec Matthieu Frécon et Jessica Blum, les 12/13/14/15 août
    À Avioth (Meuse, France). Spagyrie, alchimie végétale, distillation de plantes et esprits de vin, transformations et préparations de plantes médicinales, herboristerie &c…
    Renseignements et inscriptions : Jess à jessica.blum@hotmail.fr

    Septembre

    Distillation spiritueux spécial gins, absinthe… avec Florence Thiéblot
    En Valais (Suisse) avec Matthieu Frécon et Florence Thiéblot les 4/5 septembre
    Distillation spiritueux, préparations d’alcools de plantes, de la culture à la dégustation…
    Renseignements et inscriptions : Matthieu à matthieu.distillation@protonmail.ch

    Alchimie végétale et plantes guérisseuses (sous réserve) avec Jessica Blum
    Avec Matthieu Frécon et Jessica Blum, les 7/8/9 septembre
    À Saunière (Côte d’Or, France). Spagyrie, alchimie végétale, distillation de plantes et esprits de vin, transformations et préparations de plantes médicinales, herboristerie &c…
    Renseignements et inscriptions : Matthieu à matthieu.distillation@protonmail.ch

    Distillation spiritueux. Pour amateurs et futurs pros.
    En Cantal, France, avec Matthieu Frécon les 11/12 septembre
    Distillation alcools, techniques, préparations.
    Renseignements et inscriptions : Baptiste à contact@-distilleriebaptiste.com

    Octobre

    Distillation alcools, distillation plantes aromatiques, alchimie végétale et plantes guérisseuses avec Jessica Blum
    En Cantal, France, avec Matthieu Frécon et Jessica Blum les 1/2/3 octobre.
    Autour des alambics, spiritueux, plantes aromatiques et médicinales, spagyrie, alchimie, herboristerie et préparations végétales pour le corps et pour l’âme.
    Renseignements et inscriptions : Baptiste à contact@-distilleriebaptiste.com

    Voir les programmes et agendas sur ce site, sur le site de Jessica Blum : https://www.jardinalchimique.com/ et celui de Baptiste François : https://distillerie-baptiste.com/

  • À propos de l’association de la kabbale et de l’alchimie dans l’hermétisme

    À propos de l’association de la kabbale et de l’alchimie dans l’hermétisme
    ou, L’éveil est-il un phénomène unique ?

    Je sors d’une série de cours sur la spagyrie et la kabbale et les questions et les réflexions partagées avec les participants me suggèrent ces quelques notes.

    L’hermétisme moderne qui associe alchimie (ou spagyrie), kabbale et astrologie ou magie naturelle est un cursus complet d’enseignement initiatique composé à la renaissance. Il s’est développé dans les cercles rosicruciens depuis. Les rosicruciens historiques (le cercle réuni autour de Jean-Valentin Andreae dans l’Allemagne protestante du début du XVII° siècle) se revendiquaient de Paracelse, lui-même inventeur un siècle plus tôt d’un corpus complet incluant l’alchimie, l’astrologie, la philosophie, et la vertu, qui sont les 4 piliers de la spagyrie (la spagyrie est donc le système complet des sciences « hermétiques » selon Paracelse).
    On peut se poser la question de la justesse de telles associations, kabbale et alchimie notamment. En effet, si l’on proclame et l’on répète que le but final - l’éveil - reste identique aux deux disciplines, de même que l’on répète à l’envie que « tous les chemins mènent à Rome », les deux voies sont forts dissemblables et il faut reconnaitre qu’un kabbaliste réalisé ne ressemble que de loin à un alchimiste réalisé…
    Essayons de distinguer les spécificités respectives des deux disciplines.

    L’alchimie est à la recherche de la médecine universelle, que ce soit pour le corps, pour l’âme, ou pour les métaux. En alchimie, la transmutation, ou guérison, ou encore réalisation « spirituelle » passera par la régénération du corps. Un élixir travaille à restaurer la santé de façon à ce que l’organisme retrouve un fonctionnement naturel parfait. L’effet attendu est que le corps sain, grâce au bon fonctionnement de ses organes, de la production hormonale &c… guérisse l’âme de façon naturelle. C’est le célèbre adage « une âme saine dans un corps sain ». Le lien entre la santé et la spiritualité se fait donc par une restauration de la santé du corps dans son sens le plus profond. L’esprit (le mental) dégagé de ses disfonctionnements physiques sera alors en mesure de s’harmoniser avec l’univers, l’âme du monde, et amener un état naturel d’éveil.
    L’initiation alchimique passe donc par une restauration profonde de la santé du corps. C’est une réorganisation de notre conception de la vie par la restauration physiologique.

    La kabbale au contraire, est une discipline mentale et les kabbalistes se soucient fort peu de leur santé. Le but de la kabbale est « l’élection divine », ce qui, si l’on étudie un peu la question, est une forme comparable à l’éveil alchimique ou toute autre forme d’éveil bien que très différente par bien des aspects.
    Les pratiques mentales de la kabbale, qu’il s’agisse de rituels mystico-religieux ou de formes de prières proches des mantras ou autres pratiques extatiques rappelant les pratiques soufies ou yogiques, ont pour but d’amener à une forme de « démolition controlée » du cerveau. C’est une sorte de réorganisation mentale provoquée par un genre d’activité virale qui permet au cerveau un fonctionnement jusqu’alors inconnu. Cela vient peut-être d’une ouverture au niveau de la communication entre les deux cerveaux ou une autre forme de bug mental provoquant l’illumination.
    L’éveil kabbalistique est donc une réorganisation de notre façon de concevoir la vie par une réorganisation du cerveau.

    Cette distinction est très intéressante par ce qu’elle permet de mieux se positionner dans son travail personnel. Cela aide aussi à comprendre l’intérêt de l’une de ces deux disciplines qui nous semblerait plus éloignée de notre sensibilité. Elle permet aussi de comprendre que ce que l’on appelle d’une façon générale l’éveil est un concept large qui regroupe des expériences très différentes qui offrent des applications très diverses. Il est possible que le seul point commun entre les différents types d’éveils obtenus par ces voies différentes se résume en une satisfaction solide, une joie profonde, et un sentiment de confiance dans la vie. C’est certes l’essentiel, certes suffisant (dit le cerveau droit), mais néanmoins différent (rappelle le cerveau gauche).

    Question subsidiaire : l’illumination kabbalistique a-t-elle une influence sur la santé ?
    Parfois peut-être… Il est possible que les modifications du fonctionnement du cerveau aient une influence physiologique. L’application la plus fréquente de la réalisation kabbalistique en matière de santé se trouve dans la guérison spirituelle (prières, impositions des mains &c…) ce qui est une façon de soigner très différente de la pratique de la médecine galénique alchimique. Il est également probable que le cerveau réinitialisé par l’éveil envoie des informations plus fonctionnelles aux organes, ce qui aura un effet bénéfique sur la santé mentale et physique de l’alchimiste.
    Au contraire, est-ce que les noces chymiques (j’entends par cette expression l’éveil par l’ingestion de l’élixir salvateur) auront un effet sur l’organisation mentale de l’alchimiste épanoui ?
    L’expérience montre que les effets des élixirs sur les glandes et organes influent largement sur le mental. La façon de comprendre le sens de la vie et de concevoir l’existence seront révisées par l’optimisation physiologique.
    Les deux voies resteront comparables, bien que toujours différentes. Les modes de vie et les privilèges accordés par ces différentes voies seront spécifiques, comme le chemin de chacun reste unique…

    De mon côté, entre kabbale et alchimie, mon cœur ne balance pas et je continue à suivre les deux voies.

    Matthieu Frécon, Saunière 1° juin 2021.